Que faire de l'homophobie?

Un professeur de philosophie a récemment été congédié du Cégep du Vieux Montréal pour avoir tenu des propos homophobes. L’éthicien Sébastien Lévesque s’exprime sur le sujet.

TRIBUNE / Le professeur de philosophie Jean Laberge a récemment été suspendu par la direction du Cégep du Vieux Montréal après avoir tenu des propos homophobes sur sa page Facebook. Monsieur Laberge y a notamment affirmé « avoir du dégoût pour les homosexuels », une réaction qu’il a lui-même qualifiée de « primitive », car bien que l’homosexualité génère chez lui une certaine aversion, il dit respecter les homosexuels et le « mystère » qu’ils représentent. Je comprends aisément que de tels propos puissent choquer et surprendre, mais pour autant je ne suis vraiment pas convaincu que cela méritait une suspension. Pour tout dire, même si je reconnais volontiers la nature homophobe des propos qui lui sont reprochés, je doute fort cependant qu’il s’agisse de paroles incriminantes qui auraient pour effet d’inciter à la discrimination ou à la haine envers les homosexuels. Tout au plus s’agit-il d’une réprobation morale de la pratique de l’homosexualité, mais certainement pas d’une condamnation en règle.

En lisant attentivement les propos de monsieur Laberge, on constate effectivement qu’on a davantage affaire à un homme qui réfléchit tout haut, qui exprime ses propres craintes et ses propres incertitudes, plutôt qu’à un homme qui chercherait à en découdre avec les homosexuels. En effet, tout indique que le professeur de philosophie ne souhaite pas s’en prendre directement aux homosexuels, mais avoue simplement ressentir un profond (et primitif) malaise face à cette orientation sexuelle. Certes, nous pouvons lui reprocher sa maladresse et son manque de délicatesse, mais il n’y a là à mon sens aucun motif valable pour lui interdire d’exprimer publiquement ses réserves et ses questionnements sur l’homosexualité. Cela est d’autant plus vrai qu’ici, l’intention de monsieur Laberge n’était de toute évidence pas de fomenter la haine contre les homosexuels, ni même de porter un jugement sans équivoque sur l’homosexualité, mais avant tout de réfléchir à son sens eschatologique (je reviendrai sur ce point en conclusion de mon texte).

Évidemment, je ne suis pas en train de dire que l’homophobie serait une chose à prendre à la légère, ni même qu’elle constituerait une position respectable. Par ailleurs, je comprends parfaitement qu’une telle réflexion menée publiquement puisse rebuter et susciter la controverse. Seulement, dans la mesure où monsieur Laberge affirme aussi ne pas voir l’homosexualité comme « un problème à résoudre », mais davantage comme « une énigme à admettre », j’estime que nous sommes en présence d’un homme qui a pleinement conscience de ses préjugés et de ses limites, et qui cherche à les surmonter. D’ailleurs, si ses propos nous apparaissent si affligeants, ce n’est pas tant parce qu’ils seraient dangereux, mais surtout parce qu’ils reposent sur des craintes irrationnelles. Mais ces craintes, si nous souhaitons les apaiser, ne devraient-elles pas être approchées sur la base du dialogue et de la compréhension, plutôt que par la condamnation sans appel de celui qui en est le porteur?

Bref, vous l’aurez compris, même si je suis loin d’endosser les propos de monsieur Laberge, je pense qu’ils ont droit de citer dans une société libre et démocratique comme la nôtre, ne serait-ce que pour mieux les réfuter. Je le pense d’autant plus que ces propos ont été vraisemblablement rédigés de bonne foi par un homme qui, comme nous tous, est habité par le doute et des sentiments contradictoires.

D’ailleurs, parlant de foi et de contradictions, je ne peux m’empêcher de conclure ce texte en soulignant qu’en tant que fervent catholique, monsieur Laberge gagnerait à recentrer sa réflexion eschatologique sur le Christ lui-même, qui nous a enseigné la toute-puissance de l’amour. Ainsi, il comprendrait certainement que puisqu’il n’y a que l’amour qui puisse véritablement « guérir » ce monde, il n’y a absolument rien à craindre de gens qui s’aiment et qui ne demandent qu’à être aimés pour ce qu’ils sont.