La mémoire assassinée

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La mémoire assassinée

TRIBUNE / Notre chroniqueuse Isabel Brochu a récemment abordé la question des toponymes qui rendent hommage à certains individus ayant marqué l’Histoire. Elle référait notamment à Andrew William Mellon. Faut-il revoir le passé et le corriger en fonction de nos valeurs actuelles ? L'historienne Russel-Aurore Bouchard se prononce.

En début de semaine, dans une chronique-choc, Isabel Brochu s’est attaquée à la mémoire d’Arvida en soulevant l’idée qu’il faudrait rayer du répertoire toponymique saguenéen le nom du Boulevard Mellon, nommé ainsi en l’honneur d’Andrew William Mellon. Pour justifier sa position, elle réfère à un vieux texte de Burton Ledoux (un activiste communiste et antitrust) qui, au tournant des années 1950, en avait eu gros sur le cœur contre les méchants capitalistes américains. Raisons évoquées, Mellon était banquier et pas des plus généreux ! Il a eu une influence néfaste dans la Crise de 1929 et était proche des nazis (même s’il est mort en 1937 !). Et il a sur la conscience la soixantaine de cadavres soi-disant ensevelis dans le béton du barrage de Shipshaw. Un triste héritage de cette dure époque il est vrai ! Pour les nuances et les considérants, on repassera.

En ce qui me concerne, le bonhomme ne m’inspire aucune sympathie. Quand on le regarde avec les yeux d’aujourd’hui, on est effectivement en droit de s’interroger sur la place enviable qu’il tient dans notre mémoire collective. À ce compte-là, il faudra donc débaptiser la rue Voltaire, à Chicoutimi, parce que ce héros des Lumières a déjà eu des parts dans le trafic des esclaves aux Antilles et qu’il s’est royalement payé la tronche des Québécois quand tout allait si mal pour eux. Dans ce contexte, il faut également débaptiser le pont Dubuc puisqu’il a déjà engagé des enfants de 12 ans dans ses chantiers. Et vu que nous y sommes, profitons-en donc pour changer au passage le nom de la rue Peter-McLeod puisque je lui reproche, dans mes écrits, d’avoir maintenu le Saguenay sous un joug de terreur. 

Donnez-moi n’importe qui, et je vous trouve dix raisons pour justifier son renvoi. La question n’est pas nouvelle. Il suffit de rappeler simplement la polémique soulevée l’année dernière, tant à Montréal qu’aux États-Unis, dans l’épisode des plaques historiques, des statues de généraux confédérés et de tous ces autres qui sont devenus subitement des déchets de l’humanité. Même la statue de Christophe Colomb n’y a pas échappé ! L’horreur, je vous dis ! Le Génois a découvert l’Amérique ! Un crime contre l’humanité !

Que faut-il penser de tout ça ? Pas grand-chose de bien, en fait ! Dans le langage de l’histoire, on appelle ça du révisionnisme, voire du négationnisme. Le fond du problème est idéologique et les ressorts qui l’agissent sont politiques. Sans qu’il n’y paraisse, rue après rue, maison ancienne après maison ancienne, monument après monument, on est en train d’exterminer la mémoire. C’est justement ce que George Orwell a tenté d’illustrer dans son fameux « 1984 » ; c’est ce que Mao a essayé de faire en 1949 avec sa révolution culturelle ; et c’est ce que nous sommes en train de faire avec ce navrant mouvement de l’oubli qui prend de l’ampleur dans le contexte du projet onusien du gouvernement mondial.

Les monuments, les plaques historiques et les noms de rues sont habituellement érigés en temps de paix et d’abondance pour honorer la mémoire de ceux et celles qui ont joué un rôle certain dans l’édification de notre société. En cela, ils marquent un temps d’arrêt et témoignent des époques auxquelles ils sont associés. Ils nous permettent de mesurer le chemin parcouru et servent de point de repère pour assurer la suite des choses. Vouloir effacer de notre mémoire tous ces noms qui nous dérangent aujourd’hui, pour une raison et pour une autre, n’augure rien de bon. Anneau après anneau, on est en train de briser la chaîne qui nous relie, par la mémoire, à notre passé. Morceau par morceau, c’est donc tout ce qui nous a construits, tout ce qui a fait de nous une société solidaire, déterminée et libre, qu’on est en train d’effacer. L’erreur que nous commettons est mortelle. Peu à peu, nous nous désolidarisons et nous nous effaçons dans l’insignifiance et dans l’oubli. 

Est-il trop tard pour corriger cette trajectoire funeste ? À vous de me le dire…

Déboulonner l'histoire

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Déboulonner l'histoire

TRIBUNE / Notre chroniqueuse Isabel Brochu a récemment abordé la question des toponymes qui rendent hommage à certains individus ayant marqué l’Histoire. Elle référait notamment à Andrew William Mellon. Faut-il revoir le passé et le corriger en fonction de nos valeurs actuelles ? L'historien Éric Tremblay se prononce.

