Consultation citoyenne

Le dossier des matières résiduelles a engendré un débat à Saguenay. L’animateur Martin-Thomas Côté, de la station KYK — Radio X, se penche sur la question.

TRIBUNE / On s’est fait prendre au jeu. J’ai toujours critiqué cette obsession de la nouvelle administration de la « consultatite aiguë », comme je me plais à l’appeler, et voilà que par bonne volonté, la station de radio pour laquelle je travaille décide de s’impliquer elle aussi dans ce fameux processus de consultation citoyenne. Nul besoin de vous dire que nos détracteurs ont été non seulement surpris de la démarche, mais certains ont essayé de la discréditer. Pourtant, n’est-ce pas un outil démocratique simple, efficace et à la portée de tous, qu’une pétition dument signée par les citoyens de Saguenay ? 

La question était simple : souhaitez-vous vraiment voir votre poubelle verte ramassée une seule fois par mois ? 

Non, ce n’était pas contre le compostage, mais bien pour assurer un service à ceux qui, chaque année, paient des taxes. Or, je comprends les arguments du conseiller responsable de l’environnement à Saguenay, qui est un apôtre du compostage, Simon Olivier Côté. C’est ce même conseiller qui, cette semaine, nous expliquait qu’il pourrait se contenter d’une collecte des poubelles aux deux mois. Grand bien lui en fasse. Je comprends aussi que si l’on effectue notre compostage avec zèle et diligence, un ramassage des bacs verts au mois peut être suffisant. Cependant, je n’apprendrai à personne que la population n’est pas homogène. Le changement peut parfois faire peur. Je vous garantis que pour certains, la collecte une fois par mois sera l’enfer. Nous avons décidé d’user de notre pouvoir de citoyen et d’appuyer la solution des sacs et du bras mécanisé qui nous permettrait de conserver notre collecte aux deux semaines. Les poubelles au mois, c’est non !

Quelle ne fut pas ma surprise de constater qu’au lieu de défendre la collecte au mois ou encore de vanter les mérites du bac brun, plusieurs se sont offusqués de notre démarche, sans rien proposer en retour. 

« Ce n’est pas une véritable consultation citoyenne ! » « La question n’est pas assez claire ! » « Les gens signent sans avoir l’information ! » Toutes les raisons étaient bonnes pour jeter à la poubelle (sans jeux de mots) notre pétition en ligne. Quelle mauvaise foi ! 

On s’est cassé la tête à essayer de faire participer les gens de Saguenay, à les intéresser à leur milieu, aux décisions qui sont prises, à la vie politique de leur région, et, quand enfin ces derniers osent se manifester, participer, signer, ce n’est plus bon. Ils sont plusieurs à avoir dit que les résidents de Saguenay ne comprenaient rien à cet enjeu. Que de temps perdu alors qu’on aurait pu avoir un débat sur les deux options. J’attends toujours de savoir pourquoi le bac brun et la collecte au mois du bac vert sont plus pratiques pour le citoyen. Surtout lorsque le résultat pour le compost est le même. Nous, notre position est claire : on veut la solution qui bouscule le moins le quotidien du monde.

Ceux qui ont suivi le débat depuis le début ont eu l’occasion de lire d’excellents textes dans ce journal, mais ils ont pu aussi avoir accès au fonctionnaire responsable du développement durable à Saguenay en entrevue dans notre émission. Nous avons démocratisé le débat, en invitant les acteurs à venir informer la population. Le Quotidien, dans ses pages, a lui aussi contribué à étendre le débat.

Nous avons donné une voix à des gens qui n’ont pas habitude de se déplacer pour ce genre de consultation. Je cherche toujours le problème.

J’ai été sur la route jeudi après-midi, à la rencontre de centaines de personnes, pour pouvoir leur présenter les deux options sur la table. Croyez-moi, l’intérêt est réel pour le sujet. Et à ceux qui n’ont toujours pas compris l’engouement pour la pétition, c’est peut-être parce qu’avec le temps, vous avez perdu de vue la base.

La démocratie, la transparence, la gouvernance, oui, c’est important. Mais jamais ça ne touche autant les gens que les services pour lesquels ils paient. Les poubelles, ça touche tout le monde. 

Si on veut plus de démocratie à Saguenay, il faudra cesser de cracher sur les moyens qu’utilise la population pour se faire entendre. Lundi, nous déposerons cette pétition, car pendant toute la semaine, des centaines de personnes se sont intéressées aux choix de leurs élus. Martin-Thomas Côté