Tribune

La mémoire assassinée

TRIBUNE / Notre chroniqueuse Isabel Brochu a récemment abordé la question des toponymes qui rendent hommage à certains individus ayant marqué l’Histoire. Elle référait notamment à Andrew William Mellon. Faut-il revoir le passé et le corriger en fonction de nos valeurs actuelles ? L'historienne Russel-Aurore Bouchard se prononce.

En début de semaine, dans une chronique-choc, Isabel Brochu s’est attaquée à la mémoire d’Arvida en soulevant l’idée qu’il faudrait rayer du répertoire toponymique saguenéen le nom du Boulevard Mellon, nommé ainsi en l’honneur d’Andrew William Mellon. Pour justifier sa position, elle réfère à un vieux texte de Burton Ledoux (un activiste communiste et antitrust) qui, au tournant des années 1950, en avait eu gros sur le cœur contre les méchants capitalistes américains. Raisons évoquées, Mellon était banquier et pas des plus généreux ! Il a eu une influence néfaste dans la Crise de 1929 et était proche des nazis (même s’il est mort en 1937 !). Et il a sur la conscience la soixantaine de cadavres soi-disant ensevelis dans le béton du barrage de Shipshaw. Un triste héritage de cette dure époque il est vrai ! Pour les nuances et les considérants, on repassera.

En ce qui me concerne, le bonhomme ne m’inspire aucune sympathie. Quand on le regarde avec les yeux d’aujourd’hui, on est effectivement en droit de s’interroger sur la place enviable qu’il tient dans notre mémoire collective. À ce compte-là, il faudra donc débaptiser la rue Voltaire, à Chicoutimi, parce que ce héros des Lumières a déjà eu des parts dans le trafic des esclaves aux Antilles et qu’il s’est royalement payé la tronche des Québécois quand tout allait si mal pour eux. Dans ce contexte, il faut également débaptiser le pont Dubuc puisqu’il a déjà engagé des enfants de 12 ans dans ses chantiers. Et vu que nous y sommes, profitons-en donc pour changer au passage le nom de la rue Peter-McLeod puisque je lui reproche, dans mes écrits, d’avoir maintenu le Saguenay sous un joug de terreur. 

Donnez-moi n’importe qui, et je vous trouve dix raisons pour justifier son renvoi. La question n’est pas nouvelle. Il suffit de rappeler simplement la polémique soulevée l’année dernière, tant à Montréal qu’aux États-Unis, dans l’épisode des plaques historiques, des statues de généraux confédérés et de tous ces autres qui sont devenus subitement des déchets de l’humanité. Même la statue de Christophe Colomb n’y a pas échappé ! L’horreur, je vous dis ! Le Génois a découvert l’Amérique ! Un crime contre l’humanité !

Que faut-il penser de tout ça ? Pas grand-chose de bien, en fait ! Dans le langage de l’histoire, on appelle ça du révisionnisme, voire du négationnisme. Le fond du problème est idéologique et les ressorts qui l’agissent sont politiques. Sans qu’il n’y paraisse, rue après rue, maison ancienne après maison ancienne, monument après monument, on est en train d’exterminer la mémoire. C’est justement ce que George Orwell a tenté d’illustrer dans son fameux « 1984 » ; c’est ce que Mao a essayé de faire en 1949 avec sa révolution culturelle ; et c’est ce que nous sommes en train de faire avec ce navrant mouvement de l’oubli qui prend de l’ampleur dans le contexte du projet onusien du gouvernement mondial.

Les monuments, les plaques historiques et les noms de rues sont habituellement érigés en temps de paix et d’abondance pour honorer la mémoire de ceux et celles qui ont joué un rôle certain dans l’édification de notre société. En cela, ils marquent un temps d’arrêt et témoignent des époques auxquelles ils sont associés. Ils nous permettent de mesurer le chemin parcouru et servent de point de repère pour assurer la suite des choses. Vouloir effacer de notre mémoire tous ces noms qui nous dérangent aujourd’hui, pour une raison et pour une autre, n’augure rien de bon. Anneau après anneau, on est en train de briser la chaîne qui nous relie, par la mémoire, à notre passé. Morceau par morceau, c’est donc tout ce qui nous a construits, tout ce qui a fait de nous une société solidaire, déterminée et libre, qu’on est en train d’effacer. L’erreur que nous commettons est mortelle. Peu à peu, nous nous désolidarisons et nous nous effaçons dans l’insignifiance et dans l’oubli. 

Est-il trop tard pour corriger cette trajectoire funeste ? À vous de me le dire…

Tribune

Déboulonner l'histoire

TRIBUNE / Notre chroniqueuse Isabel Brochu a récemment abordé la question des toponymes qui rendent hommage à certains individus ayant marqué l’Histoire. Elle référait notamment à Andrew William Mellon. Faut-il revoir le passé et le corriger en fonction de nos valeurs actuelles ? L'historien Éric Tremblay se prononce.

Bien que le phénomène ne soit pas nouveau, nous assistons depuis quelques années à une forme de réécriture de l’histoire. Un peu partout en Occident, les autorités publiques déboulonnent, renomment et reconstruisent l’espace dédié à notre mémoire. Ce geste est justifié par quoi ? Par qui ? Pourquoi ? Le citoyen comme l’historien se demande alors quelle est la position à adopter face à un geste autant radical que spontané.

