Le théâtre Capitol, magnifique bâtiment de 1927, a été acquis par la Ville de Trois-Rivières en 1979 pour devenir la salle J.Antonio-Thompson.

Quand la culture sauve un centre-ville

TRIBUNE / Le débat entourant un éventuel amphithéâtre au centre-ville de Chicoutimi suscite de vives réactions à Saguenay. François Roy, ex-directeur des communications de la Ville de Trois-Rivières, et Charles Cantin, avocat, s’expriment quant à l’impact d’une telle infrastructure dans un secteur comme celui qui est projeté.

« À Trois-Rivières, c’est la culture qui a sauvé le centre-ville ». Dites-moi, qui a prononcé cette phrase hautement politique ? Choix de réponses.

A) Gilles Beaudoin, le maire qui a pris le virage culturel dans les années 80.

B) Guy Le Blanc, le maire qui a consolidé la démarche dans les années 90 et qui a aussi présidé la coalition provinciale « Les arts et la ville ».

C) Yves Lévesque, le maire de la fusion, qui a recueilli et enrichi l’héritage de ses deux prédécesseurs.

D) Gaston Bellemare, président fondateur du Festival international de la poésie de Trois-Rivières, témoin et acteur de la renaissance culturelle du centre-ville trifluvien.

La réponse est D) : Gaston Bellemare… Et il avait bien raison : la capitale de la Mauricie s’est fortement positionnée au plan culturel grâce à des efforts constants qui remontent pour l’essentiel aux années 1980. À l’époque, le Conseil municipal s’était donné un plan d’ensemble pour relancer son centre-ville historique, riche de potentiel, largement ouvert sur le fleuve, mais victime des désolantes conséquences de l’étalement urbain. L’opération était à l’origine politique, mais supposait la mobilisation du milieu : gens d’affaires, artistes, gouvernements supérieurs. Les cibles étaient diverses : rénover, restaurer, animer, attirer, habiter, héberger, donner à voir, à lire, à boire, à manger et même… à stationner !

La pièce maîtresse de cette grande opération était l’acquisition du théâtre Capitol et sa conversion en salle de spectacles d’envergure régionale. Magnifique bâtiment de 1927, il fut acquis par la Ville en 1979 pour devenir la salle J.Antonio-Thompson et offrir ses mille sièges aux amateurs de spectacles. En 1987, après un an de travaux, on améliora l’entourage de la salle : billetterie, vestiaires, déambulatoire, foyer, bar…

La Ville elle-même devint cliente de sa propre salle. Ainsi la grande soirée de fin de saison des ateliers de loisirs s’y déroulait chaque printemps, avec des présidents d’honneur tels que Ulric Blackburn, maire de Chicoutimi, invité au lendemain du grand déluge de 1996 et chaudement applaudi. 

En aval du centre-ville, à l’embouchure du Saint-Maurice, se déroulait un drame d’une autre nature. Un vaste terrain industriel devenait vacant, après la fermeture de ce qui avait déjà été la plus grande usine de papier au monde. Pour le Conseil municipal, c’était l’occasion de planifier une sorte d’expansion du centre-ville dans une toute nouvelle direction, avec toujours la même volonté de créer un espace urbain où la culture aurait sa place.

Le tout nouveau Conseil issu de la fusion avait les moyens de ses ambitions. Il a entrepris une série d’opérations échelonnées sur une dizaine d’années, pour en arriver à deux inaugurations éclatantes sur le site en question. D’abord, dans un bâtiment industriel sauvé de la démolition, on a aménagé un lieu d’interprétation de l’industrie forestière, baptisé Boréalis. Enfin, au bord du fleuve avec vue imprenable sur la rive-sud, on a dressé l’imposante structure de l’Amphithéâtre COGÉCO, devenu le domicile estival du Cirque du Soleil et le lieu de passage de grands artistes internationaux.

Et dans quel climat se sont faites toutes ces grandes réalisations ? Plutôt bon, il faut dire. Dans les années 80, tout le monde s’entendait pour reconnaître qu’il fallait « sauver le centre-ville », à commencer par les médias, qui chez nous ne recherchent pas la controverse à tout prix. Les grands projets des années 2000 furent plus controversés. Il est évident que les sommes engagées étaient beaucoup plus considérables et le questionnement plus légitime.

Mais bon, les réalisations récentes se sont ajoutées à celles des années antérieures pour faire encore et toujours de Trois-Rivières une « ville d’histoire et de culture » dont le rayonnement est remarquable. Parlez-en avec Gaston Bellemare et les poètes du monde qui ont fait de Trois-Rivières leur « capitale »…

François Roy, ex-directeur des communications de la Ville de Trois-Rivières