Bien que le phénomène ne soit pas nouveau, nous assistons depuis quelques années à une forme de réécriture de l’histoire. Un peu partout en Occident, les autorités publiques déboulonnent, renomment et reconstruisent l’espace dédié à notre mémoire. Ce geste est justifié par quoi ? Par qui ? Pourquoi ? Le citoyen comme l’historien se demande alors quelle est la position à adopter face à un geste autant radical que spontané.

Cette nouvelle dynamique relève historiquement à la fois du révisionnisme et du négationnisme. Il s’agit alors de réviser notre rapport avec le passé tout en niant ce qui ne correspond pas à certaines normes sociales dorénavant inacceptables. Positionnant ainsi les problématiques du passé sur l’échiquier d’un questionnement contemporain. Ce qui est tout le contraire du travail de l’historien et de la distance qu’il doit conserver face au sujet de son étude.

Chaque situation de déboulonnage demeure particulière, d’abord par sa contextualisation, puis par les nombreuses causes qui peuvent être à l’origine d’un tel ressentiment populaire : un lieu, un personnage, une date, etc. Dans plusieurs cas, les autorités en place ont répondu rapidement à la grogne des groupes de pression ou des individus qui réclament la disparition de cette « tare historique ». Encore une fois, cette rapidité d’action est à l’opposé de l’attitude réflective et du questionnement collectif que demande une telle rupture avec l’histoire.

Alors pourquoi sommes-nous dans une époque de réécriture de l’histoire, de déboulonnement du passé ? Personnellement, je pense que nous assistons au croisement, voire à l’enchevêtrement de plusieurs variables sociohistoriques : déclin du modèle occidental, effritement de l’État providence, questionnement sur l’appartenance, laïcisation de surface, valorisation des droits individuels, etc. Ces points de friction sont à la source d’un repositionnement identitaire individuel puis collectif. Sans vouloir me répéter, il est encore une fois très difficile pour l’historien d’étudier, sans un minimum de recul, le temps présent. 

Cette tentative de réajustement de la symbolique historique déstabilise l’historien en tant qu’individu : un acteur social vivant au sein d’une collectivité. Les valeurs dépassent parfois la rigueur professionnelle. On ne peut rester insensible à la déconstruction de ce passé autrefois glorieux, mais complètement inacceptable aujourd’hui. En tant que citoyen, je suis assez en accord avec certaines perspectives de déboulonnage (par exemple le crucifix à l’Assemblée nationale). Cependant, d’un autre côté, l’historien que je suis doit obligatoirement apporter des nuances à l’intérieur du questionnement (comme dans le cas de la toponymie). Donc, le plus souvent, je suis en désaccord avec la manière de faire, particulièrement en ce qui concerne le processus.

Un des principaux problèmes dans cette réécriture de l’histoire est le manque de discussions et d’analyses. Outre le risque de déboulonner l’histoire elle-même, elle est souvent l’illustration d’une méconnaissance du passé (contextualisation) et de la mise en place d’une mémoire sélective (patrimonialisation). L’histoire de nos vies et celle des nations ont un point en commun : elles comptent des moments heureux, mais aussi des malheureux. En effacer le souvenir fera-t-il disparaître la douleur de ces derniers ?

Alors, faut-il se lancer dans le tri des « bons » et des « méchants » de l’histoire ? L’exercice peut être utile si elle dépasse la repentance, le jugement de valeur et le politiquement correct. Reste qu’il est parfois difficile de porter un regard sur les personnages historiques sans anachronisme de notre part. Évoluant dans une autre époque que la nôtre, une grande majorité de ceux-ci ne conviendraient plus aux normes de notre société actuelle. Doit-on les bannir ou plutôt comprendre l’époque dans laquelle ils vivaient ? En ce sens, il serait préférable d’essayer de mieux connaître le contexte sociohistorique de leurs actions avant de déboulonner.

Une bouffée d’air frais

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Une bouffée d’air frais

TRIBUNE / Le débat entourant un éventuel amphithéâtre au centre-ville de Chicoutimi suscite de vives réactions à Saguenay. François Roy, ex-directeur des communications de la Ville de Trois-Rivières, et Charles Cantin, avocat, s’expriment quant à l’impact d’une telle infrastructure dans un secteur comme celui qui est projeté.

Après ce qui est apparu un siècle de régime totalitaire sous la gouverne de Jean le Terrible, Saguenay est à l’heure des débats. La nouvelle administration municipale est devenue en très peu de temps le forum, que dis-je?, le symposium des idées, des propositions et des projets.

L’héritage d’un régime autocratique appelle maintenant à la confrontation constructive, ce dont nous avons été privés trop longtemps. Le dossier du Centre Georges-Vézina (CGV) fait maintenant l’objet d’un choc des idées. Voilà au moins quelque chose de nouveau. Esprit de clocher ou rencontre des grands esprits ? Le dossier du Centre Georges-Vézina générera au moins une chose : mettre de l’avant la gouvernance, si chère à notre mairesse.