Cette nouvelle dynamique relève historiquement à la fois du révisionnisme et du négationnisme. Il s’agit alors de réviser notre rapport avec le passé tout en niant ce qui ne correspond pas à certaines normes sociales dorénavant inacceptables. Positionnant ainsi les problématiques du passé sur l’échiquier d’un questionnement contemporain. Ce qui est tout le contraire du travail de l’historien et de la distance qu’il doit conserver face au sujet de son étude.

Chaque situation de déboulonnage demeure particulière, d’abord par sa contextualisation, puis par les nombreuses causes qui peuvent être à l’origine d’un tel ressentiment populaire : un lieu, un personnage, une date, etc. Dans plusieurs cas, les autorités en place ont répondu rapidement à la grogne des groupes de pression ou des individus qui réclament la disparition de cette « tare historique ». Encore une fois, cette rapidité d’action est à l’opposé de l’attitude réflective et du questionnement collectif que demande une telle rupture avec l’histoire.

Alors pourquoi sommes-nous dans une époque de réécriture de l’histoire, de déboulonnement du passé ? Personnellement, je pense que nous assistons au croisement, voire à l’enchevêtrement de plusieurs variables sociohistoriques : déclin du modèle occidental, effritement de l’État providence, questionnement sur l’appartenance, laïcisation de surface, valorisation des droits individuels, etc. Ces points de friction sont à la source d’un repositionnement identitaire individuel puis collectif. Sans vouloir me répéter, il est encore une fois très difficile pour l’historien d’étudier, sans un minimum de recul, le temps présent. 

Cette tentative de réajustement de la symbolique historique déstabilise l’historien en tant qu’individu : un acteur social vivant au sein d’une collectivité. Les valeurs dépassent parfois la rigueur professionnelle. On ne peut rester insensible à la déconstruction de ce passé autrefois glorieux, mais complètement inacceptable aujourd’hui. En tant que citoyen, je suis assez en accord avec certaines perspectives de déboulonnage (par exemple le crucifix à l’Assemblée nationale). Cependant, d’un autre côté, l’historien que je suis doit obligatoirement apporter des nuances à l’intérieur du questionnement (comme dans le cas de la toponymie). Donc, le plus souvent, je suis en désaccord avec la manière de faire, particulièrement en ce qui concerne le processus.

Un des principaux problèmes dans cette réécriture de l’histoire est le manque de discussions et d’analyses. Outre le risque de déboulonner l’histoire elle-même, elle est souvent l’illustration d’une méconnaissance du passé (contextualisation) et de la mise en place d’une mémoire sélective (patrimonialisation). L’histoire de nos vies et celle des nations ont un point en commun : elles comptent des moments heureux, mais aussi des malheureux. En effacer le souvenir fera-t-il disparaître la douleur de ces derniers ?

Alors, faut-il se lancer dans le tri des « bons » et des « méchants » de l’histoire ? L’exercice peut être utile si elle dépasse la repentance, le jugement de valeur et le politiquement correct. Reste qu’il est parfois difficile de porter un regard sur les personnages historiques sans anachronisme de notre part. Évoluant dans une autre époque que la nôtre, une grande majorité de ceux-ci ne conviendraient plus aux normes de notre société actuelle. Doit-on les bannir ou plutôt comprendre l’époque dans laquelle ils vivaient ? En ce sens, il serait préférable d’essayer de mieux connaître le contexte sociohistorique de leurs actions avant de déboulonner.

Tribune

Une bouffée d’air frais

TRIBUNE / Le débat entourant un éventuel amphithéâtre au centre-ville de Chicoutimi suscite de vives réactions à Saguenay. François Roy, ex-directeur des communications de la Ville de Trois-Rivières, et Charles Cantin, avocat, s’expriment quant à l’impact d’une telle infrastructure dans un secteur comme celui qui est projeté.

Après ce qui est apparu un siècle de régime totalitaire sous la gouverne de Jean le Terrible, Saguenay est à l’heure des débats. La nouvelle administration municipale est devenue en très peu de temps le forum, que dis-je?, le symposium des idées, des propositions et des projets.

L’héritage d’un régime autocratique appelle maintenant à la confrontation constructive, ce dont nous avons été privés trop longtemps. Le dossier du Centre Georges-Vézina (CGV) fait maintenant l’objet d’un choc des idées. Voilà au moins quelque chose de nouveau. Esprit de clocher ou rencontre des grands esprits ? Le dossier du Centre Georges-Vézina générera au moins une chose : mettre de l’avant la gouvernance, si chère à notre mairesse.

Et à entendre le bruit infernal de cette première véritable polémique, la machine a besoin d’huile. Mais c’était ce que voulait notre première dame dans le programme de l’ERD. Redonner les pouvoirs légitimes au conseil municipal en décrétant que les débats étaient utiles et nécessaires à la prise de décision. Quels beaux préceptes au nom de la démocratie ! Il ne faut surtout pas conclure trop rapidement à l’Esprit de clocher, sinon le débat deviendra terriblement contaminé. Jonquière vs Chicoutimi. Centre Georges-Vézina vs Palais des sports.

