Marie-Pier Lebrun, étudiante en journalisme à Jonquière

Quel message véhicule-t-on?

Au Québec, un élève ayant obtenu 58 % ou 59 % à une épreuve ministérielle obtient automatiquement la note de passage de 60 %. Cette politique est-elle justifiée ou s’agit-il d’un nivellement par le bas ? Étudiante de 2e année en journalisme, au programme Art et technologie des médias, Marie-Pier Lebrun s’exprime sur le sujet.

TRIBUNE / Qui a eu cette idée folle d’un jour augmenter les notes ? C’est ce sacré ministère. Vous n’avez pas été informé ? 

Cinquante-huit, le nouveau 60. Maintenant, plus besoin d’obtenir un bon 60 % bien senti ; on peut se contenter d’un 58 ou d’un 59 pour avoir un RE (signe de réussite) sur notre relevé ministériel.

Ce qui est génial, c’est que le ministère de l’Éducation s’est changé en un monde enchanté, où l’on s’est muni de petites baguettes magiques multicolores pour pouvoir jouer dans les zones grises. 

D’un seul coup, sans demander l’avis de personne et surtout pas des enseignants, on ajoute un ou deux points de plus aux résultats qui figurent sur le relevé de notes de certains élèves. Vous n’avez pas obtenu la note de passage ? Pas de souci ! La fée ministérielle s’en charge, n’est-ce pas tout simplement Supercalifragilisticexpialidocious ? Oui, semblable à tous ces films de Disney vus lorsque nous étions enfants, un vrai conte de fées qui devient réalité ! 

Quel message tente-t-on de véhiculer par le biais de cette initiative ? Peut-être est-ce ma vision des choses qui est trop rigide, mais il me semble que cette action tend à nuire davantage aux élèves qu’à les aider. 

Tu as loupé le test ? Ce n’est pas bien grave, nous changerons ce vilain 58 en un fantastique 60 %. Cependant tôt ou tard le chat sortira du sac et le retard pris par l’élève se fera ressentir. 

Si d’année en année on réalise le même tour de magie, n’y a-t-il pas un risque que celui-ci s’essouffle ? 

N’y a-t-il pas un risque que l’élève se retrouve avec un retard trop important et qu’il finisse par se décourager ? Parce qu’il y a toujours une limite à ce petit tour de passe-passe. La fameuse magie des briques jaunes menant jusqu’au succès s’effritera un jour. 

Le point étant que le seuil de réussite est fixé à 60 %, pourquoi ne pas s’en tenir à ce chiffre ? Si un élève obtient une note de 60 %, c’est qu’il aura acquis 60 % de la matière. 

On juge donc acceptable de le faire poursuivre vers le niveau supérieur. Si l’enseignant juge que l’élève n’a pas su développer les compétences nécessaires, pourquoi tout de même le faire passer ? 

Peut-être espérons-nous naïvement à notre tour la visite du génie de la lampe ? 

Que souhaiterions-nous ? Voir se réaliser l’histoire du pauvre petit élève qui au cours de l’été se transforme en un brillant élève ?

Mais quand arrêterons-nous enfin de vivre dans l’illusion ? Quand sortirons-nous de ce monde magique aux décors de carton ? 

On dit que le système scolaire fait office d’une minisociété dans laquelle nous formons les citoyens de demain. Pourquoi ne pas montrer à ces « citoyens de demain » ce qui les attend véritablement ? 

Sautons les films pour enfants, voulez-vous, et allons-y avec les bons vieux classiques. À la Indiana Jones où l’avenir du protagoniste n’est jamais assuré et qu’il doit se débattre pour survivre. 

On l’admire cet Indiana Jones pour sa vivacité d’esprit et son courage, pourtant rien ne lui est donné tout cuit dans le bec. Si celui-ci poursuit ses aventures, c’est bien parce qu’il a su passer à travers des rudes épreuves mises sur son chemin.

Le monde réel, c’est ça : des efforts et de la persévérance, aucun tour de magie. 

Ne serait-il pas plus valorisant pour nos élèves de s’identifier comme un aventurier plutôt que comme la pauvre princesse qui crie à son sauveteur attendant de voir sa note bonifiée de deux pauvres pour cent ?