Une odeur de populisme

Le dossier des matières résiduelles a engendré un débat à Saguenay. L’éthicien Sébastien Lévesque se penche sur la question.

TRIBUNE / Contre toute attente, la consultation publique sur les modes de collecte des matières organiques a suscité de vives réactions, au point où (ou à cause de ?) l’équipe de KYK—Radio X a décidé de lancer une pétition pour s’opposer au scénario qui prévoit le ramassage des poubelles (le bac vert) une seule fois par mois. À priori, il est tout à fait compréhensible que cette option fasse sursauter de nombreux citoyens. Après tout, nous sommes habitués de voir les camions de vidange passer régulièrement et cela nous semble, à juste titre, un enjeu d’hygiène et de salubrité publique. Or, si l’on tient compte des statistiques sur les matières résiduelles produites, rien n’est plus faux que prétendre qu’à ce rythme, les citoyens rencontreraient des problèmes d’accumulation et d’odeurs. Dans les faits, plus de 53 % de ce que nous jetons est déjà constitué de matières organiques compostables qui pourraient aller directement dans le bac brun, contre seulement 20 % de déchets qui iraient toujours dans le bac vert (le 27 % restant étant quant à lui le recyclage que nous envoyons dans le bac bleu). Ces chiffres à l’appui, on comprend alors déjà mieux pourquoi ramasser les poubelles (le bac vert) une seule fois par mois pourrait s’avérer largement suffisant.

Pour en revenir à la pétition elle-même, on peut d’une certaine façon la saluer comme une forme d’initiative populaire ou d’appel à la vigilance citoyenne. Difficile d’être contre la vertu, comme on dit. Or, s’il faut évidemment valoriser et encourager la participation citoyenne, encore faut-il le faire avec les précautions qui s’imposent, à commencer par le souci de transmettre les bonnes informations qui permettront aux citoyens de se forger une opinion éclairée. Et à ce propos, je regrette que les initiateurs de cette pétition n’aient de toute évidence pas pris la peine de réfléchir plus longuement aux implications de leur démarche en tenant compte de l’intérêt public et des éclaircissements apportés par les intervenants lors de la première soirée de consultation. C’est d’autant plus déplorable qu’on parle ici d’une station de radio qui, à en croire ses cotes d’écoute, exerce une influence non négligeable sur l’opinion publique régionale. Cela dit, je ne remets aucunement en question le fait qu’à titre de radiodiffuseur privé, KYK—Radio X a tout à fait le droit d’adopter la ligne éditoriale de son choix. Seulement, on peut aussi considérer qu’il s’agit là d’un « privilège » qui vient avec certaines responsabilités.

Quant à la collecte des matières organiques, il convient de rappeler que sa finalité première est de rencontrer les objectifs du programme gouvernemental de réduction des déchets. Et dans ce domaine, il est un fait que Saguenay accuse déjà un certain retard par rapport à ce qui se fait ailleurs au Québec et dans de nombreuses villes européennes (parlez-en aux citoyens d’Hébertville !). Bref, plus que jamais, l’heure est à l’action et les citoyens devront malheureusement accepter de changer certaines de leurs habitudes. Dans ce contexte, plutôt qu’un débat public « animé », je suis d’avis que nous avons surtout besoin d’un leadership fort et positif axé sur l’éducation populaire et les solutions qui favoriseront le plus haut taux de participation possible. Autrement dit, si nous souhaitons véritablement atteindre nos objectifs de saine gestion des matières résiduelles, nous avons tout intérêt à travailler ensemble et faire en sorte de démystifier (et valoriser) le compostage.

Finalement, sans rien enlever aux vertus des consultations publiques et de la participation citoyenne, je crois qu’il faut cependant se méfier de la tentation du populisme. Pour être réellement constructifs, nos échanges se doivent avant tout d’être éclairés par les faits, non basés sur les émotions et les préjugés. 

Qui plus est, gardons à l’esprit que les meilleures solutions ne sont pas nécessairement les plus populaires, même en démocratie. Sébatien Lévesque