Sonia Côté, coordonnatrice de Loge m'entraide

Trop c'est comme pas assez

EDITORIAL / Nul ne peut reprocher à Sonia Côté de défendre ardemment les intérêts des personnes à faibles revenus. Or, comme c'est le cas pour quiconque tente d'étirer davantage un élastique déjà trop bien bandé, il lui arrive, elle aussi, de franchir les limites.
Sa quête est noble, certes, mais pas au point d'interpeler des individus anonymes qui viennent à peine de remporter un gros lot. La coordonnatrice de Loge m'entraide place ainsi ces personnes sous les feux de la rampe et leur impose de prendre position, sous l'oeil de leurs proches, de leur voisinage, de toute la région. Et ça, c'est totalement inacceptable.
Sonia Côté est le visage de Loge m'entraide, mais indirectement, sa présence médiatique en a fait le porte-étendard de la justice sociale le plus en vue. Elle jouit d'une attention médiatique que bien des organisations rêvent d'avoir. Pourquoi ? Parce qu'elle est excellente dans ce qu'elle fait. Elle persiste, elle martèle son message depuis des années, sans relâche. Qui, au Saguenay-Lac-Saint-Jean, peut se vanter d'avoir rencontré le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, lors de ses deux dernières visites en région ? Sonia Côté le peut, elle ; photos et articles à l'appui.
Entendons-nous, dénoncer un excès ne signifie pas remettre en cause l'importance de sa démarche. Au Québec, à notre époque, il est absolument impensable qu'une personne ne puisse bénéficier du confort de son foyer. Idem pour les vêtements ou pour la nourriture. Le droit à la dignité est primordial et il doit être sans cesse défendu. Or, il existe des programmes et une multitude d'organismes dédiés à la lutte contre la pauvreté. Loge m'entraide n'est que l'un de ceux-ci.
L'embarras de dire non
Un homme ayant remporté 5 millions de dollars, il y a quelques années, a récemment refusé de revenir sur son expérience au profit d'un article dans le journal. Poliment, il a expliqué que chaque fois que son histoire a été racontée dans les médias, des dizaines de personnes, connues et inconnues, ont trouvé moyen de le retracer et de lui proposer un projet, une cause, un service en échange de quelques milliers de dollars. Des enveloppes ont été placées sur le pare-brise de sa voiture ; des parents d'enfants malades l'ont supplié ; des femmes lui ont offert leur intimité sur un plateau d'argent. Encore aujourd'hui, il se sent coupable de ne pas aider ces gens dans le besoin, même s'il ne leur doit rien. On a beau dire que le sort l'a rendu multimillionnaire, il demeure qu'il n'a jamais demandé de porter une telle responsabilité. Car, en y songeant quelques instants, il n'est facile pour personne de dire non, surtout devant la misère d'autrui.
Entre orchestrer des sit-in mensuels à l'hôtel de ville et quémander publiquement des gens qui, déjà, sont confrontées à des choix déchirants impliquant certains membres de leur propre famille, il existe une frontière inviolable. Sur les réseaux sociaux, plusieurs ont d'ailleurs réagi négativement à la dernière sortie de Sonia Côté. Leur malaise était prévisible et surtout, tout à fait justifié.
Encore plus dans la mesure où Loge m'entraide a levé le nez, il y a quelques mois à peine, sur une vingtaine de logements sociaux offerts gratuitement par l'Office muncipal d'habitation de Saguenay. Le projet Îlot Saint-Antoine prévoit la construction d'espaces entièrement subventionnés, d'une valeur unitaire de 150 000 dollars, dans l'arrondisement de Chicoutimi. Sonia Côté et ses acolytes sont restés de marbre, refusant catégoriquement que leurs membres aient à quitter le secteur de Jonquière, où ils sont enracinés. Pour plusieurs observateurs, les raisons évoquées sont insuffisantes. Ne dit-on pas qu'à cheval donné on ne regarde pas la bride ?
Il appartient à Loge m'entraide de choisir ses combats et ses stratégies. Tant que l'organisation s'adresse à des autorités officielles ou qu'elle fait appel à la générosité de la population en général, elle respecte des règles que personne ne peut contester. C'est en demeurant dans ces limites bien strictes qu'elle conservera le capital de sympathie qu'elle détient.
Car, pour bien du monde, trop c'est comme pas assez.