«Dans une économie mondialisée et fortement financiarisée, les décisions des deux plus grandes banques centrales (États-Unis et Chine) seront cruciales pour la suite des événements.»

Le rôle de la Chine et des États-Unis

TRIBUNE / Sommes-nous à l'aube d'une nouvelle crise économique, avec les perturbations qui ont lieu présentement en Europe ? Daniel Gagnon est directeur du programme en administration des affaires de l'UQAC et Christian Barrette est un informaticien, passionné d'économie, ayant oeuvré quatre ans pour la Banque centrale européenne.
Daniel Gagnon, directeur du programme en administration des affaires de l'UQAC
La crise des « subprimes » de 2008 a eu des effets dévastateurs des deux côtés de l'Atlantique. Fruit de la cupidité humaine et d'un laxisme issu de la déréglementation des institutions financières aux États-Unis, elle a forcé la Banque centrale européenne (la BCE) à renflouer à coup de milliards d'euros les principales banques de ce continent. Nouvellement créée à l'époque, l'intervention possible de la BCE se voulait principalement pour contrôler les poussées inflationnistes qui auraient pu résulter de la mise en place de la zone euro. Rapidement, le manque chronique de liquidités des principales institutions financières (menaçant l'écroulement de tout le système bancaire du continent) eût tôt fait de mettre de côté les idéologies pour passer au mode solution que commandait l'urgence de la situation.
L'Espagne, pour différentes raisons, a été l'un des pays européens dont le système bancaire a été le plus malmené au terme de la crise de 2008. En 2012, le sauvetage européen du secteur coûta 41 milliards d'euros. Selon la Banque d'Espagne, plus de 70 % de cette aide publique ne sera probablement jamais récupéré.
Au terme de cette débâcle financière, des mécanismes conçus pour une résolution ordonnée des défaillances des banques (en affectant le moins possible le contribuable et l'économie réelle) ont été mis en place par la BCE. L'argent du public ne doit plus servir à la rescousse des institutions financières, transformant du coup des dettes privées en dettes publiques. C'est dans cette foulée que le « Mécanisme de Résolution Unique (MRU) » a été conçu par la BCE.
Le mois dernier, pour une première fois, cet outil a été utilisé suite à la débâcle de la septième banque espagnole, Banco Popular. Croulant sous le poids des actifs toxiques accumulés depuis la crise de 2008, les biens immobiliers saisis ont amené l'institution à provisionner 5,7 milliards d'euros causant pour l'exercice 2016 une perte nette de 3,5 milliards d'euros. À la Bourse de Madrid, Banco Popular a perdu la moitié de sa capitalisation boursière en une seule semaine.
Jugée en « faillite probable » par la BCE conformément aux dispositions du MRU, Banco Popular a été reprise dans la nuit du 6 au 7 juin dernier par la première banque espagnole, Banco Santander, pour la somme symbolique de 1 euro. Malgré une augmentation de capital de 7 milliards d'euros amenés par Banco Santander, les actionnaires et les investisseurs obligataires de Banco Popular devront absorber une perte de 3,3 milliards d'euros. Les autorités réglementaires peuvent toutefois s'enorgueillir du fait que l'opération de sauvetage s'est effectuée sans utilisation de fonds publics.
Selon plusieurs analystes, cinq ans après le sauvetage européen des banques espagnoles, le risque d'une contagion au reste du secteur ou à l'Europe semble faible. Quatrième économie de la zone euro, l'Espagne a enregistré en 2016 une croissance de 3,2 % et devrait, toujours selon les mêmes analystes, approcher 3 % en 2017.
Dans ce contexte, peut-on parler d'un événement isolé ou plutôt d'une crise en développement ? Liberbank, huitième grand prêteur d'Espagne (issue de la fusion en 2011 de trois caisses d'épargne menacées de faillite) pourrait devenir la prochaine institution bancaire à sauver. Après une chute de son action de 20 % le 8 juin suivie le lendemain d'une autre descente de 19 %, une interdiction des ventes à découvert du titre par les autorités espagnoles s'ensuivit.
Pendant ce temps, qu'en est-il ailleurs en Europe ? Les obligations d'État italiennes sont à des niveaux historiquement bas, fruit de la stagnation de son économie qui peine à trouver des solutions. Depuis 2008, la BCE et les banques italiennes ont acheté plus de 88 % de la dette publique italienne. Qu'adviendra-t-il du secteur bancaire italien ? Assistera-t-on à une crise financière au deuxième trimestre de 2017 sur le continent européen ? Dans une économie mondialisée et fortement financiarisée, les décisions des deux plus grandes banques centrales (États-Unis et Chine) seront cruciales pour la suite des événements.