C’est d’une vie dont on parle

Je savais bien qu’un de ces matins, j’aurais mon premier pincement au cœur en regardant les nouvelles. Depuis ma retraite en décembre dernier, je continue de m’informer sur notre monde, spécialement à l’échelle régionale. Lorsque j’étais sergent aux communications pour la Sûreté, je regardais les nouvelles, histoire de savoir quels étaient les sujets susceptibles de toucher l’organisation. J’ai donc gardé cette bonne habitude. Que voulez-vous, on ne peut pas sortir 29 ans de métier d’un homme en quelques semaines. Alors voilà que ce matin, on parle d’un homme barricadé qui semble désorganisé.

Jean Tremblay

Déjà, je vois le film dans ma tête : l’intervention du départ, l’appel de mon patron, la fébrilité du début… mais j’y reviendrai.

Les policiers, bien qu’ils fassent partie d’un métier non traditionnel, sont tout de même des travailleurs. Ils ont donc, comme leurs concitoyens, des routines. Il y a de ces matins où le moteur tarde à se réchauffer, si je peux dire. Eux aussi ont des enfants et des horaires à respecter pour les garderies et les activités des plus vieux. 

Pour les gens en communication comme moi, la routine était de vérifier les dossiers de la nuit, m’occuper du « round-up » matinal des journalistes. Toujours intéressant, mais avouons-le, pas toujours très excitant.

Quand je parle de fébrilité du début, je parle surtout de la situation qui nous sort de notre routine et non du désarroi que l’individu peut ressentir.

Revenons donc à l’événement de cette semaine. Que se passe-t-il lorsque ce type d’intervention survient ? 

D’abord, on quitte le bureau avec en tête notre stratégie. Dans mon cas, je préparais mes lignes de communication. Arrivés sur les lieux, nos médias me faisaient leurs demandes en fonction de leurs heures de tombée. Quant à moi, j’étais en constante communication avec le chef de PC (poste de commandement). 

L’autobus est équipé des mêmes ondes et caractéristiques de sécurité de transmission de données requises pour les services de police. Niveau de sécurité oblige. Pour le reste, il y a une salle d’interrogatoire, une salle de rencontre et, bien sûr, quelques téléviseurs.

Arrive la première rencontre avec les enquêteurs et le chef de PC. On espère toujours que ce dernier est promédias, car en cas contraire, c’est un peu plus difficile. Mais généralement, ça va bien.

Maintenant qu’on est sur place, on fait quoi ? Essentiellement, on attend le résultat des rencontres des enquêteurs avec les témoins, les parents, les proches. Nous cherchons à savoir à quel genre d’individu on a affaire. Est-il dangereux pour la population, pour lui-même ? A-t-il des armes ? Risque-t-il de s’en servir ? Il faut établir le profil de l’individu. Par la suite, le chef de PC détermine la bonne stratégie à employer. 

Il faut garder en tête que l’important à dire à nos concitoyens, c’est que la situation est sous contrôle. N’oublions pas non plus que la famille n’est pas loin et que pour elle, c’est une situation très émotive. Souvent, pour ne pas dire tout le temps, les gens en crise ou en détresse ont consommé de l’alcool, des stupéfiants, des médicaments, ou les trois. Le temps joue donc en notre faveur. Le but est de sauver l’individu.

Bien sûr, il a créé sa situation ; bien sûr, les gens disent que ça coûte cher, mais ce n’est pas une raison pour faire du « rentre-dedans » et risquer la vie des gens impliqués. N’oublions pas que c’est d’une vie dont on parle ici et non d’un film d’action. Pour les policiers, une reddition sans intervention musclée, sans tir, est une réussite à 100 %. C’est ça notre travail.

Il y en aura toujours pour dire ou écrire sur les réseaux sociaux des propos très durs, incitant à la violence. Mais réfléchissons de façon intelligente, svp.

D’ailleurs, sachez qu’il y a des fonds spéciaux pour ce genre d’événement au même titre que pour les inondations et autres incidents hors du commun.

De plus, l’individu en crise sera pris en charge par nos services de santé et autres. Sous peu, avec de bons soins et un brin de bonne volonté, il pourra redevenir un actif pour la société. 

Et il pourra surtout continuer sa vie avec ses parents et ses enfants.