Et à entendre le bruit infernal de cette première véritable polémique, la machine a besoin d’huile. Mais c’était ce que voulait notre première dame dans le programme de l’ERD. Redonner les pouvoirs légitimes au conseil municipal en décrétant que les débats étaient utiles et nécessaires à la prise de décision. Quels beaux préceptes au nom de la démocratie ! Il ne faut surtout pas conclure trop rapidement à l’Esprit de clocher, sinon le débat deviendra terriblement contaminé. Jonquière vs Chicoutimi. Centre Georges-Vézina vs Palais des sports.

Amphithéâtre vs soccerdôme

Le problème actuellement existe dans cette apparition soudaine du fantôme de Georges Vézina qui se voit renaître dans le centre-ville. Un aréna dans le centre-ville avec 600 espaces de stationnements flambants neufs annexés à ce bâtiment.

C’est plutôt aguichant comme proposition. Ajoutez à cela une déclaration du premier ministre Philippe Couillard et je cite : « Nous voulons doter la Ville de Saguenay d’installations sportives du 21e siècle » et cette même proposition devient instantanément affriolante. 

Il est un peu là, le branle-bas. Au quasi-lendemain d’une campagne électorale totalement muette sur un nouvel amphithéâtre, voilà qu’il devient l’objet d’un débat presque référendaire.

Monsieur le premier ministre a-t-il oublié, l’espace qu’un instant, le côté anorexique de son régime d’austérité ? Sommes-nous plutôt en précampagne électorale ?

Nous devons admettre que quelques dizaines de millions de dollars largués en plein milieu de la rue Racine, le cas échéant, ont de quoi alimenter l’idée d’être à l’avant-garde et au goût du jour en ce 21e siècle. Il n’en fallait pas plus pour faire rêver une importante partie de la population et c’est tout à fait normal. Et l’on ne peut pas systématiquement être contre ce projet. Je pense même que nous devons voir grand et être ambitieux. Mais il doit être permis d’être méfiant. Nous en sommes au paiement de certains pots cassés. Des dossiers comme la Place du Citoyen, celui du Parc Milles Lieux de la colline, des procès et des contrats dont nous en subissons encore les stigmates sont l’héritier d’un régime où les débats ont été mis à l’index. Et la liste pourrait couvrir les murs de toute une bibliothèque.

Voyons le dossier CGV comme une bouffée d’air frais à l’intérieur d’un conseil municipal qui apprend à marcher sur le nouveau parquet de la gouvernance. L’idée d’un nouveau CGV est arrivée trop rapidement. On semble oublier que nos taxes viennent d’augmenter de 4,1 %, seule promesse électorale brisée, selon notre mairesse. 

À cet effet, Saguenay représente la ville ayant subi la hausse de taxe la plus importante au Québec parmi les villes de plus de 100 000 habitants. Sur ce constat, vaut mieux un dialogue plus lent conduisant à la meilleure décision qu’un consensus rapide dénué de toute réflexion à l’issue duquel la fierté pourrait faire place au regret. 

Après tout, comme le disait Churchill, « Quand deux personnes dans la même pièce ont la même opinion, c’est qu’il y en a une de trop ». 

Charles Cantin, avocat

Quand la culture sauve un centre-ville

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Quand la culture sauve un centre-ville

TRIBUNE / Le débat entourant un éventuel amphithéâtre au centre-ville de Chicoutimi suscite de vives réactions à Saguenay. François Roy, ex-directeur des communications de la Ville de Trois-Rivières, et Charles Cantin, avocat, s’expriment quant à l’impact d’une telle infrastructure dans un secteur comme celui qui est projeté.

« À Trois-Rivières, c’est la culture qui a sauvé le centre-ville ». Dites-moi, qui a prononcé cette phrase hautement politique ? Choix de réponses.

A) Gilles Beaudoin, le maire qui a pris le virage culturel dans les années 80.

B) Guy Le Blanc, le maire qui a consolidé la démarche dans les années 90 et qui a aussi présidé la coalition provinciale « Les arts et la ville ».

C) Yves Lévesque, le maire de la fusion, qui a recueilli et enrichi l’héritage de ses deux prédécesseurs.

D) Gaston Bellemare, président fondateur du Festival international de la poésie de Trois-Rivières, témoin et acteur de la renaissance culturelle du centre-ville trifluvien.

La réponse est D) : Gaston Bellemare… Et il avait bien raison : la capitale de la Mauricie s’est fortement positionnée au plan culturel grâce à des efforts constants qui remontent pour l’essentiel aux années 1980. À l’époque, le Conseil municipal s’était donné un plan d’ensemble pour relancer son centre-ville historique, riche de potentiel, largement ouvert sur le fleuve, mais victime des désolantes conséquences de l’étalement urbain. L’opération était à l’origine politique, mais supposait la mobilisation du milieu : gens d’affaires, artistes, gouvernements supérieurs. Les cibles étaient diverses : rénover, restaurer, animer, attirer, habiter, héberger, donner à voir, à lire, à boire, à manger et même… à stationner !

