Un défi de tous les jours

TRIBUNE / Moins de fruits et légumes chez les adultes et davantage de malbouffe chez les jeunes : le portrait du Saguenay-Lac-Saint-Jean en matière d’alimentation est inquiétant. La professeure Patricia Blackburn de l’UQAC s'exprime sur le sujet.

Il est bien connu, ce que nous mangeons affecte notre santé. Récemment, le CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean rendait disponible un portrait des habitudes alimentaires de la population régionale. Dans ce rapport, on mentionne que 44 % des adolescents s’alimentent une à deux fois par semaine dans un établissement de restauration rapide tandis que 35 % des jeunes de 15 à 24 ans consomment au moins une boisson sucrée par jour. Ces données sont inquiétantes surtout lorsqu’on connaît l’impact néfaste de la malbouffe et des boissons sucrées sur le risque d’obésité, de diabète de type 2 et de maladies cardiovasculaires. Dans ce rapport, on mentionne également que près de 70 % des élèves du secondaire déclarent ne pas consommer tous les jours le nombre de portions recommandées de légumes et de fruits, ce qui les expose à une augmentation du risque de développer des maladies chroniques à l’adolescence ainsi qu’à l’âge adulte.

L’adoption et le maintien d’une saine alimentation représentent un défi de tous les jours. En effet, les choix alimentaires les plus faciles et les plus accessibles sont souvent des aliments transformés et des boissons sucrées à faible valeur nutritive. Bien que les parents aient un rôle important à jouer dans l’acquisition des habitudes alimentaires de leurs enfants, l’amélioration de la santé des jeunes nécessite des interventions sur plusieurs fronts. À cet effet, un nombre important d’études ont illustré l’impact délétère de l’environnement sur les habitudes alimentaires. Récemment, je lisais qu’à cause de l’environnement « obésogène » dans lequel nous évoluons, même les approches individuelles les plus sophistiquées pour favoriser la prise en charge de l’obésité avaient peu de chances de réussir. C’est dire à quel point notre environnement peut influencer nos choix alimentaires ainsi que nos habitudes de vie ! Il s’avère donc essentiel d’intervenir auprès de l’environnement bâti et de l’aménagement du territoire pour les rendre sains et ainsi faciliter des choix favorables à la santé des jeunes.

Puisque l’école représente le deuxième milieu de vie des jeunes, il s’agit d’un lieu privilégié pour favoriser l’acquisition de saines habitudes alimentaires. 

Parmi les mesures qui peuvent être mises en place figurent des cours de cuisine. Ces cours favorisent l’acquisition de compétences et de connaissances nutritionnelles qui représentent des facteurs importants en prévention de l’obésité. En effet, il est clairement démontré que les jeunes qui ont développé des compétences alimentaires et qui cuisinent régulièrement ont une alimentation plus variée, consomment plus de légumes et de fruits et atteignent davantage les recommandations nutritionnelles. 

L’aménagement de jardins éducatifs scolaires est aussi une solution à envisager puisqu’ils sont efficaces pour aider les jeunes à augmenter leur consommation de légumes et de fruits ainsi que leurs connaissances alimentaires. 

Il est également nécessaire que la malbouffe disparaisse de l’offre alimentaire des écoles. Les études suggèrent d’ailleurs qu’une telle mesure a un effet positif sur la santé des élèves. L’école devrait prévoir une offre alimentaire de qualité qui favorise la consommation de légumes et de fruits ou encore, mettre en place un bar à crudités accessible à faible coût. 

La proximité des restaurants-minute des écoles peut aussi contribuer à accroître la proportion de jeunes qui consomment de la malbouffe. Il serait donc envisageable de modifier les règlements de zonage afin de limiter leur implantation près des écoles.

En conclusion, de nombreux facteurs influencent notre capacité à avoir un régime alimentaire sain et équilibré et il faudra travailler sur plusieurs fronts afin d’améliorer de façon durable la santé de nos jeunes. Malheureusement, la bataille est loin d’être gagnée… Je demeure toutefois convaincue que de veiller à la saine alimentation des jeunes représente une des actions des plus importantes que nous pouvons faire pour leur santé future !

Patricia Blackburn 

Professeure de l’UQAC