Être plus intelligent

Enseignants au niveau universitaire, Stéphane Allaire se penche sur le dossier du cellulaire à l'école et sur le débat engendré par Vincent Dugay.

TRIBUNE / Les téléphones intelligents causent bien des vibrations depuis l’automne dernier. C’est au tour de l’initiative d’un jeune homme de la région d’enflammer les claviers. Rappelons que Vincent Duguay a acheminé une mise en demeure à la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay dans laquelle il argumente que le code de vie de son école est inconstitutionnel. Loin de défendre l’idée que les cellulaires devraient pouvoir être utilisés en tout temps à l’école, le jeune homme prétend que le règlement de restitution d’un appareil à son propriétaire à la suite d’une confiscation viole le droit à la jouissance paisible et à la libre disposition des biens.

Puisque mon avis au sujet de la gestion des téléphones intelligents à l’école a été partagé en décembre dernier dans les pages de ce journal, mon propos d’aujourd’hui se concentre sur les nombreuses réactions à l’« Affaire Duguay ». 

Sans avoir pu compléter une analyse systématique de l’ensemble des propos qui ont été partagés sur les médias sociaux en réaction à la missive de M. Duguay, je partage trois constats qui ont fait sourciller le chercheur et l’enseignant en éducation que je suis.

Qu’on soit en accord ou non avec les propos du jeune homme, on doit reconnaître l’esprit d’initiative, l’engagement et la rigueur dont il a fait preuve pour exposer son avis. 

Cela ne fait-il pas partie des aspirations qu’une société devrait avoir ? Hélas, nombre de personnes ont préféré bafouer les règles de respect et de civisme les plus élémentaires. 

Vulgarité des propos. Violence verbale. Appels à la violence physique dans quelques cas. Autant de comportements qu’aucun adulte ne tolère même auprès d’enfants en bas âge. Autant de comportements qui seraient admissibles à titre de plainte pour harcèlement. Visiblement, il reste beaucoup d’éducation à la « nétiquette » et aux médias sociaux à faire. Et pas uniquement auprès des jeunes.

Un second constat que j’ai dégagé de ma lecture des commentaires sur les médias sociaux concerne la mauvaise compréhension de l’intention du jeune homme. Dans plusieurs cas, on peut se demander si les réactionnaires ont pris la peine de prendre minimalement connaissance du contenu de l’initiative, que ce soit en lisant la mise en demeure elle-même, ou en consultant les articles et reportages des journalistes. Ici, c’est non seulement des compétences de base en littératie qui sont en cause, mais aussi la capacité à contribuer de façon éclairée à des débats d’opinions. L’éducation à des compétences du 21e siècle est interpelée, c’est-à-dire la capacité à faire preuve de réflexion critique sur soi et à communiquer avec autrui de façon responsable dans un contexte donné.

Mon troisième constat concerne la conclusion hâtive que des personnes ont tirée à partir de l’intervention du jeune Duguay. « Cette génération est fainéante », paraphrasaient plusieurs. D’une part, l’initiative de l’élève n’a rien de paresseuse. D’autre part, supposons qu’elle le soit, la généralisation qui a été faite à l’ensemble des adolescents à partir du cas Duguay n’a pas lieu d’être. Elle démontre en fait une lacune au niveau de la logique de la pensée.

Cela dit, il importe aussi de reconnaître que plusieurs commentaires étaient de qualité, peu importe le point de vue de ceux qui les ont partagés.

Je termine sur un commentaire à propos de la réponse de la commission scolaire, qui a acheminé sa réplique par le même canal juridique que l’instigateur du dossier. 

Le jeune Duguay s’est dit déçu que l’établissement ne souhaite pas en discuter. Peut-être l’accueil aurait-il été différent si l’amorce avait été faite à partir d’une posture fondée sur des arguments éducatifs ? À bon chat, bon rat. Ou peut-être est-ce l’arroseur arrosé ?