Josée-Ann Jomphe, étudiante en Art et technologie des médias à Jonquière.

«G» passé avec 58%

Au Québec, un élève ayant obtenu 58 % ou 59 % à une épreuve ministérielle obtient automatiquement la note de passage de 60 %. Cette politique est-elle justifiée ou s’agit-il d’un nivellement par le bas ? Étudiante de 2e année en journalisme, au programme Art et technologie des médias, Josée-Ann Jomphe s’exprime sur le sujet.

TRIBUNE / Quand les réseaux sociaux ont fait leur apparition, on s’est aperçu que les gens écrivaient vraiment tout croche. Mais on leur a pardonné. On s’est convaincu que c’était des raccourcis, qu’ils étaient tellement emballés de pouvoir contacter leurs proches de façon presque instantanée qu’ils devaient par conséquent écrire plus vite que la lumière. En omettant, bien entendu, de prendre le temps de respecter les règles grammaticales de base.

Quand on s’est rendu compte que finalement les raccourcis demeuraient bien ancrés dans leurs écrits, on a continué de leur pardonner. On s’est dit que c’était simplement par habitude. Non pas par paresse et par manque d’éducation.

Et finalement, quand on a eu connaissance que des élèves qui échouaient à un examen se faisaient tout de même offrir la note de passage, une petite remise en question de tout l’enseignement qu’on a reçu durant notre enfance nous a semblé évidente.

Si je n’avais pas bûché pour avoir des bonnes notes et que je m’étais contentée du strict minimum, est-ce que je serais passée au travers de mon primaire et de mon secondaire ? La réponse est oui. 

Si mes parents ne m’avaient pas forcée à apprendre les règles du français, à compter autrement que sur mes doigts, à mémoriser la capitale de chaque pays et à être capable de nommer tous les éléments du tableau périodique, est-ce que je serais quand même passée au travers de mon primaire et de mon secondaire ? La réponse est encore oui.

Si j’avais pu écrire « fiord », « ognon », « paraitre » et « cout » en trouvant ça normal, est-ce que je serais passée au travers de mes années scolaires ? La réponse demeure la même.

Certaines personnes ont une facilité d’apprentissage, d’autres non. Certaines personnes font preuve d’une aisance insurmontable durant les exposés oraux, d’autres voudraient tout simplement s’évanouir. Certaines personnes préfèrent le bleu, d’autres le rouge. Nous sommes tout un chacun différents, avec nos forces et nos faiblesses. 

« C’est en forgeant qu’on devient forgeron. »

Parallèlement, ce n’est pas en abandonnant qu’on devient bon. 

En nivelant les notes vers le haut, on nivelle automatiquement nos attentes vers le bas. 

Nos exigences face aux enfants ont diminué. En agissant ainsi, on leur montre la paresse, la facilité et on leur apprend à se contenter de peu. Où est passé le dépassement de soi ? Le succès ? La saine compétition et la fierté ? En étant enfant, être à l’école et réussir à avoir de bonnes notes, c’est une fierté. Ce n’est pas le but ultime de l’enfance, réussir ses classes ?

En agissant ainsi, on leur apprend qu’être « pas mauvais » est suffisant. Qu’être dernier de classe, ça passe. Que 2 %, ce n’est rien. Que même si tu n’atteins pas la note de passage, tu peux réussir.

Les notes bonifiées, c’est un jeune de 17 ans qui achète de l’alcool. 17 ans, c’est presque 18 ans, non ?

Les notes bonifiées, c’est de permettre à tout le monde de rentrer travailler à 8 h 05. Cinq minutes, ce n’est presque rien, non ?

Les notes bonifiées, c’est un policier qui pardonne une infraction. Un médecin qui ne te soigne pas complètement, un système d’éducation qui est mou. 

Faire passer un élève de 2 ou 3 %, ce n’est pas lui rendre service. Au contraire, c’est lui donner une petite échelle quand le serpent n’est pas très loin. C’est le faire tomber de deux fois plus haut. 

Parce que si l’élève que vous prétendez aider a de la difficulté à atteindre le seuil minimal de réussite, cet échec le rattrapera sans contredit dans quelques années. Le retard se fera toujours ressentir, peu importe les pourcentages gratuits que vous lui refilerez.

C’est un travail commun qui doit être fait. Enfants, parents, enseignants, éducateurs spécialisés et gouvernement, unissez-vous !