À l'ère techno, un air éthique...

Un professeur de philosophie a récemment été congédié du Cégep du Vieux Montréal pour avoir tenu des propos homophobes. Le professeur titulaire en Éthique professionnelle et organisationnelle de l’UQAC, Marc Jean, s'exprime sur le sujet.

TRIBUNE / La question est posée : jusqu’où un cégep peut-il aller dans le fait de suspendre un professeur pour avoir tenu des propos homophobes sur un réseau social ? Ceci fait partie du questionnement actuel et doit nous faire réfléchir à plus d’un titre. 

Eu égard au fait que les personnes questionnées jusqu’à maintenant semblent davantage s’être référées au droit et à la jurisprudence, j’aurais davantage tendance à inscrire mon propos dans la perspective de l’éthique à plus spécifiquement parler. Où commence et s’arrête la responsabilité des professeurs de tenir des propos de tout ordre sur la place publique même s’ils ne se trouvent pas sur leur lieu de travail ? 

Il est vrai que le devoir de réserve dans un contexte de traitement juridique (ordres professionnels, etc.) se doit d’être respecté sous peine de sanction. Même si un professeur n’est pas absolument tenu aux mêmes obligations professionnelles, même s’il tient des propos homophobes en dehors de son lieu de travail, en quoi sur le plan moral cet état de fait lui donne-t-il la seule possibilité d’inscrire des propos qui vont à l’encontre de la communauté homosexuelle, pour ne donner que cet exemple ? 

Qui plus est, lorsqu’il s’agit des professeurs évoluant dans le domaine de l’éthique et de la philosophie ? Pourquoi ne pas alors se référer à trois critères tout simples : impartialité, réciprocité, exemplarité. Impartialité : jusqu’à quel point une personne très sage aurait-elle tendance à convenir d’une telle posture, ne serait-ce qu’au nom de la dignité de tout être humain ? Réciprocité : jusqu’à quel point ne serais-je pas mal à l’aise alors qu’une même attitude serait empruntée par quelqu’un d’autre alors que je suis personnellement concerné par le préjugé véhiculé ? 

Exemplarité : à quel type de construction de projet de société sommes-nous en droit de nous attendre alors que les principaux leaders dans la matière du développement de l’être humain s’autorisent à clamer des opinions qui, en provenance de quelque lieu que ce soit, peuvent s’avérer blessantes ? et dénigrantes ? 

Et vous, qu’en dites-vous ?

Je propose de joindre ma voix à celle des personnes désireuses de s’engager dans une voie de solidarité à l’endroit des minorités sous quelque forme que ce soit. 

Cela a comme conséquence directe qu’il importe peu ou pas que nous nous trouvions officiellement sur une voie professionnelle ou organisationnelle. L’essentiel ne réside-t-il pas dans l’impératif de nous engager toutes et tous à repousser les limites de « l’accueil de l’autre, oui, mais… » et d’opter pour « l’accueil de l’autre, quel qu’il soit ? 

S’estimer, soi, renvoie, me semble-t-il, à une telle capacité d’accueil de l’autre que j’accepte qu’il contribue à changer ma vie parce qu’il aura accepté d’être lui-même, soi, coûte que coûte. Marc Jean