La pièce maîtresse de cette grande opération était l’acquisition du théâtre Capitol et sa conversion en salle de spectacles d’envergure régionale. Magnifique bâtiment de 1927, il fut acquis par la Ville en 1979 pour devenir la salle J.Antonio-Thompson et offrir ses mille sièges aux amateurs de spectacles. En 1987, après un an de travaux, on améliora l’entourage de la salle : billetterie, vestiaires, déambulatoire, foyer, bar…

La Ville elle-même devint cliente de sa propre salle. Ainsi la grande soirée de fin de saison des ateliers de loisirs s’y déroulait chaque printemps, avec des présidents d’honneur tels que Ulric Blackburn, maire de Chicoutimi, invité au lendemain du grand déluge de 1996 et chaudement applaudi. 

En aval du centre-ville, à l’embouchure du Saint-Maurice, se déroulait un drame d’une autre nature. Un vaste terrain industriel devenait vacant, après la fermeture de ce qui avait déjà été la plus grande usine de papier au monde. Pour le Conseil municipal, c’était l’occasion de planifier une sorte d’expansion du centre-ville dans une toute nouvelle direction, avec toujours la même volonté de créer un espace urbain où la culture aurait sa place.

Le tout nouveau Conseil issu de la fusion avait les moyens de ses ambitions. Il a entrepris une série d’opérations échelonnées sur une dizaine d’années, pour en arriver à deux inaugurations éclatantes sur le site en question. D’abord, dans un bâtiment industriel sauvé de la démolition, on a aménagé un lieu d’interprétation de l’industrie forestière, baptisé Boréalis. Enfin, au bord du fleuve avec vue imprenable sur la rive-sud, on a dressé l’imposante structure de l’Amphithéâtre COGÉCO, devenu le domicile estival du Cirque du Soleil et le lieu de passage de grands artistes internationaux.

Et dans quel climat se sont faites toutes ces grandes réalisations ? Plutôt bon, il faut dire. Dans les années 80, tout le monde s’entendait pour reconnaître qu’il fallait « sauver le centre-ville », à commencer par les médias, qui chez nous ne recherchent pas la controverse à tout prix. Les grands projets des années 2000 furent plus controversés. Il est évident que les sommes engagées étaient beaucoup plus considérables et le questionnement plus légitime.

Mais bon, les réalisations récentes se sont ajoutées à celles des années antérieures pour faire encore et toujours de Trois-Rivières une « ville d’histoire et de culture » dont le rayonnement est remarquable. Parlez-en avec Gaston Bellemare et les poètes du monde qui ont fait de Trois-Rivières leur « capitale »…

François Roy, ex-directeur des communications de la Ville de Trois-Rivières

«G» passé avec 58%

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«G» passé avec 58%

Au Québec, un élève ayant obtenu 58 % ou 59 % à une épreuve ministérielle obtient automatiquement la note de passage de 60 %. Cette politique est-elle justifiée ou s’agit-il d’un nivellement par le bas ? Étudiante de 2e année en journalisme, au programme Art et technologie des médias, Josée-Ann Jomphe s’exprime sur le sujet.

TRIBUNE / Quand les réseaux sociaux ont fait leur apparition, on s’est aperçu que les gens écrivaient vraiment tout croche. Mais on leur a pardonné. On s’est convaincu que c’était des raccourcis, qu’ils étaient tellement emballés de pouvoir contacter leurs proches de façon presque instantanée qu’ils devaient par conséquent écrire plus vite que la lumière. En omettant, bien entendu, de prendre le temps de respecter les règles grammaticales de base.

Quand on s’est rendu compte que finalement les raccourcis demeuraient bien ancrés dans leurs écrits, on a continué de leur pardonner. On s’est dit que c’était simplement par habitude. Non pas par paresse et par manque d’éducation.

Et finalement, quand on a eu connaissance que des élèves qui échouaient à un examen se faisaient tout de même offrir la note de passage, une petite remise en question de tout l’enseignement qu’on a reçu durant notre enfance nous a semblé évidente.

Si je n’avais pas bûché pour avoir des bonnes notes et que je m’étais contentée du strict minimum, est-ce que je serais passée au travers de mon primaire et de mon secondaire ? La réponse est oui. 

Si mes parents ne m’avaient pas forcée à apprendre les règles du français, à compter autrement que sur mes doigts, à mémoriser la capitale de chaque pays et à être capable de nommer tous les éléments du tableau périodique, est-ce que je serais quand même passée au travers de mon primaire et de mon secondaire ? La réponse est encore oui.

Si j’avais pu écrire « fiord », « ognon », « paraitre » et « cout » en trouvant ça normal, est-ce que je serais passée au travers de mes années scolaires ? La réponse demeure la même.

