Dans les classes, c'est non!

Enseignante au niveau secondaire, Chantale Potvin se penche sur le dossier du cellulaire à l'école et sur le débat engendré par l'étudiant Vincent Duguay.

TRIBUNE / Vincent Duguay s’oppose à un code de vie de son école qui confisque les cellulaires pendant 24 heures. Par une sérieuse mise en demeure, il exige que les téléphones ne soient saisis que pour la durée d’un cours et que des excuses officielles soient adressées aux élèves de la part de la direction de l’école Charles-Gravel.

Au nom de tous les dieux et de tous les saints, je prie pour que le ministre de l’Éducation du Québec utilise cette cause pour ENFIN imposer une solide réglementation nationale liée à cet appareil qui est absolument inutile, voire nécrosant, dans les classes des écoles du Québec.

Enseignante depuis 25 ans dans une école secondaire, j’ai vu arriver ces bêtes électroniques qui favorisent l’intimidation, la tricherie, le plagiat, la vente de drogue, le taxage, les problèmes de dépendance, les disputes, l’anxiété, les maux de cou, l’obésité et les risques de cancers au cerveau. Combien ai-je vu de jeunes se ruer sur leur cellulaire quand le glas qui annonce la fin du cours sonne ? Ils paniquent littéralement après avoir récupéré leur téléphone. Combien j’ai eu de textos ? Qui m’a écrit ? Pour dire quoi ? Tant de messages insipides ! En moyenne, et selon mes observations, ils reçoivent environ 150 textos par jour.

J’exagère ? Pas du tout ! Il faut travailler dans une école pour vraiment réaliser les méfaits du cellulaire. Avant, les jeunes se parlaient entre eux, lisaient davantage, allaient à la bibliothèque, participaient aux spectacles, s’engageaient pour une cause, pratiquaient un sport. Les choses ont beaucoup changé. Pour le 28 mars prochain, j’avais organisé un spectacle au profit de l’album des finissants. Il est annulé. Pourquoi ? Aucun jeune n’accepte d’aller chanter ou danser. Aucun ! « Pourquoi donc ? » ai-je demandé à une élève tellement talentueuse. « Si je fais une gaffe sur la scène, tout le monde va rire de moi sur les réseaux sociaux. »

Depuis que les cellulaires sont dans les écoles, j’ai vu des élèves tomber dans les escaliers. D’autres ont reçu des textos traumatisants comme la mort pendant leur cours comme : « Si tu ne m’écris pas que tu m’aimes, je me tue ». Certains font péter des coches aux enseignants, ils les filment et diffusent la scène sur Facebook. Et d’autres tiennent à le garder près d’eux pour communiquer avec papa ou maman… pendant le cours ! 

C’est devenu trop. Il faut que notre société change et se donne toutes les chances pour faire cesser les accidents de voiture, les échecs scolaires, les coups irréversibles donnés à la vie sociale, à la langue et à la culture. Nous assistons présentement à un spectacle grotesque quant à l’abus du cellulaire. La plupart des jeunes entrent dans leurs classes avec ces appareils qu’ils camouflent dans leur étui, leur veston ou leurs poches. Même s’ils doivent déposer leur appareil dans une boîte en arrivant, plusieurs parviennent à le garder.

Et voilà qu’un jeune homme demande de ne plus saisir ces appareils et menace même d’intenter des poursuites judiciaires si son école ne cesse pas ses réprimandes trop sévères. Vincent n’a pas compris une chose. Je suis d’accord avec lui et ses parents ! Son appareil vaut cher et les enseignants n’ont pas le droit de le lui enlever. Je le comprends tout à fait. Or, si une loi obligeait les étudiants du Québec à laisser leur appareil chez eux ou dans leur casier, le problème ne se poserait pas. Comme la cigarette est bannie dans beaucoup d’endroits, car elle nuit à la santé, il faut que des règlements similaires s’établissent quant au cellulaire dans les établissements scolaires. Déjà qu’ils sont omniprésents dans les chaumières, les restaurants, les voitures et partout… Dans les classes, c’est non ! Et personne ne pourrait me donner un seul bon argument pour me convaincre que c’est utile dans une classe.

À mon humble avis, les profs des écoles secondaires, des cégeps et des universités sont d’accord, car ils en ont plein les bras ! Quand ces professionnels consacrent des heures à préparer des cours et qu’ils s’aperçoivent que des élèves textent pendant qu’ils s’évertuent à expliquer, c’est agaçant, surtout quand c’est un cours « full hot » et important. C’est cela qui est inconstitutionnel, Vincent. C’est que tant de gens se battent pour contrer un phénomène néfaste qui ne fait que grandir encore et encore et qui ne fera qu’empirer et affaiblir notre système scolaire.