Éducation et prévention

TRIBUNE / Moins de fruits et légumes chez les adultes et davantage de malbouffe chez les jeunes : le portrait du Saguenay-Lac-Saint-Jean en matière d’alimentation est inquiétant. La nutritionniste-diététiste Malorie Munger, de l’entreprise NutriSimple, s'exprime sur le sujet.

Pourquoi est-ce plus difficile pour les résidants du Saguenay-Lac-Saint-Jean de bien s’alimenter ? Une grande question à laquelle je tenterai de répondre.

D’abord, il faut bien l’admettre, l’on n’a jamais autant entendu parler de saine alimentation. Toutefois, l’information juste est de plus en plus difficile à dégoter avec la multiplication des pages Facebook traitant de sport et d’alimentation gérées par n’importe qui ! Malgré l’abondance de conseils, le problème réside dans l’application de ceux-ci dans notre vie de tous les jours. Pas besoin de vous dire de consommer davantage de fruits et légumes ou de manger moins de sucre… Vous le savez déjà ! 

La vie va de plus en plus vite, et ce, au détriment de notre santé. S’il n’y a rien de planifié pour le souper, le combo poulet et frites ou l’éternelle pizza restent des choix que plusieurs familles feront. Prendre un moment durant le week-end pour planifier les repas de la semaine ou cuisiner 2 ou 3 fois par semaine tout en multipliant les recettes sont des solutions qui sont certes simples à appliquer, mais qui demande un temps précieux que peu de gens vont réellement prendre ! 

La productivité est une valeur tellement prônée par la société qu’on en oublie parfois nos priorités. Votre santé vaut-elle vraiment moins que quelques heures supplémentaires au bureau ou qu’un énième court de piano pour le plus jeune ? 

On ne sait plus à qui ou à quoi faire porter le chapeau pour ces habitudes alimentaires déficientes. Dans les dernières années, on a jeté la pierre aux boissons sucrées, à l’offre alimentaire des cafétérias, aux restaurants de restauration rapide trop près des écoles, au gras, au sucre, etc. Toutefois, n’oublions pas que tout résulte de l’éducation et de l’information reçues. Si l’on considère le jus de fruits comme une portion de fruits et légumes, c’est en partie dû au Guide alimentaire canadien, l’outil le plus utilisé dans les écoles pour la promotion de la saine alimentation. On sait très bien que les jus n’apportent aucune fibre alimentaire et sont en quelque sorte des calories vides, et ce, même s’ils sont 100 % purs. Il était grand temps que ce guide soit révisé pour offrir de l’information beaucoup plus pertinente que le nombre de portions dont chaque individu a besoin, information qui est si approximative qu’on ne peut réellement s’y fier ! 

La réalité socioéconomique de la région est certainement une partie de la réponse à cette grande question ! Les gens qui souffrent d’insécurité alimentaire sont plus vulnérables que les autres en ce qui concerne les saines habitudes de vie. Un exemple tout à fait criant est la différence de prix entre les fruits et légumes et les aliments à faible valeur nutritive comme les croustilles ! Encore ici, c’est partiellement une question de choix, les protéines végétales telles le tofu ou les légumineuses sont tellement plus abordables que la viande, mais encore faut-il ouvrir nos horizons pour essayer de nouvelles choses. Faire l’épicerie à moindre coût c’est possible lorsqu’on sait cuisiner, mais ces compétences sont-elles présentes au sein de notre population ? 

Le manque de variété et d’accessibilité aux produits santé est un autre facteur à considérer. Les grandes villes ont accès à des fruiteries où les articles sont beaucoup moins dispendieux, des cours de cuisines, des supermarchés bio, etc. 

Les statistiques alarmantes qu’on a pu voir dans le précédent article du journal Le Quotidien font état d’un malheureux problème ! Couper toujours plus dans les services de santé afin de voir disparaître la portion prévention et investir uniquement dans la 2e et la 3e ligne, c’est oublier qu’il vaut toujours mieux prévenir que guérir ! M. le ministre connaît-il cette expression ou l’a-t-il volontairement oubliée ? Il semblerait que non puisqu’il injecte maintenant la somme de 80 millions $ en prévention. Mieux vaut tard que jamais.

Malorie Munger

Nutritionniste chez NutriSimple