Certaines personnes ont une facilité d’apprentissage, d’autres non. Certaines personnes font preuve d’une aisance insurmontable durant les exposés oraux, d’autres voudraient tout simplement s’évanouir. Certaines personnes préfèrent le bleu, d’autres le rouge. Nous sommes tout un chacun différents, avec nos forces et nos faiblesses. 

« C’est en forgeant qu’on devient forgeron. »

Parallèlement, ce n’est pas en abandonnant qu’on devient bon. 

En nivelant les notes vers le haut, on nivelle automatiquement nos attentes vers le bas. 

Nos exigences face aux enfants ont diminué. En agissant ainsi, on leur montre la paresse, la facilité et on leur apprend à se contenter de peu. Où est passé le dépassement de soi ? Le succès ? La saine compétition et la fierté ? En étant enfant, être à l’école et réussir à avoir de bonnes notes, c’est une fierté. Ce n’est pas le but ultime de l’enfance, réussir ses classes ?

En agissant ainsi, on leur apprend qu’être « pas mauvais » est suffisant. Qu’être dernier de classe, ça passe. Que 2 %, ce n’est rien. Que même si tu n’atteins pas la note de passage, tu peux réussir.

Les notes bonifiées, c’est un jeune de 17 ans qui achète de l’alcool. 17 ans, c’est presque 18 ans, non ?

Les notes bonifiées, c’est de permettre à tout le monde de rentrer travailler à 8 h 05. Cinq minutes, ce n’est presque rien, non ?

Les notes bonifiées, c’est un policier qui pardonne une infraction. Un médecin qui ne te soigne pas complètement, un système d’éducation qui est mou. 

Faire passer un élève de 2 ou 3 %, ce n’est pas lui rendre service. Au contraire, c’est lui donner une petite échelle quand le serpent n’est pas très loin. C’est le faire tomber de deux fois plus haut. 

Parce que si l’élève que vous prétendez aider a de la difficulté à atteindre le seuil minimal de réussite, cet échec le rattrapera sans contredit dans quelques années. Le retard se fera toujours ressentir, peu importe les pourcentages gratuits que vous lui refilerez.

C’est un travail commun qui doit être fait. Enfants, parents, enseignants, éducateurs spécialisés et gouvernement, unissez-vous !

Quel message véhicule-t-on?

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Quel message véhicule-t-on?

Au Québec, un élève ayant obtenu 58 % ou 59 % à une épreuve ministérielle obtient automatiquement la note de passage de 60 %. Cette politique est-elle justifiée ou s’agit-il d’un nivellement par le bas ? Étudiante de 2e année en journalisme, au programme Art et technologie des médias, Marie-Pier Lebrun s’exprime sur le sujet.

TRIBUNE / Qui a eu cette idée folle d’un jour augmenter les notes ? C’est ce sacré ministère. Vous n’avez pas été informé ? 

Cinquante-huit, le nouveau 60. Maintenant, plus besoin d’obtenir un bon 60 % bien senti ; on peut se contenter d’un 58 ou d’un 59 pour avoir un RE (signe de réussite) sur notre relevé ministériel.

Ce qui est génial, c’est que le ministère de l’Éducation s’est changé en un monde enchanté, où l’on s’est muni de petites baguettes magiques multicolores pour pouvoir jouer dans les zones grises. 

D’un seul coup, sans demander l’avis de personne et surtout pas des enseignants, on ajoute un ou deux points de plus aux résultats qui figurent sur le relevé de notes de certains élèves. Vous n’avez pas obtenu la note de passage ? Pas de souci ! La fée ministérielle s’en charge, n’est-ce pas tout simplement Supercalifragilisticexpialidocious ? Oui, semblable à tous ces films de Disney vus lorsque nous étions enfants, un vrai conte de fées qui devient réalité ! 

Quel message tente-t-on de véhiculer par le biais de cette initiative ? Peut-être est-ce ma vision des choses qui est trop rigide, mais il me semble que cette action tend à nuire davantage aux élèves qu’à les aider. 

Tu as loupé le test ? Ce n’est pas bien grave, nous changerons ce vilain 58 en un fantastique 60 %. Cependant tôt ou tard le chat sortira du sac et le retard pris par l’élève se fera ressentir. 

Si d’année en année on réalise le même tour de magie, n’y a-t-il pas un risque que celui-ci s’essouffle ? 

N’y a-t-il pas un risque que l’élève se retrouve avec un retard trop important et qu’il finisse par se décourager ? Parce qu’il y a toujours une limite à ce petit tour de passe-passe. La fameuse magie des briques jaunes menant jusqu’au succès s’effritera un jour. 

Le point étant que le seuil de réussite est fixé à 60 %, pourquoi ne pas s’en tenir à ce chiffre ? Si un élève obtient une note de 60 %, c’est qu’il aura acquis 60 % de la matière. 