Amphithéâtre vs soccerdôme

Le problème actuellement existe dans cette apparition soudaine du fantôme de Georges Vézina qui se voit renaître dans le centre-ville. Un aréna dans le centre-ville avec 600 espaces de stationnements flambants neufs annexés à ce bâtiment.

C’est plutôt aguichant comme proposition. Ajoutez à cela une déclaration du premier ministre Philippe Couillard et je cite : « Nous voulons doter la Ville de Saguenay d’installations sportives du 21e siècle » et cette même proposition devient instantanément affriolante. 

Il est un peu là, le branle-bas. Au quasi-lendemain d’une campagne électorale totalement muette sur un nouvel amphithéâtre, voilà qu’il devient l’objet d’un débat presque référendaire.

Monsieur le premier ministre a-t-il oublié, l’espace qu’un instant, le côté anorexique de son régime d’austérité ? Sommes-nous plutôt en précampagne électorale ?

Nous devons admettre que quelques dizaines de millions de dollars largués en plein milieu de la rue Racine, le cas échéant, ont de quoi alimenter l’idée d’être à l’avant-garde et au goût du jour en ce 21e siècle. Il n’en fallait pas plus pour faire rêver une importante partie de la population et c’est tout à fait normal. Et l’on ne peut pas systématiquement être contre ce projet. Je pense même que nous devons voir grand et être ambitieux. Mais il doit être permis d’être méfiant. Nous en sommes au paiement de certains pots cassés. Des dossiers comme la Place du Citoyen, celui du Parc Milles Lieux de la colline, des procès et des contrats dont nous en subissons encore les stigmates sont l’héritier d’un régime où les débats ont été mis à l’index. Et la liste pourrait couvrir les murs de toute une bibliothèque.

Voyons le dossier CGV comme une bouffée d’air frais à l’intérieur d’un conseil municipal qui apprend à marcher sur le nouveau parquet de la gouvernance. L’idée d’un nouveau CGV est arrivée trop rapidement. On semble oublier que nos taxes viennent d’augmenter de 4,1 %, seule promesse électorale brisée, selon notre mairesse. 

À cet effet, Saguenay représente la ville ayant subi la hausse de taxe la plus importante au Québec parmi les villes de plus de 100 000 habitants. Sur ce constat, vaut mieux un dialogue plus lent conduisant à la meilleure décision qu’un consensus rapide dénué de toute réflexion à l’issue duquel la fierté pourrait faire place au regret. 

Après tout, comme le disait Churchill, « Quand deux personnes dans la même pièce ont la même opinion, c’est qu’il y en a une de trop ». 

Charles Cantin, avocat

Tribune

Quand la culture sauve un centre-ville

TRIBUNE / Le débat entourant un éventuel amphithéâtre au centre-ville de Chicoutimi suscite de vives réactions à Saguenay. François Roy, ex-directeur des communications de la Ville de Trois-Rivières, et Charles Cantin, avocat, s’expriment quant à l’impact d’une telle infrastructure dans un secteur comme celui qui est projeté.

« À Trois-Rivières, c’est la culture qui a sauvé le centre-ville ». Dites-moi, qui a prononcé cette phrase hautement politique ? Choix de réponses.

A) Gilles Beaudoin, le maire qui a pris le virage culturel dans les années 80.

B) Guy Le Blanc, le maire qui a consolidé la démarche dans les années 90 et qui a aussi présidé la coalition provinciale « Les arts et la ville ».

C) Yves Lévesque, le maire de la fusion, qui a recueilli et enrichi l’héritage de ses deux prédécesseurs.

D) Gaston Bellemare, président fondateur du Festival international de la poésie de Trois-Rivières, témoin et acteur de la renaissance culturelle du centre-ville trifluvien.

La réponse est D) : Gaston Bellemare… Et il avait bien raison : la capitale de la Mauricie s’est fortement positionnée au plan culturel grâce à des efforts constants qui remontent pour l’essentiel aux années 1980. À l’époque, le Conseil municipal s’était donné un plan d’ensemble pour relancer son centre-ville historique, riche de potentiel, largement ouvert sur le fleuve, mais victime des désolantes conséquences de l’étalement urbain. L’opération était à l’origine politique, mais supposait la mobilisation du milieu : gens d’affaires, artistes, gouvernements supérieurs. Les cibles étaient diverses : rénover, restaurer, animer, attirer, habiter, héberger, donner à voir, à lire, à boire, à manger et même… à stationner !

La pièce maîtresse de cette grande opération était l’acquisition du théâtre Capitol et sa conversion en salle de spectacles d’envergure régionale. Magnifique bâtiment de 1927, il fut acquis par la Ville en 1979 pour devenir la salle J.Antonio-Thompson et offrir ses mille sièges aux amateurs de spectacles. En 1987, après un an de travaux, on améliora l’entourage de la salle : billetterie, vestiaires, déambulatoire, foyer, bar…

La Ville elle-même devint cliente de sa propre salle. Ainsi la grande soirée de fin de saison des ateliers de loisirs s’y déroulait chaque printemps, avec des présidents d’honneur tels que Ulric Blackburn, maire de Chicoutimi, invité au lendemain du grand déluge de 1996 et chaudement applaudi. 

