Penser en fonction de l'avenir

TRIBUNE / À l'aube des élections municipales, à quoi les électeurs doivent-ils s'attendre de leurs candidats en matière d'urbanisme ? L'urbaniste à la retraite Jean-Claude Lusinchi se prononce sur cet important enjeu, souvent ignoré dans le débat public.
Face à la perspective des élections municipales, la population devrait pouvoir s'attendre de la part des candidats à des prises de position claires et dynamiques en matière de planification d'urbanisme et de développement du territoire. En effet, le défi des années futures sera d'intégrer au sein des planifications du territoire ainsi que des plans d'action de développement économique, des mesures innovatrices visant à gérer et contrôler l'occupation du sol, tout en sécurisant le plus possible la vie de la population, et ce, en regard notamment des nouvelles manifestations climatiques qui sont devenues maintenant des réalités constantes et incontournables.
Détenant le pouvoir de planifier l'aménagement de leur territoire, les municipalités, auront à composer, d'une part, avec la volonté « louable » de vouloir améliorer l'assiette fiscale de leur communauté par le biais de nouveaux lotissements résidentiels, commerciaux ou industriels, avec d'autre part, la volonté et la sagesse de réaliser ces développements avec une planification rigoureuse, et responsable, qui protège adéquatement les populations. 
En outre, le seul fait de planifier ne sera pas suffisant, la volonté politique en matière d'affectation budgétaire devra suivre et sûrement, établir des priorisations parfois difficiles entre ce qui est attrayant, visible et « politiquement rentable » en matière d'électorat, et les mesures de sécurité, d'infrastructures ou de réglementations contraignantes qui sont nécessaires, mais qui sont moins visibles, moins populaires et bien sûr « politiquement moins rentables » auprès de l'électorat.
L'identification des risques, puis la prise en compte et la gestion de ces risques devraient donc être dans les années à venir, une des principales préoccupations de nos communautés. Les d'objectifs à atteindre devront être précis, les actions pour les atteindre devront être claires et accompagnées des budgets suffisants. Particulièrement, les futurs élus et leurs équipes professionnelles se devront d'identifier et de considérer rapidement les diverses contraintes liées aux changements climatiques en cours, pensons notamment aux secteurs de sols rendus instables en raison de précipitations majeures de plus en plus fréquentes, à la construction en bordure de lacs et cours d'eau, lesquels peuvent être générateurs d'inondations subites et imprévisibles, à la collecte et à la gestion des eaux pluviales, incluant le ruissellement en milieu urbain dû à l'asphaltage intensif. Le traitement de ces éléments se doit d'être rigoureux et ne laisser place à aucune dérogation, car la sécurité du public est en cause. On peut toutefois penser que le fait de reconnaître et de communiquer au public les impacts de ces contraintes nécessitera un certain courage politique.
L'urbanisme de demain se doit d'introduire dans sa conception une notion de développement non seulement durable, mais aussi, et surtout, responsable, sécuritaire et innovateur, qui rejette toute tentation de faire passer les profits par-dessus la logique naturelle d'occupation du sol. L'exemple récent de Houston au Texas nous aura clairement démontré l'absurdité de ce type de développement où la planification réaliste aura été complètement ignorante de la nature des sols, et où les profits issus du développement ont largement supplanté le bon sens et la sécurité des populations.
Planification et développement vont de pair, et il sera donc important que les futurs gestionnaires ne se préoccupent pas de l'un, sans tenir compte des conséquences et des impacts de l'autre, et ce dans un contexte de changement climatique indéniable.
Le climat planétaire change, les conséquences nous affectent déjà profondément. L'ignorer serait une « Trumperie ».
Jean-Claude Lusinchi, urbaniste à la retraite