La science se vit en français

TRIBUNE / L'Association francophone pour le savoir se penchait cette semaine sur cette question, dans le cadre de son 85e congrès annuel. Frédéric Bouchard est président de l'ACFAS et Josée Simard est maître de français à l'UQAC.
(Frédéric Bouchard) - Cette semaine, à Montréal, quelque 6000 chercheuses et chercheurs de toutes disciplines participaient au 85e Congrès de l'ACFAS. Inégalités de revenus, changements climatiques, nouveaux polymères et philosophie d'Aristote étaient au menu. Pendant cinq jours, elles et ils ont présenté leurs travaux en français à l'Université McGill.Beaucoup de chemin a été parcouru depuis le premier congrès de l'Association, en 1933, où la mission était rien de moins que de s'assurer que les scientifiques d'ici soient aussi de l'aventure moderne de la connaissance. Et 85 ans plus tard, nous pouvons être fiers du travail accompli. Nous avons aujourd'hui un système de recherche et d'innovation à la hauteur de tous les autres systèmes occidentaux.
L'aRticle n'est que la dernière étape
Il est entendu que l'anglais est devenu la langue principale de la publication scientifique, mais déconstruisons d'entrée de jeu deux préjugés tenaces donnant l'impression que l'anglais domine tout : la vie d'une chercheuse ou d'un chercheur se résume à ses articles (c'est faux), et cette vie se déroule hors de sa communauté dans une mythique tour d'ivoire (faux aussi). 
La publication d'un article scientifique est en fait la dernière étape d'un long processus. Auparavant, la chercheuse aura passé des heures en bibliothèque, au laboratoire, en réunion, en colloque. Elle aura échangé avec ses collègues, avec ses étudiants. Et l'innovation disruptive comme l'idée ambitieuse se produira souvent dans un « cadre de porte » lors d'échanges impromptus. La recherche se fait donc sur un territoire, s'imagine dans une culture et se construit en français, en chinois, en portugais, comme en anglais. 
Un travail collectif
La grande majorité des chercheuses et des chercheurs collaborent aussi d'une manière ou d'une autre avec leur collectivité - gouvernement municipal comme provincial et national, écoles, entreprises, groupes communautaires, etc. Là aussi, ils pratiquent leur métier dans la langue du lieu.
Plusieurs foyers de recherche dans la région
Ici à Saguenay, je pense bien sûr à l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), et me vient en tête le laboratoire de recherche et d'intervention en gouvernance des organisations, la chaire de recherche sur la transformation de l'aluminium, ou encore la chaire en environnement et génétique des troubles respiratoires et de l'allergie. 
Si je me tourne vers le réseau collégial, j'y vois le groupe ÉCOBES, ce centre de recherche en sciences sociales appliquées rattaché au Cégep de Jonquière qui réalise des travaux sur les conditions de vie et les besoins de la population. 
Aussi, le leadership assumé il y a nombre d'années par l'UQAC dans la création de divers consortiums regroupant des partenaires des secteurs comme les ressources minérales et l'éducation témoigne bien de la présence de cette orientation dans la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean.
Liée à la société
Nous savons depuis longtemps que le développement du savoir est l'incarnation même de l'épanouissement humain. Mais pour que la recherche puisse jouer ce rôle, elle doit être liée organiquement à la société qui la rend possible. 
En ce sens, nous devons travailler à maintenir et à affirmer la pratique de la recherche en français. Et à l'échelle internationale, l'avenir de la recherche réside dans un multilinguisme ouvert et dynamique.