En aval du centre-ville, à l’embouchure du Saint-Maurice, se déroulait un drame d’une autre nature. Un vaste terrain industriel devenait vacant, après la fermeture de ce qui avait déjà été la plus grande usine de papier au monde. Pour le Conseil municipal, c’était l’occasion de planifier une sorte d’expansion du centre-ville dans une toute nouvelle direction, avec toujours la même volonté de créer un espace urbain où la culture aurait sa place.

Le tout nouveau Conseil issu de la fusion avait les moyens de ses ambitions. Il a entrepris une série d’opérations échelonnées sur une dizaine d’années, pour en arriver à deux inaugurations éclatantes sur le site en question. D’abord, dans un bâtiment industriel sauvé de la démolition, on a aménagé un lieu d’interprétation de l’industrie forestière, baptisé Boréalis. Enfin, au bord du fleuve avec vue imprenable sur la rive-sud, on a dressé l’imposante structure de l’Amphithéâtre COGÉCO, devenu le domicile estival du Cirque du Soleil et le lieu de passage de grands artistes internationaux.

Et dans quel climat se sont faites toutes ces grandes réalisations ? Plutôt bon, il faut dire. Dans les années 80, tout le monde s’entendait pour reconnaître qu’il fallait « sauver le centre-ville », à commencer par les médias, qui chez nous ne recherchent pas la controverse à tout prix. Les grands projets des années 2000 furent plus controversés. Il est évident que les sommes engagées étaient beaucoup plus considérables et le questionnement plus légitime.

Mais bon, les réalisations récentes se sont ajoutées à celles des années antérieures pour faire encore et toujours de Trois-Rivières une « ville d’histoire et de culture » dont le rayonnement est remarquable. Parlez-en avec Gaston Bellemare et les poètes du monde qui ont fait de Trois-Rivières leur « capitale »…

François Roy, ex-directeur des communications de la Ville de Trois-Rivières

Tribune

Quel message véhicule-t-on?

Au Québec, un élève ayant obtenu 58 % ou 59 % à une épreuve ministérielle obtient automatiquement la note de passage de 60 %. Cette politique est-elle justifiée ou s’agit-il d’un nivellement par le bas ? Étudiante de 2e année en journalisme, au programme Art et technologie des médias, Marie-Pier Lebrun s’exprime sur le sujet.

TRIBUNE / Qui a eu cette idée folle d’un jour augmenter les notes ? C’est ce sacré ministère. Vous n’avez pas été informé ? 

Cinquante-huit, le nouveau 60. Maintenant, plus besoin d’obtenir un bon 60 % bien senti ; on peut se contenter d’un 58 ou d’un 59 pour avoir un RE (signe de réussite) sur notre relevé ministériel.

Ce qui est génial, c’est que le ministère de l’Éducation s’est changé en un monde enchanté, où l’on s’est muni de petites baguettes magiques multicolores pour pouvoir jouer dans les zones grises. 

D’un seul coup, sans demander l’avis de personne et surtout pas des enseignants, on ajoute un ou deux points de plus aux résultats qui figurent sur le relevé de notes de certains élèves. Vous n’avez pas obtenu la note de passage ? Pas de souci ! La fée ministérielle s’en charge, n’est-ce pas tout simplement Supercalifragilisticexpialidocious ? Oui, semblable à tous ces films de Disney vus lorsque nous étions enfants, un vrai conte de fées qui devient réalité ! 

Quel message tente-t-on de véhiculer par le biais de cette initiative ? Peut-être est-ce ma vision des choses qui est trop rigide, mais il me semble que cette action tend à nuire davantage aux élèves qu’à les aider. 

Tu as loupé le test ? Ce n’est pas bien grave, nous changerons ce vilain 58 en un fantastique 60 %. Cependant tôt ou tard le chat sortira du sac et le retard pris par l’élève se fera ressentir. 

Si d’année en année on réalise le même tour de magie, n’y a-t-il pas un risque que celui-ci s’essouffle ? 

N’y a-t-il pas un risque que l’élève se retrouve avec un retard trop important et qu’il finisse par se décourager ? Parce qu’il y a toujours une limite à ce petit tour de passe-passe. La fameuse magie des briques jaunes menant jusqu’au succès s’effritera un jour. 

Le point étant que le seuil de réussite est fixé à 60 %, pourquoi ne pas s’en tenir à ce chiffre ? Si un élève obtient une note de 60 %, c’est qu’il aura acquis 60 % de la matière. 

On juge donc acceptable de le faire poursuivre vers le niveau supérieur. Si l’enseignant juge que l’élève n’a pas su développer les compétences nécessaires, pourquoi tout de même le faire passer ? 

Peut-être espérons-nous naïvement à notre tour la visite du génie de la lampe ? 

Que souhaiterions-nous ? Voir se réaliser l’histoire du pauvre petit élève qui au cours de l’été se transforme en un brillant élève ?

