L’académie de la LNH

Décidément, les Saguenéens aiment les défis. Le hasard leur en avait imposé un considérable en séries éliminatoires, l’année dernière, en les opposant, en demi-finale, aux Sea Dogs de Saint John, la puissance dominante à l’époque. Ils s’étaient finalement inclinés en six parties après avoir donné la frousse à leurs rivaux dans la dernière rencontre jouée devant une salle comble au Centre Georges-Vézina.

Ce sera encore plus difficile, cette année, car ils ont dû sacrifier, à la dernière période de transactions au tournant des Fêtes, leurs deux grandes vedettes, le défenseur Olivier Galipeau et l’attaquant German Rubtsov, pour assurer un meilleur avenir. On ne constatera qu’à l’automne prochain l’efficacité des changements et la valeur des nouveaux choix de repêchage.

Le cycle annuel

C’est ainsi que tourne le hockey junior majeur. Chaque saison ouvre un cycle dans lequel les équipes s’insèrent avec l’espoir de se retrouver dans le peloton de tête. École de la LNH, le junior majeur attire des joueurs dont l’objectif ultime est d’atteindre le statut professionnel et ses millions $. Une infime minorité y accède. La compétition est féroce, car elle est internationale. Les équipes recrutent les meilleurs candidats accessibles, partout en Amérique du Nord évidemment, mais aussi ailleurs, en Russie et chez les pays scandinaves. La région est particulièrement fière de la réussite de nos derniers surdoués, David Desharnais (Rangers), Charles Hudon (Canadien), Nicolas Roy (Hurricanes) et Samuel Girard (Predators).

Les dynasties sont rares au junior majeur, mais elles existent. Les Royals de Cornwall, seule équipe ontarienne à avoir adhéré à la LHJMQ, ont remporté trois fois la Coupe Memorial, soit en 1972, 1980 et 1981. Même s’ils ont échoué à leur participation au championnat canadien, les Saguenéens ont connu leurs saisons de gloire. L’une des plus mémorables se déroula en 1979-80 quand Guy Carbonneau enregistra 182 points et le défenseur Gilbert Delorme, 111 points.

Centre Georges-Vézina

Les partisans rêvent d’un retour à des formations dominantes animées par de futures vedettes de la LNH. La saison qui s’achève fut surtout marquée par un grand questionnement sur les déficiences du vieux Centre Georges-Vézina. Après l’alerte lancée par une firme d’ingénieurs sur l’état inquiétant de la toiture, l’organisation des Marquis de Jonquière a généreusement logé les Saguenéens pendant que l’autorité municipale consacrait le demi-million $ nécessaire à une réparation suffisamment complète pour assurer l’utilisation de la glace olympique durant quelques décennies encore. Comme si son constructeur J.-R. Théberge avait appliqué les secrets de la longévité des grands bâtiments de la Rome antique. 

La mairesse Josée Néron s’est montrée néanmoins favorable à un nouvel amphithéâtre avec une glace aux dimensions du hockey nord-américain. Mais elle n’a pas voulu, comme son collègue de Québec, profiter de la circonstance favorable d’une campagne électorale pour engager l’État. Elle mijote plutôt le projet d’un nouveau domicile pour les Saguenéens avec une autogare de 700 places dans l’ancienne zone ferroviaire, au centre-ville de Chicoutimi. À la condition évidemment d’une participation financière des gouvernements supérieurs au financement estimé à quelque 70 millions $.

C’est la vision d’une ville qui poursuit sa mutation entreprise en 2002, dans un cheminement à nouveau investi par une démocratie authentique. Dans l’immédiat, les Saguenéens poursuivront leur carrière dans le plus édifiant musée du hockey junior nord-américain.