On juge donc acceptable de le faire poursuivre vers le niveau supérieur. Si l’enseignant juge que l’élève n’a pas su développer les compétences nécessaires, pourquoi tout de même le faire passer ? 

Peut-être espérons-nous naïvement à notre tour la visite du génie de la lampe ? 

Que souhaiterions-nous ? Voir se réaliser l’histoire du pauvre petit élève qui au cours de l’été se transforme en un brillant élève ?

Mais quand arrêterons-nous enfin de vivre dans l’illusion ? Quand sortirons-nous de ce monde magique aux décors de carton ? 

On dit que le système scolaire fait office d’une minisociété dans laquelle nous formons les citoyens de demain. Pourquoi ne pas montrer à ces « citoyens de demain » ce qui les attend véritablement ? 

Sautons les films pour enfants, voulez-vous, et allons-y avec les bons vieux classiques. À la Indiana Jones où l’avenir du protagoniste n’est jamais assuré et qu’il doit se débattre pour survivre. 

On l’admire cet Indiana Jones pour sa vivacité d’esprit et son courage, pourtant rien ne lui est donné tout cuit dans le bec. Si celui-ci poursuit ses aventures, c’est bien parce qu’il a su passer à travers des rudes épreuves mises sur son chemin.

Le monde réel, c’est ça : des efforts et de la persévérance, aucun tour de magie. 

Ne serait-il pas plus valorisant pour nos élèves de s’identifier comme un aventurier plutôt que comme la pauvre princesse qui crie à son sauveteur attendant de voir sa note bonifiée de deux pauvres pour cent ? 

Bertrand Tremblay
La région ouvre ses bras

Chroniques

La région ouvre ses bras

Chronique / Vous vous souvenez de cet autobus qui roulait sur la scène, au dernier tableau des Aventures d’un Flo ? Une image déprimante qui symbolisait, voilà une décennie, le départ de jeunes Bleuets pour la métropole où ils espéraient trouver un emploi. Cette production de Michel Marc Bouchard et de Serge Denoncourt remplaça La Fabuleuse histoire d’un royaume durant quatre ans. Contrairement à l’intention de ses auteurs, elle s’avéra une opération masochiste dont les effets paralysent encore notre développement.

Les 350 participants au Colloque Action économique, une initiative du député démissionnaire Alexandre Cloutier, auraient bien voulu instruire nos exilés d’hier que la mondialisation a modifié notre économie. Un pan complet de l’industrie forestière s’est effondré à l’arrivée du numérique et Rio Tinto Aluminium a ajusté sa production à la concurrence de nouvelles puissances économiques, dont la Chine évidemment. 

La relève

Certes, la grande industrie n’éprouvera jamais d’ennuis de recrutement. Quand elle fait appel à une main-d’œuvre aux qualités appropriées pour un nouveau développement, les candidats se pressent par milliers. Ce sont ces emplois bien rémunérés et stables que les jeunes ne trouvaient plus ici au début du deuxième millénaire.

Ils ont oublié les PME vigoureuses qui ont pris la relève et exportent leurs produits partout sur la planète. Les possibilités d’un meilleur avenir se multiplient, mais les aspirants ont disparu. « Faites confiance à l’entrepreneurship régional. Revenez.... » auraient insisté les bâtisseurs regroupés à Alma jeudi dernier à ces jeunes si précieux qui allaient enrichir la métropole de leur compétence et de leur puissance de travail dans Les aventures d’un Flo. 

Robert Bouchard

C’est en atténuant un mouvement d’impatience où la colère n’était pas absente que Robert Bouchard, le PDG de Béton préfabrique du Lac, a lancé un appel à la main-d’œuvre encore disponible lors de ce rassemblement. « On a investi 25 millions $ dans nos usines situées hors de la région, mais pas un sou ici parce que les travailleurs compétents dont nous avons un urgent besoin sont absents. »

Il a même fait appel aux Haïtiens logés en catastrophe, l’été dernier, au Stade olympique. Ses besoins se limitaient à une trentaine de journaliers. La bureaucratie s’en est mêlée en opposant des problèmes d’intégration et même, insulte suprême, de racisme. 

L’État projette ainsi une très mauvaise perception de l’attitude des Québécois, du moins ceux de notre région, à l’endroit de l’immigration. Reconnaissons-le, l’UQAC n’aurait jamais connu l’épanouissement qui fait notre fierté sans la participation de gens d’ailleurs, dotés d’une formation souvent exceptionnelle. Pensons aux Guy Collin, Adam Nagy, Masoud Farzaneh, Mustapha Fahmi, Laszlo Kiss... En vérité, ils sont légion dans l’histoire de notre université.

