Inventer la ville du futur

À l’occasion du neuvième Forum urbain mondial qui s’est terminé le 13 février à Kuala Lumpur en Malaisie, le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) a lancé un rapport qui donne les grandes lignes de la ville du futur. Le sujet est déterminant pour offrir un avenir viable pour l’humanité. En effet, en termes de consommation de ressources et de pollution de l’environnement, le poids des villes doit cesser d’augmenter si on veut s’assurer de la qualité de vie de leurs habitants.

Quelques chiffres illustrent l’ampleur du défi. Aujourd’hui, 66 % de la population planétaire vit dans des villes, alors que c’était la moitié il y a dix ans. D’ici 2050, la population urbaine grandira plus vite que la population mondiale et les cités devront accueillir 2,5 milliards de nouveaux citoyens, la majorité venant des zones rurales. Il faudra les loger, les nourrir, leur fournir de l’eau potable, les chauffer, les éclairer, leur donner accès à la mobilité et traiter leurs déchets. Sans des politiques efficaces, la consommation de ressources des villes passera de 40 milliards de tonnes en 2010 à 90 milliards de tonnes en 2050. Bien sûr, la production de déchets, les émissions de gaz à effet de serre et d’autres polluants atmosphériques pourraient évoluer en parallèle. C’est un scénario cauchemardesque si l’aménagement des villes et leur gestion ne changent pas radicalement.

Heureusement, il y a des solutions dont le PNUE fait la promotion. Il est possible de stabiliser la consommation de ressources et d’énergie des villes à l’horizon 2050 malgré l’augmentation prévue de leur population. Il faut cependant agir sur plusieurs plans, au premier chef la mobilité, l’approvisionnement énergétique et la gestion circulaire des matériaux. Comme l’a déclaré le président exécutif du PNUE: « Nous pouvons dessiner un avenir meilleur pour les villes, où les gens peuvent marcher ou prendre leur vélo au lieu d’utiliser des voitures, où les déchets sont recyclés plutôt que brûlés ou enterrés, et où chacun peut avoir accès à une source d’énergie propre […]. On peut augmenter la productivité du système urbain par un facteur 10 ». Tout un programme !

En priorité, il faut cesser de construire les villes en fonction de l’automobile et favoriser le transport actif et collectif. Parmi les effets collatéraux, on obtient une amélioration de la santé cardio-vasculaire, une réduction de la mortalité et des blessures liées aux accidents de la circulation, une amélioration de la qualité de l’air et une réduction des émissions de gaz à effet de serre. 

On parle aussi d’un « métabolisme urbain circulaire » basé sur le recyclage local des ressources, l’efficacité énergétique, l’agriculture urbaine et le recyclage de l’eau qui permettrait de réduire de manière considérable les déchets enfouis ou brûlés. Naturellement, cela ne peut pas se faire sans la participation des citoyens par une consommation plus sobre et une éducation civique qui favorise les comportements responsables. Bien sûr, l’approvisionnement énergétique devrait faire place aux sources d’énergie renouvelable et au stockage d’énergie par divers moyens technologiques, dont les réseaux intelligents.

Rêves que tout cela ? Sans doute. Mais nous avons de nombreux exemples dans l’histoire de villes ou de quartiers pensés pour le futur. Par exemple, à Saguenay, le quartier Arvida imaginé au début du vingtième siècle présente encore aujourd’hui un intérêt certain puisqu’on veut l’inscrire au patrimoine mondial de l’UNESCO. Planifier les villes de demain en fonction du développement durable permettra d’éviter des problèmes. Mais il faut aussi faire évoluer les villes existantes, car il est rare qu’on puisse créer une ville à partir de rien. Souhaitons que le message du PNUE soit entendu.