Le conflit de Trump

TRIBUNE / Conflit du bois d'oeuvre - Le directeur du Centre de recherche sur la boréalie (CREB) de l'UQAC, André Pichette, et l'économiste Gilles Bergeron, enseignant retraité de l'UQAC, se prononcent sur cet affrontement entre le Canada et les États-Unis.
(Gilles Bergeron) - Le conflit avec les Américains sur le bois d'oeuvre s'invite de nouveau dans le secteur forestier du Canada, du Québec et de la région. Après une brève période d'ouverture du marché américain qui a permis aux entreprises de ce secteur de retrouver la rentabilité, les entreprises canadiennes et québécoises doivent de nouveau verser une taxe pour exporter leurs produits aux États-Unis. Pour les entreprises, il en résulte une ponction dans leurs liquidités qui rend plus difficiles les investissements dans la modernisation et qui peut même compromettre la survie de certaines d'entre elles. Même si les mesures du gouvernement américain semblent totalement injustifiées et que le recours devant les tribunaux donne de grands espoirs pour que cette taxe américaine soit remboursée aux entreprises, il y a quand même pour les entreprises un risque financier lié à cette contestation légale. Ce conflit n'est pas nouveau, mais il présente des caractéristiques particulières. Il s'inscrit d'abord dans un cadre plus large : celui de la volonté du nouveau gouvernement américain de faire du protectionnisme le point d'ancrage de la relance économique du pays. De plus, il fera partie d'une renégociation de l'ALÉNA, qui définit l'ensemble des rapports commerciaux entre le Canada, les États-Unis et le Mexique. 
Contrairement aux conflits précédents, la taxe n'est pas la même pour toutes les entreprises canadiennes et québécoises de sorte que la compétition entre les entreprises en sera modifiée. Au Québec, l'entreprise Résolu devra verser une taxe de 12,8 % alors que les autres entreprises du Québec devront verser une taxe de 19,8 %. De plus, la taxe pour les entreprises, autres que Résolu, est rétroactive à 90 jours. Comme Résolu est la principale entreprise exportatrice du Saguenay-Lac-Saint-Jean, on pourrait croire que la région sera moins touchée que les autres régions du Québec. Des conditions de concurrence inégales sur le marché américain pourront cependant avoir pour conséquences de modifier la concurrence sur le marché libre du bois dans la région et de provoquer la concentration des entreprises. 
La mobilisation des communautés forestières, des syndicats, des entreprises, et une organisation structurée telle qu'Alliance Forêt Boréale ont incité le gouvernement du Québec à annoncer immédiatement la mise en place d'un fonds spécial de 300 millions de dollars pour fournir des prêts et des garanties de prêt aux producteurs de bois québécois frappés par les mesures protectionnistes annoncées par le département américain du Commerce. La garantie de prêt pourra aider les entreprises pour leurs besoins de liquidités, mais les informations actuelles ne permettent pas de connaître dans quelle mesure le gouvernement du Québec assume une partie des risques de non-remboursement de la taxe américaine.
De son côté, le gouvernement canadien refuse de s'engager à soutenir l'industrie forestière avec des mesures spécifiques et appropriées et renvoie les entreprises à ses programmes réguliers. Il est évident que les programmes réguliers n'ont pas été conçus pour une crise particulière comme celle que les entreprises du bois d'oeuvre doivent affronter et que les entreprises se heurteront à toutes sortes de contraintes budgétaires et règlementaires des programmes existants. La réponse du gouvernement fédéral est totalement inacceptable et les mesures du gouvernement du Québec, quoique généreuses, sont nettement insuffisantes pour permettre aux entreprises de faire face à la crise qui s'annonce. 
Les députés libéraux fédéraux en région sont face à un choix important : s'unir pour faire entendre la voix des régions au gouvernement ou demeurer des porte-parole actifs ou passifs d'une stratégie du gouvernement fédéral inacceptable.
Malgré son importance et son urgence, le conflit actuel ne doit pas nous faire oublier que des mesures doivent être prises pour assurer aux entreprises un approvisionnement en bois prévisible à des prix compétitifs, que la modernisation des entreprises et la diversification des produits demeurent des enjeux incontournables.