Mais quand arrêterons-nous enfin de vivre dans l’illusion ? Quand sortirons-nous de ce monde magique aux décors de carton ? 

On dit que le système scolaire fait office d’une minisociété dans laquelle nous formons les citoyens de demain. Pourquoi ne pas montrer à ces « citoyens de demain » ce qui les attend véritablement ? 

Sautons les films pour enfants, voulez-vous, et allons-y avec les bons vieux classiques. À la Indiana Jones où l’avenir du protagoniste n’est jamais assuré et qu’il doit se débattre pour survivre. 

On l’admire cet Indiana Jones pour sa vivacité d’esprit et son courage, pourtant rien ne lui est donné tout cuit dans le bec. Si celui-ci poursuit ses aventures, c’est bien parce qu’il a su passer à travers des rudes épreuves mises sur son chemin.

Le monde réel, c’est ça : des efforts et de la persévérance, aucun tour de magie. 

Ne serait-il pas plus valorisant pour nos élèves de s’identifier comme un aventurier plutôt que comme la pauvre princesse qui crie à son sauveteur attendant de voir sa note bonifiée de deux pauvres pour cent ? 

Tribune

«G» passé avec 58%

Au Québec, un élève ayant obtenu 58 % ou 59 % à une épreuve ministérielle obtient automatiquement la note de passage de 60 %. Cette politique est-elle justifiée ou s’agit-il d’un nivellement par le bas ? Étudiante de 2e année en journalisme, au programme Art et technologie des médias, Josée-Ann Jomphe s’exprime sur le sujet.

TRIBUNE / Quand les réseaux sociaux ont fait leur apparition, on s’est aperçu que les gens écrivaient vraiment tout croche. Mais on leur a pardonné. On s’est convaincu que c’était des raccourcis, qu’ils étaient tellement emballés de pouvoir contacter leurs proches de façon presque instantanée qu’ils devaient par conséquent écrire plus vite que la lumière. En omettant, bien entendu, de prendre le temps de respecter les règles grammaticales de base.

Quand on s’est rendu compte que finalement les raccourcis demeuraient bien ancrés dans leurs écrits, on a continué de leur pardonner. On s’est dit que c’était simplement par habitude. Non pas par paresse et par manque d’éducation.

Et finalement, quand on a eu connaissance que des élèves qui échouaient à un examen se faisaient tout de même offrir la note de passage, une petite remise en question de tout l’enseignement qu’on a reçu durant notre enfance nous a semblé évidente.

Si je n’avais pas bûché pour avoir des bonnes notes et que je m’étais contentée du strict minimum, est-ce que je serais passée au travers de mon primaire et de mon secondaire ? La réponse est oui. 

Si mes parents ne m’avaient pas forcée à apprendre les règles du français, à compter autrement que sur mes doigts, à mémoriser la capitale de chaque pays et à être capable de nommer tous les éléments du tableau périodique, est-ce que je serais quand même passée au travers de mon primaire et de mon secondaire ? La réponse est encore oui.

Si j’avais pu écrire « fiord », « ognon », « paraitre » et « cout » en trouvant ça normal, est-ce que je serais passée au travers de mes années scolaires ? La réponse demeure la même.

Certaines personnes ont une facilité d’apprentissage, d’autres non. Certaines personnes font preuve d’une aisance insurmontable durant les exposés oraux, d’autres voudraient tout simplement s’évanouir. Certaines personnes préfèrent le bleu, d’autres le rouge. Nous sommes tout un chacun différents, avec nos forces et nos faiblesses. 

« C’est en forgeant qu’on devient forgeron. »

Parallèlement, ce n’est pas en abandonnant qu’on devient bon. 

En nivelant les notes vers le haut, on nivelle automatiquement nos attentes vers le bas. 

Nos exigences face aux enfants ont diminué. En agissant ainsi, on leur montre la paresse, la facilité et on leur apprend à se contenter de peu. Où est passé le dépassement de soi ? Le succès ? La saine compétition et la fierté ? En étant enfant, être à l’école et réussir à avoir de bonnes notes, c’est une fierté. Ce n’est pas le but ultime de l’enfance, réussir ses classes ?

En agissant ainsi, on leur apprend qu’être « pas mauvais » est suffisant. Qu’être dernier de classe, ça passe. Que 2 %, ce n’est rien. Que même si tu n’atteins pas la note de passage, tu peux réussir.

Les notes bonifiées, c’est un jeune de 17 ans qui achète de l’alcool. 17 ans, c’est presque 18 ans, non ?

Les notes bonifiées, c’est de permettre à tout le monde de rentrer travailler à 8 h 05. Cinq minutes, ce n’est presque rien, non ?

Les notes bonifiées, c’est un policier qui pardonne une infraction. Un médecin qui ne te soigne pas complètement, un système d’éducation qui est mou. 

Faire passer un élève de 2 ou 3 %, ce n’est pas lui rendre service. Au contraire, c’est lui donner une petite échelle quand le serpent n’est pas très loin. C’est le faire tomber de deux fois plus haut. 

