Marie-Élaine Riou, directrice générale du festiva Regard

Capitale culturelle

TRIBUNE - L'INDUSTRIE CINÉMATOGRAPHIQUE RÉGIONALE / L'industrie cinématographique est de plus en plus vigoureuse au Saguenay-Lac-Saint-Jean, où évolue une brochette de cinéastes talentueux qui réussissent à faire leur marque au-delà des frontières régionales et même à l'échelle internationale. Le réalisateur Philippe Belley et la directrice générale du festival Regard, Marie-Élaine Riou, s'expriment sur ce créneau artistique qui fait rayonner, plus que jamais, toute la région.
Marie-Élaine Riou, directrice générale du festival Regard
En région ou ailleurs, parler de la place du cinéma et de la culture n'est pas aisé. Il faut souvent commencer par déboulonner quelques mythes et souligner les particularités de cet écosystème.
Peu de gens le savent, mais selon la maison d'enquête Hill Strategies et son rapport annuel Recherche sur les arts, au Canada en 2014 les retombées directes de la culture (61,7 milliards$) étaient 10 fois plus élevées que celles du sport (6,1 milliards$). Au Québec, avec 14,5 milliards en 2014 (4,3% du PIB) l'apport des industries culturelles était supérieur à la valeur ajoutée de l'agriculture, la foresterie, la pêche et la chasse (5,4 milliards$) ou de l'hébergement et des services de restauration (7,5 milliards$).
Au Saguenay, tel que mentionné dans un mémoire du Sommet économique de 2015, chaque dollar investi en court métrage entraîne des retombées de 2,04$. Depuis 2009, des investissements totalisant 8,8 millions ont donc permis de générer des retombées à hauteur de 25 millions.
On le répète souvent, un chapitre important du bottin de l'UDA provient de chez nous. Le septième art est loin d'être en reste puisqu'on assiste depuis quelques années à une avalanche de distinctions pour nos cinéastes.
Que l'on pense aux réalisations de Sébastien Pilote, couronnées de plusieurs prix internationaux de la critique. À la nomination récente de Jean-Marc E. Roy aux Prix Écrans Canadiens et à sa sélection l'an dernier avec Philippe David Gagné à la prestigieuse Quinzaine des réalisateurs de Cannes. À Nicolas Lévesque, deux fois choisi par le Festival international du film de Toronto dans son Top-10 et plus récemment récipiendaire du Fonds TV5, un soutien aussi attribué au réalisateur Philippe Belley. Les projets issus de la région représentant ainsi deux des cinq retenus par le diffuseur dans la francophonie canadienne.
Conditions gagnantes
Pour que ce miracle advienne, il fallait réunir des conditions gagnantes. Premièrement, arriver à retenir nos créateurs. Face à certains lieux communs affirmant que la production est impossible hors métropole ou à des proches qui répètent qu'il faut s'expatrier pour réussir. Deuxième élément crucial, la rétention des créateurs n'est possible que si nous leur offrons des initiatives structurantes. Si aujourd'hui on peut récolter les trophées et envoyer nos créateurs au bout du monde, c'est aussi grâce au travail acharné de plusieurs organisations.
Si on parle de la place de notre festival dans cet écosystème, on peut souligner qu'il a offert une première diffusion à plusieurs cinéastes. Comme le confiait en entrevue le comédien Louis-David Morasse, Regard a donné à plusieurs l'envie de «faire des films pour revenir l'année suivante», nommant au passage Ricardo Trogi, Robin Aubert, David La Haye, Francis Leclerc ou Jean-François Rivard. En 2016, notre équipe s'est aussi déplacée dans plusieurs événements majeurs, dans des villes telles Vancouver, Cracovie, Colima, Clermont-Ferrand et Vienne.
D'autres organisations dynamisent aussi le milieu. La Bande Sonimage par exemple, un organisme d'aide à la production qui a soutenu 22 courts métrages. On pense aussi au Bureau du cinéma de Saguenay, qui accueille les productions extérieures et facilite la réalisation de projets locaux.
Notre écosystème culturel propose plusieurs événements phares. Quelle ville accueille l'un des plus importants événements de court métrage en Amérique du Nord, la principale manifestation de photojournalisme au pays et un événement incontournable du circuit international des arts de la marionnette? Saguenay.
Après les créneaux d'excellence reconnus de la région, à savoir l'agroboréal, le tourisme d'aventure et écotourisme et la transformation de l'aluminium, on pourrait aussi considérer le cinéma et l'événementiel. Voilà. Pour vous parler de la place du cinéma dans le Royaume, il fallait réitérer l'importance et la rentabilité de l'industrie culturelle. Que nous sommes privilégiés d'évoluer dans une région où l'offre culturelle est foisonnante, de communiquer notre manière de vivre et de voir le monde à travers le travail de grands artistes. Et finalement, que c'est ensemble que nous établirons - de façon permanente - Saguenay comme une capitale culturelle.