Action économique voudrait une implication plus vigoureuse de nos politiciens dans l’exploration de graves problèmes comme la pénurie de la main-d’œuvre. Personnellement, je m’étonne également de leur discrétion durant la présente campagne électorale. À croire que l’élection du premier octobre prochain ne s’adresse qu’aux électeurs de Montréal et de Québec. On assiste à la surenchère habituelle entre nos deux grands centres... Les milliards $ coulent dans la besace des promesses faites aux maires Plante et Labeaume pendant que le gouvernement vient nous annoncer le gel, durant deux ans, des travaux de l’autoroute de l’Aluminium et de la restauration du pont Dubuc. Avez-vous entendu une seule protestation de nos leaders politiques ?

Il faut aider les hommes aussi

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Il faut aider les hommes aussi

Les hommes sont des êtres humains qui ressentent les mêmes émotions que les femmes, mais ces émotions sont moins verbalisées. Nous savons que la détresse chez les hommes est en augmentation et en même temps on voit une dévalorisation de la demande d’aide. Chez les hommes, la demande d’aide lors de difficultés importantes arrive trop souvent très tard. On sait que lorsque la détresse n’est pas diagnostiquée et traitée, elle augmente significativement le risque d’apparition d’idées suicidaires.

Andrée Verreault 

Les hommes cumulent plusieurs facteurs de risque. Par exemple, ils sont plus nombreux que les femmes à rapporter qu’ils ont un niveau de soutien social faible. Ils sont deux fois plus nombreux que les femmes à reconnaître n’avoir aucun confident. De plus, les hommes seraient moins nombreux que les femmes à consulter en cas de difficultés. Quand ils consentent à demander de l’aide, ils la veulent tout de suite, sans attendre. Cette demande d’aide est souvent analysée sous la forme d’un agir (impulsivité, colère). On les croit agressifs et non souffrants. 

En 2018, des standards qui sont encore trop souvent présents.

L’homme doit avoir :

La capacité de sacrifier ses besoins et désirs personnels pour nourrir les membres de sa famille ;

La capacité d’endurer la douleur et les épreuves pour protéger ses proches ;

L’expression d’amour en posant des gestes pour les autres. Ex. : prouver l’amour au lieu de le dire ;

L’intégrité, la résolution et la loyauté face à des engagements ;

L’empressement à prendre des risques et à rester calme face au danger ;

La tendance à être centré sur l’action et le faire (l’agir).

Il ne devrait pas :

Lâcher tant qu’il n’a pas réussi à résoudre un problème ;

Pour un homme, la tâche est immense, il n’y a pas beaucoup de place pour l’expression de la souffrance. Chez les hommes, elle doit d’abord être approuvée, validée, autorisée, il faut qu’elle devienne comme socialement acceptable.

Les hommes consultent de la même manière qu’ils vont au garage pour le remplacement d’une pièce mécanique défectueuse.

En conclusion, nous croyons que cinq types de facteurs peuvent faciliter la demande d’aide des hommes : 

1) Une socialisation qui leur permettrait de demander de l’aide sans qu’ils se discréditent.

2) Une plus grande accessibilité des services d’aide. 

3) Un accueil tenant compte de leur réalité. 

4) Un organisme visible et accessible dont la culture interne est sensible aux besoins des hommes.

5) Une proposition de services clairement définie et destinée spécifiquement aux hommes.

Les hommes en difficulté doivent se sentir respectés, mieux compris et accueillis dans leur différence. 

Cet accueil sur mesure peut alors constituer la première étape d’un processus de reconstruction qui nécessite tout d’abord la réconciliation de l’homme avec lui-même. 

Aide et entraide 

Le centre de prévention du suicide 02 est l’un des organismes qui offrent des services spécifiques aux hommes et soutient un programme d’aide fait pour eux. 

Transition/Trajectoire en est un exemple, c’est un groupe d’entraide pour hommes âgés de 18 ans et plus, qui vivent des périodes difficiles (séparation, perte d’emploi, etc.) et qui cherchent des moyens pour s’en sortir. 

Nous invitons les hommes à miser sur l’entraide en se joignant à un groupe. Pour plus d’information, communiquez au 418 820-1433. « Demander de l’aide… c’est fort ! »


C’est d’une vie dont on parle

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C’est d’une vie dont on parle

Je savais bien qu’un de ces matins, j’aurais mon premier pincement au cœur en regardant les nouvelles. Depuis ma retraite en décembre dernier, je continue de m’informer sur notre monde, spécialement à l’échelle régionale. Lorsque j’étais sergent aux communications pour la Sûreté, je regardais les nouvelles, histoire de savoir quels étaient les sujets susceptibles de toucher l’organisation. J’ai donc gardé cette bonne habitude. Que voulez-vous, on ne peut pas sortir 29 ans de métier d’un homme en quelques semaines. Alors voilà que ce matin, on parle d’un homme barricadé qui semble désorganisé.

Jean Tremblay

Déjà, je vois le film dans ma tête : l’intervention du départ, l’appel de mon patron, la fébrilité du début… mais j’y reviendrai.