Parce que si l’élève que vous prétendez aider a de la difficulté à atteindre le seuil minimal de réussite, cet échec le rattrapera sans contredit dans quelques années. Le retard se fera toujours ressentir, peu importe les pourcentages gratuits que vous lui refilerez.

C’est un travail commun qui doit être fait. Enfants, parents, enseignants, éducateurs spécialisés et gouvernement, unissez-vous !

Chroniques

La région ouvre ses bras

Chronique / Vous vous souvenez de cet autobus qui roulait sur la scène, au dernier tableau des Aventures d’un Flo ? Une image déprimante qui symbolisait, voilà une décennie, le départ de jeunes Bleuets pour la métropole où ils espéraient trouver un emploi. Cette production de Michel Marc Bouchard et de Serge Denoncourt remplaça La Fabuleuse histoire d’un royaume durant quatre ans. Contrairement à l’intention de ses auteurs, elle s’avéra une opération masochiste dont les effets paralysent encore notre développement.

Les 350 participants au Colloque Action économique, une initiative du député démissionnaire Alexandre Cloutier, auraient bien voulu instruire nos exilés d’hier que la mondialisation a modifié notre économie. Un pan complet de l’industrie forestière s’est effondré à l’arrivée du numérique et Rio Tinto Aluminium a ajusté sa production à la concurrence de nouvelles puissances économiques, dont la Chine évidemment. 

La relève

Certes, la grande industrie n’éprouvera jamais d’ennuis de recrutement. Quand elle fait appel à une main-d’œuvre aux qualités appropriées pour un nouveau développement, les candidats se pressent par milliers. Ce sont ces emplois bien rémunérés et stables que les jeunes ne trouvaient plus ici au début du deuxième millénaire.

Ils ont oublié les PME vigoureuses qui ont pris la relève et exportent leurs produits partout sur la planète. Les possibilités d’un meilleur avenir se multiplient, mais les aspirants ont disparu. « Faites confiance à l’entrepreneurship régional. Revenez.... » auraient insisté les bâtisseurs regroupés à Alma jeudi dernier à ces jeunes si précieux qui allaient enrichir la métropole de leur compétence et de leur puissance de travail dans Les aventures d’un Flo. 

Robert Bouchard

C’est en atténuant un mouvement d’impatience où la colère n’était pas absente que Robert Bouchard, le PDG de Béton préfabrique du Lac, a lancé un appel à la main-d’œuvre encore disponible lors de ce rassemblement. « On a investi 25 millions $ dans nos usines situées hors de la région, mais pas un sou ici parce que les travailleurs compétents dont nous avons un urgent besoin sont absents. »

Il a même fait appel aux Haïtiens logés en catastrophe, l’été dernier, au Stade olympique. Ses besoins se limitaient à une trentaine de journaliers. La bureaucratie s’en est mêlée en opposant des problèmes d’intégration et même, insulte suprême, de racisme. 

L’État projette ainsi une très mauvaise perception de l’attitude des Québécois, du moins ceux de notre région, à l’endroit de l’immigration. Reconnaissons-le, l’UQAC n’aurait jamais connu l’épanouissement qui fait notre fierté sans la participation de gens d’ailleurs, dotés d’une formation souvent exceptionnelle. Pensons aux Guy Collin, Adam Nagy, Masoud Farzaneh, Mustapha Fahmi, Laszlo Kiss... En vérité, ils sont légion dans l’histoire de notre université.

Action économique voudrait une implication plus vigoureuse de nos politiciens dans l’exploration de graves problèmes comme la pénurie de la main-d’œuvre. Personnellement, je m’étonne également de leur discrétion durant la présente campagne électorale. À croire que l’élection du premier octobre prochain ne s’adresse qu’aux électeurs de Montréal et de Québec. On assiste à la surenchère habituelle entre nos deux grands centres... Les milliards $ coulent dans la besace des promesses faites aux maires Plante et Labeaume pendant que le gouvernement vient nous annoncer le gel, durant deux ans, des travaux de l’autoroute de l’Aluminium et de la restauration du pont Dubuc. Avez-vous entendu une seule protestation de nos leaders politiques ?

Tribune

C’est d’une vie dont on parle

Je savais bien qu’un de ces matins, j’aurais mon premier pincement au cœur en regardant les nouvelles. Depuis ma retraite en décembre dernier, je continue de m’informer sur notre monde, spécialement à l’échelle régionale. Lorsque j’étais sergent aux communications pour la Sûreté, je regardais les nouvelles, histoire de savoir quels étaient les sujets susceptibles de toucher l’organisation. J’ai donc gardé cette bonne habitude. Que voulez-vous, on ne peut pas sortir 29 ans de métier d’un homme en quelques semaines. Alors voilà que ce matin, on parle d’un homme barricadé qui semble désorganisé.

Jean Tremblay

Déjà, je vois le film dans ma tête : l’intervention du départ, l’appel de mon patron, la fébrilité du début… mais j’y reviendrai.

Les policiers, bien qu’ils fassent partie d’un métier non traditionnel, sont tout de même des travailleurs. Ils ont donc, comme leurs concitoyens, des routines. Il y a de ces matins où le moteur tarde à se réchauffer, si je peux dire. Eux aussi ont des enfants et des horaires à respecter pour les garderies et les activités des plus vieux. 

