Un manque d'amour national

TRIBUNE / La qualité du français des candidats à l'enseignement a fait beaucoup jasé au cours des derniers jours. Chantale Potvin, professeure et écrivaine, aborde les deux bouts de la réalité: de l'enfance et de la formation universitaire.
Lors de l'examen de français pour l'obtention de leur brevet d'enseignement, 49 % des étudiants ont échoué. La moitié, mesdames et messieurs ! Avec 53 % de moyenne ! Que se passe-t-il dans notre société ? Qui est responsable de ce crime horrible qui assassine à petit feu la langue française ? Vers qui peut-on pointer un doigt accusateur ?
Un système à repenser
Discutons d'abord de la base qui est défaillante et de l'abaissement constant des critères établis par le ministère de l'Éducation du Québec qui, depuis Paul Gérin-Lajoie, en 1964, a été géré par 29 ministres. Évidemment, après les brouhahas de la Révolution tranquille, le peuple a bien longtemps maugréé contre les religieuses, mais elles étaient quand même efficaces avec leur sévérité et leur obstination à faire comprendre les règles de grammaire. S'il y avait une seule faute dans une dictée, certaines sévissaient. Ainsi, en plus d'un coup de règle sur les doigts et d'un moment de piquet dans le coin, c'était 0 %. Aujourd'hui, avant d'échouer, les jeunes ont droit à quarante fautes dans une seule copie de 250 mots. C'est plus que certains amoureux de la langue n'en feront jamais dans leur vie. Bref, on dira ce qu'on voudra, ces religieuses étaient trop fières pour diplômer des illettrés.
Dans les familles, à bas la lecture !
Il faut aussi comprendre que les livres, ayant laissé place aux enfants, ne plus sont plus rois dans les chaumières et c'est LÀ que commence l'apprentissage et l'amour. « Pauvre enfant, il n'aime pas ça lire », se désole une maman résignée qui ne dérangera plus son P'tit Loup avec la lecture à la maison qui est une si pénible tâche scolaire. « Allez, mon coeur, va jouer avec ton ordinateur ! », conclut la maman qui n'a pas cinq bouquins d'inscrits dans son CV.
Les cahiers occupationnels 
Dans beaucoup de classes du Québec, il est un objet détesté au plus haut point par les écoliers et les étudiants. « Sortez votre cahier d'exercices de grammaire à la page 83, aux numéros 3b et 3c et répondez aux questions des quatre pages suivantes. Le corrigé est à la fin », lance un enseignant, quelque part au Québec, au moment d'écrire ces lignes. Les jeunes ont-ils besoin de ces milliers de concepts syntaxiques, orthographiques et grammaticaux ? En feuilletant les livres publiés par une maison d'édition X qui ne connaît pas plus les programmes scolaires que les sortes de champignons, les jeunes ont envie de vomir pendant qu'ils ignorent la différence entre le a et le à avec un accent !
Certains accusent l'examen
Pour expliquer ce phénomène d'échec massif, des jeunes enseignants ont blâmé l'examen qui, selon eux, est « rempli de pièges ». Voyons ! Voyons ! Ce sont des enseignants que nous testons, que nous souhaitons engager. Des sommités ! Il faut être en mesure de détecter les pièges quand on tient sa craie dans la main, devant 30 étudiants. Cessons donc d'abaisser les critères. Si on évalue un chirurgien, ce ne serait pas essentiel pour lui de connaître toutes les parties de l'anatomie ? Il doit en connaître seulement 60 % ! Au diable la vésicule biliaire !
Texte, fierté, lol et wtf 
Avec les cellulaires qui sont devenus les outils culturels d'une génération, les missives « texto » s'envolent dans l'univers avec des acronymes, des diminutifs, des abréviations et des mots non accordés. Par milliers, les internautes de tous les âges noircissent les pages des réseaux sociaux. Sans souci ni respect pour la langue, ils affichent des pensées qui sont souvent illisibles et qui comptent parfois un nombre impressionnant de fautes.
Triste fin !
Qu'adviendra de l'amour de la langue française ? De la fierté de l'écrire, de la conjuguer, de la parler, de la publier ? Au Québec, qui serons-nous dans un siècle ? Afin de sauver la langue, que diriez-vous de revenir aux coups de règles et au piquet dans les coins !