Les quatre candidats à la mairie de Saguenay ont croisé le fer, mercredi, au Cercle de presse.

Faire le pari de l'audace

TRIBUNE / La culture est souvent la grande négligée en campagne électorale. Toutes les municipalités du Saguenay-Lac-Saint-Jean seront en élection le 5 novembre prochain et les candidats feront économie de leur vision du développement de la culture. Joël Martel, chroniqueur, musicien et grand utilisateurs des plates-formes numériques, font part de ses réflexions.
Quand mon boss Marc m'a contacté pour me demander d'écrire un truc à propos des prochaines élections municipales, j'étais devant la section des papiers d'aluminium à l'épicerie.
Sur le coup, ça ne m'a pas trop semblé difficile comme mission, alors après avoir arrêté mon choix sur le papier d'aluminium que j'achèterais, j'ai répondu par un « oui, y a pas de problèmes » plutôt enthousiaste.
Or, ce que j'ignorais, c'est que j'allais aussitôt sombrer dans une espèce de douce détresse.
Parce que la culture, ça peut être un truc bien précis, mais ça peut être aussi beaucoup d'autres choses en même temps.
Et là, quand on mélange de la politique municipale à tout ça, vous risquez de me perdre assez rapidement.
Alors voilà. De ce que j'ai observé dans les dernières années, pour les élus, la culture, ce sont des enveloppes qu'on accorde à des événements culturels, des infrastructures qui diffusent la culture, des organismes et j'en oublie certainement. 
Maintenant, ce qui résultera des décisions des élus peut prendre bien des directions. Est-ce que les élus souhaitaient offrir aux citoyens des productions de plus grande envergure, de la diversité, des stars internationales ou des manifestations culturelles ?
Ici, ça devient une question de priorités et celles-ci se décideront selon ce que la population envoie comme message, ce que les élus en perçoivent, ce que les organismes demandent et proposent et idéalement, ce que les artistes locaux ont à offrir.
Quand on regarde tout ça, on constate assez rapidement qu'il s'agit là d'un écosystème plus complexe qu'on ne voudrait bien le croire.
En partant donc de ce principe, ce serait donc bien pompeux de ma part de prétendre savoir ce que les candidats à la mairie devraient proposer à la scène culturelle.
Toutefois, en tant qu'observateur, acteur et spectateur de cette scène, je n'ai aucun problème à suggérer ici une piste de réflexion aux candidats. Et la voici justement.
Généralement, quand on parle des bienfaits de la culture, on le fera par l'entremise de démonstrations économiques. Mais c'est là faire une erreur majeure. Car en partant de ce principe, on cautionnera toujours la pertinence d'un élément culturel par ce qu'il pourrait apporter économiquement. Certes, les retombées économiques peuvent être un bienfait associé à la culture, or ce n'est là qu'un élément isolé dont les effets sont à court terme. 
Car la culture, elle devient payante quand ses effets sont à long terme. Et ces effets à long terme ont une incidence qui va bien plus loin que le portefeuille. Ici, je pense par exemple à la fierté qui peut unir la population face à l'émergence d'un artiste de la communauté ou sinon, face au rayonnement d'un événement ou une production de la région.
La culture, elle nous enrichit quand elle nous inspire à rêver, à penser différemment et qui sait, à se surpasser individuellement ou même collectivement.
Alors il est où dans tout ça le pouvoir d'un potentiel élu ?
C'est une bonne question les amis.
Peut-être qu'un engagement franc à supporter activement les artistes et créateurs locaux pourrait être intéressant ? Et sinon, un engagement à faire le pari de l'audace. Par exemple, en proposant les mandats culturels à des acteurs variés, mais surtout, en écoutant ce que les gens sur le terrain ont à le dire et non en se fiant à des bureaucrates qui ont parfois tendance à suggérer sans cesse des copiés-collés des mêmes événements par manque d'imagination.
À titre d'inspiration, on n'a qu'à penser à l'inauguration des Fêtes du 150e anniversaire d'Alma ou à la Grande nuit blanche de cet été. Les propositions étaient originales et sans même qu'elles tombent dans la surenchère en invitant des « gros noms », ces activités ont démontré le rôle essentiel de la culture afin de tous nous rassembler pour qu'on se jase et que l'on fasse naître de nouveaux projets.
En résumé, c'est assez simple quand on y pense. Si les candidats souhaitent attirer les votes de la scène culturelle, faites comme ceux et ceux et celles qui la font vivre : servez-vous un peu de votre créativité.