Pour les gens en communication comme moi, la routine était de vérifier les dossiers de la nuit, m’occuper du « round-up » matinal des journalistes. Toujours intéressant, mais avouons-le, pas toujours très excitant.

Quand je parle de fébrilité du début, je parle surtout de la situation qui nous sort de notre routine et non du désarroi que l’individu peut ressentir.

Revenons donc à l’événement de cette semaine. Que se passe-t-il lorsque ce type d’intervention survient ? 

D’abord, on quitte le bureau avec en tête notre stratégie. Dans mon cas, je préparais mes lignes de communication. Arrivés sur les lieux, nos médias me faisaient leurs demandes en fonction de leurs heures de tombée. Quant à moi, j’étais en constante communication avec le chef de PC (poste de commandement). 

L’autobus est équipé des mêmes ondes et caractéristiques de sécurité de transmission de données requises pour les services de police. Niveau de sécurité oblige. Pour le reste, il y a une salle d’interrogatoire, une salle de rencontre et, bien sûr, quelques téléviseurs.

Arrive la première rencontre avec les enquêteurs et le chef de PC. On espère toujours que ce dernier est promédias, car en cas contraire, c’est un peu plus difficile. Mais généralement, ça va bien.

Maintenant qu’on est sur place, on fait quoi ? Essentiellement, on attend le résultat des rencontres des enquêteurs avec les témoins, les parents, les proches. Nous cherchons à savoir à quel genre d’individu on a affaire. Est-il dangereux pour la population, pour lui-même ? A-t-il des armes ? Risque-t-il de s’en servir ? Il faut établir le profil de l’individu. Par la suite, le chef de PC détermine la bonne stratégie à employer. 

Il faut garder en tête que l’important à dire à nos concitoyens, c’est que la situation est sous contrôle. N’oublions pas non plus que la famille n’est pas loin et que pour elle, c’est une situation très émotive. Souvent, pour ne pas dire tout le temps, les gens en crise ou en détresse ont consommé de l’alcool, des stupéfiants, des médicaments, ou les trois. Le temps joue donc en notre faveur. Le but est de sauver l’individu.

Bien sûr, il a créé sa situation ; bien sûr, les gens disent que ça coûte cher, mais ce n’est pas une raison pour faire du « rentre-dedans » et risquer la vie des gens impliqués. N’oublions pas que c’est d’une vie dont on parle ici et non d’un film d’action. Pour les policiers, une reddition sans intervention musclée, sans tir, est une réussite à 100 %. C’est ça notre travail.

Il y en aura toujours pour dire ou écrire sur les réseaux sociaux des propos très durs, incitant à la violence. Mais réfléchissons de façon intelligente, svp.

D’ailleurs, sachez qu’il y a des fonds spéciaux pour ce genre d’événement au même titre que pour les inondations et autres incidents hors du commun.

De plus, l’individu en crise sera pris en charge par nos services de santé et autres. Sous peu, avec de bons soins et un brin de bonne volonté, il pourra redevenir un actif pour la société. 

Et il pourra surtout continuer sa vie avec ses parents et ses enfants.

Tribune

Il faut aider les hommes aussi

Les hommes sont des êtres humains qui ressentent les mêmes émotions que les femmes, mais ces émotions sont moins verbalisées. Nous savons que la détresse chez les hommes est en augmentation et en même temps on voit une dévalorisation de la demande d’aide. Chez les hommes, la demande d’aide lors de difficultés importantes arrive trop souvent très tard. On sait que lorsque la détresse n’est pas diagnostiquée et traitée, elle augmente significativement le risque d’apparition d’idées suicidaires.

Andrée Verreault 

Les hommes cumulent plusieurs facteurs de risque. Par exemple, ils sont plus nombreux que les femmes à rapporter qu’ils ont un niveau de soutien social faible. Ils sont deux fois plus nombreux que les femmes à reconnaître n’avoir aucun confident. De plus, les hommes seraient moins nombreux que les femmes à consulter en cas de difficultés. Quand ils consentent à demander de l’aide, ils la veulent tout de suite, sans attendre. Cette demande d’aide est souvent analysée sous la forme d’un agir (impulsivité, colère). On les croit agressifs et non souffrants. 

En 2018, des standards qui sont encore trop souvent présents.

L’homme doit avoir :

La capacité de sacrifier ses besoins et désirs personnels pour nourrir les membres de sa famille ;

La capacité d’endurer la douleur et les épreuves pour protéger ses proches ;

L’expression d’amour en posant des gestes pour les autres. Ex. : prouver l’amour au lieu de le dire ;

L’intégrité, la résolution et la loyauté face à des engagements ;

L’empressement à prendre des risques et à rester calme face au danger ;

La tendance à être centré sur l’action et le faire (l’agir).

Il ne devrait pas :

Lâcher tant qu’il n’a pas réussi à résoudre un problème ;

Pour un homme, la tâche est immense, il n’y a pas beaucoup de place pour l’expression de la souffrance. Chez les hommes, elle doit d’abord être approuvée, validée, autorisée, il faut qu’elle devienne comme socialement acceptable.

