Ubisoft a annoncé mardi l'ouverture d'un studio à Saguenay. Yves Guillemot, pdg et fondateur d'Ubisoft, Philippe Couillard, premier ministre du Québec, Yannis Mallat, pdg d'Ubisoft Montréal, Carlos Leitão, ministre des Finances du Québec, Jimmy Boulianne, pdg d'Ubisoft Saguenay, et Jean Tremblay, maire de Saguenay, étaient présents à l'annonce.

Profiter de l'élan

Keyven Ferland, propriétaire d'une entreprise numérique avec tous les défis que cela comporte y compris celui du recrutement, et Marc-Urbain Proulx, professeur à l'UQAC et spécialiste en développement régional, accueillent très favorablement l'arrivée du géant Ubisoft et imposent aux leaders de la région un code de conduite pour s'assurer des lendemains qui chantent.
L'économiste et chercheur Marc-Urbain Proulx
(Tribune, Marc-Urbain Proulx) - Ce ne sont pas les ressources naturelles qui ont attiré le studio Ubisoft au Saguenay. Ni même les bienvenus crédits d'impôt puisqu'ils devenus accessibles partout au Québec. Sensible à l'impérative diversification économique du Saguenay-Lac-Saint-Jean, le premier ministre Philippe Couillard était certes très favorable à l'implantation de cette entreprise dans la région où il s'est fait élire en 2014. Néanmoins, le studio spécialisé en jeux vidéo s'installe sur la rue Racine à Chicoutimi parce que le bassin de main-d'oeuvre spécialisée lui offre un avantage évident comparativement à d'autres sites.Dans le contexte de ladite « économie du savoir » qui bat son plein à Montréal, les entreprises spécialisées dans les technologies informationnelles (TI) peinent à recruter et à retenir des travailleurs qualifiés. En conséquence, la déconcentration en régions de succursales pour la conception et la production devient une option pertinente. Le Saguenay l'a déjà constaté avec la firme CGI bien établie à Chicoutimi, entourée d'une petite grappe d'entreprises dans le même secteur. D'ailleurs, Ubisoft, qui possède 3600 employés au Québec dans une branche industrielle qui offre du travail à plus de 11 000 personnes, prévoit déjà établir encore un autre studio en région. Dans ce type de marché, la distance des grands centres urbains n'est pas un facteur dissuasif. Ce qui compte pour établir une succursale TI réside dans la disponibilité d'un vivier d'expertise. 
Le signal actuellement claironné dans la région s'avère très clair. Avec le bon positionnement de l'UQAC et des cégeps dans ce champ de spécialisation, il est rentable pour les Ubisoft de ce monde technologique en évolution accélérée de s'établir dans un milieu qualitatif comme le Saguenay-Lac-Saint-Jean. Déjà lors d'un Forum Vision 2025 de l'UQAC tenu en 2004, le haut dirigeant de CGI, monsieur Jean Brassard, avait très bien souligné dans son allocution, que plusieurs entreprises spécialisées dans les TI à Montréal auraient intérêt à faire comme eux, c'est-à-dire à établir des succursales en régions. Plusieurs firmes l'ont fait depuis en Estrie, dans le Bas-Saint-Laurent et ailleurs, notamment les centres d'appel de la Gaspésie sans oublier celui de Nordia, à Jonquière. Sachons que depuis la venue d'un studio Ubisoft à Québec, un pôle d'activités technologiques similaires s'avère en émergence dans cette ville.
Grâce à la capacité améliorée de formation de main-d'oeuvre spécialisée ainsi que de recherche pointue au Saguenay-Lac-Saint-Jean, le message de 2004 devient encore plus fort. Si nous l'entendons bien cette fois-ci, la région pourrait multiplier les activités et les emplois dans cette grappe en herbes qui représente déjà autour de 2000 emplois. Cette masse critique devient attractive pour les talents, les nouvelles initiatives de diplômés comme EPIQ et Totema Studio, les essaimages d'entreprises, les services à haute intensité technologique. Bref, il pourrait y avoir un effet structurant et entraînant dans ce nouveau créneau régional. 
Pour maximiser cet effet vertueux, la région doit répondre convenablement aux besoins réels de la grappe, notamment par la création de convergences et de synergies appropriées entre les parties prenantes. Les conditions en ce sens n'émergeront pas automatiquement. Qu'on se le dise. Le campus Ubisoft Sherbrooke a échoué à ce niveau, il y a quelques années. On devrait en tirer des leçons, puisque la région ne peut rater son coup actuellement. Elle devra trouver les modalités adéquates de médiation au sein de cette nouvelle grappe qui illustre un bel avenir régional. Ainsi, quand nous aurons terminé de célébrer la nouvelle à propos d'Ubisoft, la bonne idée serait de réfléchir ensemble autour du concept de pôle TI en examinant les contributions éventuelles de tous, au bénéfice des intérêts supérieurs du Saguenay-Lac-Saint-Jean.