Marc-Urbain Proulx, professeur d'économie à l'Université du Québec à Chicoutimi

Aires optimales

TRIBUNE / Une MRC, un Lac: Marc-Urbain Proulx est professeur titulaire en sciences économiques à l'UQAC, spécialisé en matière de développement territorial. Claude Bergeron est quant à lui directeur et animateur à la station Planète 104.5 Alma. Les deux chroniqueurs se prononcent sur la volonté de certains maires jeannois de fusionner les MRC du Lac-Saint-Jean.
(Marc-Urbain Proulx) - Au Lac-Saint-Jean, le débat des maires à propos de l'organisation inter-MRC s'avère tout à fait pertinent pour les citoyens qui reçoivent et paient collectivement des services publics. Ce débat révèle l'actuelle recherche collective des aires optimales pouvant servir la prise en main de responsabilités municipales. Ce volontarisme local qui s'exprime dans la transparence, la mesure des impacts et le respect de l'autonomie municipale n'est pas isolé au Québec. Trois décennies après le coup d'envoi des municipalités régionales de comtés (MRC), deux tendances générales s'affirment, en particulier dans la région.
Nous constatons d'abord les succès de cet échelon territorial MRC en construction progressive. On y gère des responsabilités publiques municipales et non municipales reliées à l'aménagement, l'emploi, l'agriculture, les matières résiduelles, le soutien aux entreprises, l'éducation primaire et secondaire, la sécurité publique, etc. Des organisations collectives épousent aussi ces territoires dans le tourisme, l'environnement, le commerce, les loisirs, la jeunesse, etc. Sur chaque territoire, cette gouvernance publique est encadrée par un schéma global, des stratégies et des plans d'action. En considérant la complexité des conditions territoriales, la diversité des enjeux souvent techniques et la multiplication des normes gouvernementales à respecter, les petites équipes d'élus et d'experts, ayant généralement peu de moyens, ont tout de même généré de véritables réussites communautaires.
En réalité, une bonne moitié des 101 territoires MRC du Québec ont atteint un degré élevé dans la prise en main de responsabilités publiques. Les facteurs de succès résident généralement dans l'homogénéité des territoires, soit largement ruraux pour les uns ou largement urbains pour les autres. Moins utilisée en gestion publique, l'autre moitié illustre très souvent une forte mixité urbaine - rurale composée de municipalités ayant des tailles et ainsi des poids politiques très inégaux. La concertation y est plus difficile.
La 2e tendance bien perceptible dans l'organisation supramunicipale concerne la géométrie variable des aires réelles de gestion. Si les territoires MRC illustrent eux-mêmes des formes différenciées, de nombreux autres découpages servent aussi d'assises concrètes à la gestion efficace de services publics. Ces aires correspondent généralement à une portion de MRC, soit une zone intérieure composée de 3-4-5 voire 10 ou 15 municipalités partenaires. Quelques fois aussi, ces zones spécifiques chevauchent partiellement deux ou trois territoires MRC.
En outre, des territoires composés de quelques MRC, affirment leur pertinence pour exercer l'aménagement, le transport collectif, la sécurité publique et autres fonctions publiques. Nous reconnaissons les régions administratives utilisées pour la gestion de programmes gouvernementaux de Québec et Ottawa. Qui plus est, une autre grande forme territoriale s'avère en émergence. Elle épouse les zones naturelles dessinées par la population et les activités qui occupent le sol. Il s'agit des couronnes périurbaines, plus ou moins vastes en densité. Elles envahissent totalement ou partiellement les MRC voisines des villes en imposant une demande de services publics. Pour interpeler collectivement les enjeux métropolitains qui se posent à cet effet, les grandes régions urbaines de Montréal et de Québec furent chacune dotées d'un plan d'aménagement et de développement. Cependant, les agglomérations moyennes comme Rimouski, Trois-Rivières, Gatineau, sont demeurées sans beaucoup de cadres formels pour relever les défis de l'étalement urbain. C'est précisément le cas de la MRC Fjord-du-Saguenay qui doit composer avec les effets du débordement de Saguenay au sein d'une sorte de fer à cheval tout autour. Des partenariats deviennent possibles, certains étant déjà réels.
Au Lac-Saint-Jean, le territoire en forme de couronne s'avère tout à fait unique. Il ceinture le plan d'eau en illustrant sa pertinence pour la gestion de la piste cyclable, des matières résiduelles, de l'énergie renouvelable. Bientôt, les acteurs locaux prendront peut-être en main les berges du lac, les paysages, la sécurité et autres responsabilités publiques. Ce succès collectif fait actuellement école au Québec. Ici aussi, les possibles s'offrent à l'exploration, dans un esprit partenarial, au bénéfice des populations desservies.