«Nous ne comptons environ qu'un crash tous les 1,5 million de vols ! En moyenne, l'aviation civile enregistre autour de 1000 morts, dans le monde, par année. Contre environ 1,3 million pour l'automobile !»

Des statistiques éloquentes

AVIATION CIVILE / Cette tribune ne se veut nullement un jugement sur l'écrasement qui a coûté la vie à deux frères la fin de semaine dernière, mais plutôt une réflexion générale sur la sécurité dans le monde de l'aviation privée. Chef de nouvelles des journaux Le Quotidien et Le Progrès, Normand Boivin est un ancien instructeur de pilotage. Hugues Harvey est quant à lui propriétaire de l'entreprise Harvey Aviation, établie à Saint-Honoré.
Hugues Harvey,  propriétaire de l'entreprise Harvey Aviation de Saint-Honoré
OPINION / Nous avons tous l'impression d'entendre fréquemment des histoires tragiques d'écrasements d'avions. Et nous sommes tous d'accord, il s'agit de tragédies. Toutes mes sympathies vont aux proches des victimes.
Mais souvent, ces accidents sont l'occasion de faire le procès de l'aviation civile pour toutes sortes de raisons. Trop bruyant, coûteux, risque pour la sécurité publique, encombrant, caprice de gens riches, etc. L'histoire se répète chaque fois.
Nous oublions souvent que l'aviation est aussi une composante essentielle de notre économie, à bien des niveaux. Pour des emplois manufacturiers bien rémunérés et le tourisme entre autres.
Mais, il convient tout de même de relativiser les risques associés à l'aviation. Nous ne comptons environ qu'un crash tous les 1,5 million de vols ! En moyenne, l'aviation civile enregistre autour de 1000 morts, dans le monde, par année. Contre environ 1,3 million pour l'automobile !
Au Québec, il meurt plus d'une personne par jour sur les routes, mais nous n'en entendons presque pas parler. Au Canada ? Environ 2000. C'est fréquent, rien pour faire la une... Et pour l'aviation ? Une moyenne de 32 morts par année au Canada, ces cinq dernières années. Mais comme tout est une question de perception, un accident d'avion, c'est toujours plus spectaculaire !
J'ai eu la chance de découvrir le monde de l'aviation grâce à mon père et j'y suis confronté depuis mon plus jeune âge. Je dormais déjà, bien assis sur le siège d'un Cessna 172, du haut de mes 5 ans. J'ai eu ma licence de pilote pratiquement au même moment que mon permis de conduire automobile. Ce moyen de transport s'est inscrit dans mon ADN au même titre que l'automobile.
Je me déplace entre 8 et 10 heures par semaine en avion ou en hélicoptère pour visiter nos différentes entreprises et nos clients dans l'est du pays et des États-Unis. Embarquer dans un aéronef n'est pas un stress, cela fait partie de ma réalité quasi quotidienne. Et au final, je me sens beaucoup mieux étant pratiquement seul dans l'immensité du ciel qu'avec une centaine d'autres véhicules sur la route.
Prenons en exemple, pour l'aéroport de Saint-Honoré, pour le mois de février 2017, nous avons enregistré pas moins de 6823 décollages et atterrissages. Le chiffre est énorme, et dans des conditions hivernales... et combien d'accidents ? Aucun. Plus de 120 000 mouvements aériens sont prévus en 2017 à cet aéroport.
Une collision en plein ciel, comme celle survenue à Saint-Hubert récemment, est un événement rarissime. Lorsque nous approchons d'une ville comme New York pour l'atterrissage comme pilote, nous sommes entourés de dizaines d'avions qui volent dans tous les sens à des niveaux de vols différents. Mais nous suivons des procédures strictes qui assurent notre sécurité. C'est le non-respect de ces règles de sécurité élémentaires qui coûte des vies la plupart du temps.
En pilotage, nous sommes formés sur ce que nous appelons le facteur humain. Il s'agit de la contribution de l'homme à un événement particulier, dans notre cas, un accident. Le facteur humain contribue à environ 80 % du total des accidents d'avion. Bref, la machine nous lâche rarement.
Souvent, il vaut mieux être au sol et rêver d'être dans le ciel que d'être dans le ciel et rêver d'être au sol...
Je suis bien au fait des contraintes d'entretien, étant aussi propriétaire d'un atelier de maintenance situé à l'aéroport de Saint-Honoré. Nous sommes soumis à des règles extrêmement strictes sur l'entretien des aéronefs. Pour certains appareils privés, les dépenses de maintenance annuelle peuvent atteindre de 50 000 à 80 000 $. C'est dire à quel point ces appareils sont minutieusement entretenus.
Par kilomètre parcouru, cela est, et restera toujours (et de loin !) le moyen de transport le plus sécuritaire. Mais les statistiques de sécurité, c'est toujours moins accrocheur...