Débat constitutionnel: un passé garant d'avenir

TRIBUNE PAR ANDRÉ HARVEY / Le 150e anniversaire de la Confédération canadienne donne lieu à des rétrospectives, qui sont utiles dans la mesure où elles peuvent nous aider à projeter l'avenir. Je reviens ici sur mon action en tant que député de Chicoutimi-Le Fjord à la Chambre des communes dans ce but.
Comme président du caucus québécois du parti au pouvoir, j'ai vécu de près les péripéties de l'accord du lac Meech, qui aurait permis au Québec de signer la Constitution canadienne. Après le rejet regrettable de l'accord, j'ai continué à travailler sur les projets ambitieux dont les gens m'avaient parlé durant les campagnes électorales. Au gouvernement fédéral, où l'audace est essentielle, deux maximes, de Jean-Paul II et Jean Vanier, m'ont toujours animé. « N'ayez pas peur » et « Avancez au large », disaient-ils.
Pour la grande ville du comté, je voyais trois objectifs : une route de classe mondiale vers le réseau national, une ville belle où il fait bon vivre, une ville prospère. Aujourd'hui, sur la nouvelle route 175, on éprouve un sentiment de sécurité sans précédent, tout en découvrant la beauté des montagnes et des lacs de la Réserve faunique. Toutefois, dans une perspective embrassant le 21e siècle, la route doit se prolonger vers la rive nord, via un nouveau pont, selon un réseau routier urbain réfléchi.
Nul ne peut être plus fier que moi de la réalisation du parc urbain du Vieux-Port. Mais ce projet aussi doit se poursuivre, selon la vision de l'architecte Jacques Coutu, qui a sauvé le vieux pont de la démolition. La rive nord, jusqu'à L'Anse-aux-foins, offre des vues splendides sur le Saguenay ; le parc devra s'y prolonger. Un défi semblable se présente à La Baie, par rapport au parc Mars et au secteur du Cap-à-l'Ouest.
 Je rêve d'une ville belle, et prospère. Au 20e siècle, nous avons été choyés par l'industrie de l'aluminium. Mais les usines aux milliers d'emplois n'existent plus. Depuis la déclaration de 1984 du vice-président d'Alcan : « Ne comptez plus sur nous », la région s'est tournée vers la transformation de l'aluminium. Avec la collaboration du ministre fédéral Martin Cauchon, et celles d'Alcan et du recteur de l'UQAC, j'ai amené le Conseil national de recherche à créer ici le Centre des technologies de l'aluminium. Il s'agit d'un atout majeur pour la transformation de l'aluminium. Toutefois, cet objectif a pris un dur coup en 2012, lors de la fermeture de l'usine Saguenay qui fabriquait de la tôle d'aluminium.
Concernant la métallurgie de l'aluminium, un principe m'a toujours animé : nos atouts ‒ électricité écologique et bon marché, accès à la mer, compétences scientifiques et techniques, installations de recherche hors pair - doivent nous propulser à l'avant-plan dans l'industrie. Pour ma part, je suis persuadé que le virage vers la transformation est impossible sans l'engagement formel de la grande entreprise, qui bénéficie d'avantages énergétiques de plusieurs centaines de millions par année. Bref, dans la métallurgie de l'aluminium, un nouveau partenariat adapté aux conditions du 21e siècle s'impose, et aussi, je crois, un rapprochement intersyndical.
 J'ai vécu 70 ans sur la Côte de la Réserve. Chicoutimi est ma ville. Mais le fjord a vite pris une importance égale. Je voyais clairement mon défi : connaître les gens, comprendre leurs projets, aider à les réaliser. Je suis fier de la création du Parc marin du Saguenay-Saint-Laurent par la Sépaq et Parcs Canada. Cependant, il n'y a pas d'exemple plus prometteur d'audace et de vision de la part de communautés que le centre de sports de montagne du Mont-Édouard et le centre de vacances-famille de Petit-Saguenay. Que d'incrédules au début ! Toutefois, concernant le Fjord, il faut poursuivre bien plus loin, car le lieu est de classe mondiale.
L'utilité de cette brève rétrospective personnelle réside dans le fait qu'elle met en évidence des projets qui nous ont fait avancer, mais qui doivent se prolonger. Il faut continuer à construire la ville et le Fjord, avec audace. N'ayons pas peur. Avançons au large.
André Harvey a été député fédéral de Chicoutimi-Le Fjord