Une bouffée d’air frais

TRIBUNE / Le débat entourant un éventuel amphithéâtre au centre-ville de Chicoutimi suscite de vives réactions à Saguenay. François Roy, ex-directeur des communications de la Ville de Trois-Rivières, et Charles Cantin, avocat, s’expriment quant à l’impact d’une telle infrastructure dans un secteur comme celui qui est projeté.

Après ce qui est apparu un siècle de régime totalitaire sous la gouverne de Jean le Terrible, Saguenay est à l’heure des débats. La nouvelle administration municipale est devenue en très peu de temps le forum, que dis-je?, le symposium des idées, des propositions et des projets.

L’héritage d’un régime autocratique appelle maintenant à la confrontation constructive, ce dont nous avons été privés trop longtemps. Le dossier du Centre Georges-Vézina (CGV) fait maintenant l’objet d’un choc des idées. Voilà au moins quelque chose de nouveau. Esprit de clocher ou rencontre des grands esprits ? Le dossier du Centre Georges-Vézina générera au moins une chose : mettre de l’avant la gouvernance, si chère à notre mairesse.

Et à entendre le bruit infernal de cette première véritable polémique, la machine a besoin d’huile. Mais c’était ce que voulait notre première dame dans le programme de l’ERD. Redonner les pouvoirs légitimes au conseil municipal en décrétant que les débats étaient utiles et nécessaires à la prise de décision. Quels beaux préceptes au nom de la démocratie ! Il ne faut surtout pas conclure trop rapidement à l’Esprit de clocher, sinon le débat deviendra terriblement contaminé. Jonquière vs Chicoutimi. Centre Georges-Vézina vs Palais des sports.

Amphithéâtre vs soccerdôme

Le problème actuellement existe dans cette apparition soudaine du fantôme de Georges Vézina qui se voit renaître dans le centre-ville. Un aréna dans le centre-ville avec 600 espaces de stationnements flambants neufs annexés à ce bâtiment.

C’est plutôt aguichant comme proposition. Ajoutez à cela une déclaration du premier ministre Philippe Couillard et je cite : « Nous voulons doter la Ville de Saguenay d’installations sportives du 21e siècle » et cette même proposition devient instantanément affriolante. 

Il est un peu là, le branle-bas. Au quasi-lendemain d’une campagne électorale totalement muette sur un nouvel amphithéâtre, voilà qu’il devient l’objet d’un débat presque référendaire.

Monsieur le premier ministre a-t-il oublié, l’espace qu’un instant, le côté anorexique de son régime d’austérité ? Sommes-nous plutôt en précampagne électorale ?

Nous devons admettre que quelques dizaines de millions de dollars largués en plein milieu de la rue Racine, le cas échéant, ont de quoi alimenter l’idée d’être à l’avant-garde et au goût du jour en ce 21e siècle. Il n’en fallait pas plus pour faire rêver une importante partie de la population et c’est tout à fait normal. Et l’on ne peut pas systématiquement être contre ce projet. Je pense même que nous devons voir grand et être ambitieux. Mais il doit être permis d’être méfiant. Nous en sommes au paiement de certains pots cassés. Des dossiers comme la Place du Citoyen, celui du Parc Milles Lieux de la colline, des procès et des contrats dont nous en subissons encore les stigmates sont l’héritier d’un régime où les débats ont été mis à l’index. Et la liste pourrait couvrir les murs de toute une bibliothèque.

Voyons le dossier CGV comme une bouffée d’air frais à l’intérieur d’un conseil municipal qui apprend à marcher sur le nouveau parquet de la gouvernance. L’idée d’un nouveau CGV est arrivée trop rapidement. On semble oublier que nos taxes viennent d’augmenter de 4,1 %, seule promesse électorale brisée, selon notre mairesse. 

À cet effet, Saguenay représente la ville ayant subi la hausse de taxe la plus importante au Québec parmi les villes de plus de 100 000 habitants. Sur ce constat, vaut mieux un dialogue plus lent conduisant à la meilleure décision qu’un consensus rapide dénué de toute réflexion à l’issue duquel la fierté pourrait faire place au regret. 

Après tout, comme le disait Churchill, « Quand deux personnes dans la même pièce ont la même opinion, c’est qu’il y en a une de trop ». 

Charles Cantin, avocat