Les hommes consultent de la même manière qu’ils vont au garage pour le remplacement d’une pièce mécanique défectueuse.

En conclusion, nous croyons que cinq types de facteurs peuvent faciliter la demande d’aide des hommes : 

1) Une socialisation qui leur permettrait de demander de l’aide sans qu’ils se discréditent.

2) Une plus grande accessibilité des services d’aide. 

3) Un accueil tenant compte de leur réalité. 

4) Un organisme visible et accessible dont la culture interne est sensible aux besoins des hommes.

5) Une proposition de services clairement définie et destinée spécifiquement aux hommes.

Les hommes en difficulté doivent se sentir respectés, mieux compris et accueillis dans leur différence. 

Cet accueil sur mesure peut alors constituer la première étape d’un processus de reconstruction qui nécessite tout d’abord la réconciliation de l’homme avec lui-même. 

Aide et entraide 

Le centre de prévention du suicide 02 est l’un des organismes qui offrent des services spécifiques aux hommes et soutient un programme d’aide fait pour eux. 

Transition/Trajectoire en est un exemple, c’est un groupe d’entraide pour hommes âgés de 18 ans et plus, qui vivent des périodes difficiles (séparation, perte d’emploi, etc.) et qui cherchent des moyens pour s’en sortir. 

Nous invitons les hommes à miser sur l’entraide en se joignant à un groupe. Pour plus d’information, communiquez au 418 820-1433. « Demander de l’aide… c’est fort ! »


Tribune

L’académie de la LNH

Décidément, les Saguenéens aiment les défis. Le hasard leur en avait imposé un considérable en séries éliminatoires, l’année dernière, en les opposant, en demi-finale, aux Sea Dogs de Saint John, la puissance dominante à l’époque. Ils s’étaient finalement inclinés en six parties après avoir donné la frousse à leurs rivaux dans la dernière rencontre jouée devant une salle comble au Centre Georges-Vézina.

Ce sera encore plus difficile, cette année, car ils ont dû sacrifier, à la dernière période de transactions au tournant des Fêtes, leurs deux grandes vedettes, le défenseur Olivier Galipeau et l’attaquant German Rubtsov, pour assurer un meilleur avenir. On ne constatera qu’à l’automne prochain l’efficacité des changements et la valeur des nouveaux choix de repêchage.

Le cycle annuel

C’est ainsi que tourne le hockey junior majeur. Chaque saison ouvre un cycle dans lequel les équipes s’insèrent avec l’espoir de se retrouver dans le peloton de tête. École de la LNH, le junior majeur attire des joueurs dont l’objectif ultime est d’atteindre le statut professionnel et ses millions $. Une infime minorité y accède. La compétition est féroce, car elle est internationale. Les équipes recrutent les meilleurs candidats accessibles, partout en Amérique du Nord évidemment, mais aussi ailleurs, en Russie et chez les pays scandinaves. La région est particulièrement fière de la réussite de nos derniers surdoués, David Desharnais (Rangers), Charles Hudon (Canadien), Nicolas Roy (Hurricanes) et Samuel Girard (Predators).

Les dynasties sont rares au junior majeur, mais elles existent. Les Royals de Cornwall, seule équipe ontarienne à avoir adhéré à la LHJMQ, ont remporté trois fois la Coupe Memorial, soit en 1972, 1980 et 1981. Même s’ils ont échoué à leur participation au championnat canadien, les Saguenéens ont connu leurs saisons de gloire. L’une des plus mémorables se déroula en 1979-80 quand Guy Carbonneau enregistra 182 points et le défenseur Gilbert Delorme, 111 points.

Centre Georges-Vézina

Les partisans rêvent d’un retour à des formations dominantes animées par de futures vedettes de la LNH. La saison qui s’achève fut surtout marquée par un grand questionnement sur les déficiences du vieux Centre Georges-Vézina. Après l’alerte lancée par une firme d’ingénieurs sur l’état inquiétant de la toiture, l’organisation des Marquis de Jonquière a généreusement logé les Saguenéens pendant que l’autorité municipale consacrait le demi-million $ nécessaire à une réparation suffisamment complète pour assurer l’utilisation de la glace olympique durant quelques décennies encore. Comme si son constructeur J.-R. Théberge avait appliqué les secrets de la longévité des grands bâtiments de la Rome antique. 

La mairesse Josée Néron s’est montrée néanmoins favorable à un nouvel amphithéâtre avec une glace aux dimensions du hockey nord-américain. Mais elle n’a pas voulu, comme son collègue de Québec, profiter de la circonstance favorable d’une campagne électorale pour engager l’État. Elle mijote plutôt le projet d’un nouveau domicile pour les Saguenéens avec une autogare de 700 places dans l’ancienne zone ferroviaire, au centre-ville de Chicoutimi. À la condition évidemment d’une participation financière des gouvernements supérieurs au financement estimé à quelque 70 millions $.

C’est la vision d’une ville qui poursuit sa mutation entreprise en 2002, dans un cheminement à nouveau investi par une démocratie authentique. Dans l’immédiat, les Saguenéens poursuivront leur carrière dans le plus édifiant musée du hockey junior nord-américain.