Le criminaliste Dominic Bouchard

Retour à la réalité

TRIBUNE / Le 11 janvier dernier, les criminalistes Charles Cantin et Dominic Bouchard atteignaient la cime du Kilimandjaro, accompagnés de leur associé Julien Boulianne et d'un ami, Richard Morin. Cette ascension, réalisée afin d'amasser des fonds pour la jeunesse, était non seulement une expédition, mais également un voyage intérieur qui les a marqué à jamais. Me Cantin et Me Bouchard s'exprime respectivement sur le défi qu'ils avaient à relever et sur le retour à la réalité.
Charles Cantin, à gauche, Julien Boulianne, Dominic Bouchard et Richard Morin (les deux bras dans les airs) étaient très fiers et émus à leur arrivée au sommet du Kilimandjaro.
Me Dominic Bouchard
Hakuna matata !
(Traduction du swahilie : il n'y a pas de problème)
Cette fameuse expression constitue littéralement le leitmotiv du peuple tanzanien, et notre arrivée à Arusha en ce début d'année 2017 était totalement empreinte de fébrilité et d'absence de soucis. En effet, après un mois de décembre qui a été une véritable course contre la montre afin de terminer nos mandats envers nos clients, se préparer à fêter Noël et la nouvelle année en famille, et enfin être prêt au niveau physique et logistique pour la grande ascension. Entendre au beau milieu du continent africain « qu'il n'y a pas de problème », constituait alors un véritable réconfort pour les Nord-Américains que nous sommes... Surtout qu'après six heures en transit à l'aéroport d'Istanbul par les temps qui courent, on ressent le besoin de se faire dire qu'il n'y aura pas de problème !
Nous avons beaucoup à apprendre du peuple africain concernant une multitude de coutumes et de valeurs profondes qu'il possède et qui le caractérisent. C'est un peuple qui vit dans la majorité des cas si pauvrement, et qui travaille dans des conditions plus que difficiles, et malgré tout, il est rare que ses habitants n'affichent pas leur plus beau sourire.
En Afrique, tout se fait « Pole Pole » (lentement, lentement). Au cours de l'ascension du Kilimandjaro, il était difficile pour nous de s'ajuster à cette consigne. Notre mode de vie maladivement axé sur la performance et la compétitivité faisait en sorte qu'on devait constamment être ramenés à l'ordre sur la cadence. Finalement, après avoir croisé quelques randonneurs affligés par un début d'oedème cérébral se faire escorter d'urgence vers le pied de la montagne, nous étions maintenant convaincus que le toit de l'Afrique méritait tout notre respect et surtout, une fois pour toutes, de ralentir notre rythme de vie. Je n'oublierai jamais le sentiment inestimable de marcher des dizaines d'heures vers le sommet, et de contempler des paysages surréalistes en ayant réussi enfin à faire le vide des « stresseurs » de la vie quotidienne. Ironie du sort, après sept jours d'ascension et d'efforts dans des conditions très rudimentaires, les forts vents et le froid extrême nous ont permis d'apprécier l'euphorie du sommet pour un très bref ... quinze minutes ! Ces quinze minutes constituent un espace temporel de mon existence où il m'a été permis de réaliser que nous sommes tous plus résilients que nous le croyons. L'accomplissement d'un tel défi, accompagné d'amis d'une valeur inestimable, nous permet d'apprécier les liens de fraternité et de solidarité que l'être humain est en mesure de démontrer.
Lundi 23 janvier 2017 au matin, les adages africains prônant le calme et la lenteur sont malheureusement chose du passé. Après une trentaine d'heures dans les avions et aéroports, le décalage horaire est éclipsé par l'ampleur de la semaine qui débute au palais de justice. Le réconfort de retrouver famille et amis fait rapidement place à l'obligation continuelle de performer et de reprendre la course contre la montre. Les avocats ont pris une pause, cependant, la criminalité a gardé le même rythme en 2017 que l'année précédente. Le constat est draconien et sans appel ; nous ne pourrons jamais aspirer à vivre un rythme de vie autre que le nôtre et qu'il en soit ainsi. Les arrestations de nos clients au milieu de la nuit nous ramènent tout droit à la réalité. Mon corps absorbera quand bon lui semblera les huit heures de décalage horaire qui lui sont dus. Malgré tout, chaque journée depuis notre arrivée est merveilleuse et motivante. Chaque matin les gens s'empressent de féliciter l'ascension et chaque message apporte tellement de bonheur et de satisfaction. En effet, la montagne est une forme de gratification, cependant elle est infiniment petite en comparaison avec la fierté d'avoir amassé plus de 20 000 $ pour la fondation pour l'enfance et la jeunesse du Saguenay Lac-Saint-Jean.
Encore une fois les gens de notre belle région ont démontré leur générosité légendaire et leur grande gentillesse. Ces démonstrations et cette belle chaleur humaine nous rappellent que malgré les beautés qu'il y a à explorer sur la planète, il fait si bon d'être de retour à la maison parmi les siens. Lorsque la fatigue et le stress referont surface à nouveau, il me sera toujours permis de ventiler en rêvant d'un autre sommet.