Les policiers, bien qu’ils fassent partie d’un métier non traditionnel, sont tout de même des travailleurs. Ils ont donc, comme leurs concitoyens, des routines. Il y a de ces matins où le moteur tarde à se réchauffer, si je peux dire. Eux aussi ont des enfants et des horaires à respecter pour les garderies et les activités des plus vieux. 

Pour les gens en communication comme moi, la routine était de vérifier les dossiers de la nuit, m’occuper du « round-up » matinal des journalistes. Toujours intéressant, mais avouons-le, pas toujours très excitant.

Quand je parle de fébrilité du début, je parle surtout de la situation qui nous sort de notre routine et non du désarroi que l’individu peut ressentir.

Revenons donc à l’événement de cette semaine. Que se passe-t-il lorsque ce type d’intervention survient ? 

D’abord, on quitte le bureau avec en tête notre stratégie. Dans mon cas, je préparais mes lignes de communication. Arrivés sur les lieux, nos médias me faisaient leurs demandes en fonction de leurs heures de tombée. Quant à moi, j’étais en constante communication avec le chef de PC (poste de commandement). 

L’autobus est équipé des mêmes ondes et caractéristiques de sécurité de transmission de données requises pour les services de police. Niveau de sécurité oblige. Pour le reste, il y a une salle d’interrogatoire, une salle de rencontre et, bien sûr, quelques téléviseurs.

Arrive la première rencontre avec les enquêteurs et le chef de PC. On espère toujours que ce dernier est promédias, car en cas contraire, c’est un peu plus difficile. Mais généralement, ça va bien.

Maintenant qu’on est sur place, on fait quoi ? Essentiellement, on attend le résultat des rencontres des enquêteurs avec les témoins, les parents, les proches. Nous cherchons à savoir à quel genre d’individu on a affaire. Est-il dangereux pour la population, pour lui-même ? A-t-il des armes ? Risque-t-il de s’en servir ? Il faut établir le profil de l’individu. Par la suite, le chef de PC détermine la bonne stratégie à employer. 

Il faut garder en tête que l’important à dire à nos concitoyens, c’est que la situation est sous contrôle. N’oublions pas non plus que la famille n’est pas loin et que pour elle, c’est une situation très émotive. Souvent, pour ne pas dire tout le temps, les gens en crise ou en détresse ont consommé de l’alcool, des stupéfiants, des médicaments, ou les trois. Le temps joue donc en notre faveur. Le but est de sauver l’individu.

Bien sûr, il a créé sa situation ; bien sûr, les gens disent que ça coûte cher, mais ce n’est pas une raison pour faire du « rentre-dedans » et risquer la vie des gens impliqués. N’oublions pas que c’est d’une vie dont on parle ici et non d’un film d’action. Pour les policiers, une reddition sans intervention musclée, sans tir, est une réussite à 100 %. C’est ça notre travail.

Il y en aura toujours pour dire ou écrire sur les réseaux sociaux des propos très durs, incitant à la violence. Mais réfléchissons de façon intelligente, svp.

D’ailleurs, sachez qu’il y a des fonds spéciaux pour ce genre d’événement au même titre que pour les inondations et autres incidents hors du commun.

De plus, l’individu en crise sera pris en charge par nos services de santé et autres. Sous peu, avec de bons soins et un brin de bonne volonté, il pourra redevenir un actif pour la société. 

Et il pourra surtout continuer sa vie avec ses parents et ses enfants.

Pendant ce temps au Québec

Carrefour des lecteurs

Pendant ce temps au Québec

Pendant que les citoyens de Laterrière se mobilisent contre une hausse de taxe à Saguenay, au sud, l’ensemble des villes de la vallée du Saint-Laurent-Québec croissent à vu d’œil. Les villes de Québec, Victoriaville, Drummundville, Granby, Terrebonne, Lévis, Saint-Georges, etc. voient leur population croître sans cesse, tandis qu’ici, à Saguenay, la population stagne et diminue depuis les années 1990.

Pendant que le conseil municipal est le théâtre de débats individualistes et sans profondeur, des centaines de jeunes d’ici quittent la région chaque année, en quête d’un milieu prospère, moderne et où il est possible de s’exprimer.

Bertrand Tremblay
L’académie de la LNH

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L’académie de la LNH

Décidément, les Saguenéens aiment les défis. Le hasard leur en avait imposé un considérable en séries éliminatoires, l’année dernière, en les opposant, en demi-finale, aux Sea Dogs de Saint John, la puissance dominante à l’époque. Ils s’étaient finalement inclinés en six parties après avoir donné la frousse à leurs rivaux dans la dernière rencontre jouée devant une salle comble au Centre Georges-Vézina.

Ce sera encore plus difficile, cette année, car ils ont dû sacrifier, à la dernière période de transactions au tournant des Fêtes, leurs deux grandes vedettes, le défenseur Olivier Galipeau et l’attaquant German Rubtsov, pour assurer un meilleur avenir. On ne constatera qu’à l’automne prochain l’efficacité des changements et la valeur des nouveaux choix de repêchage.

Le cycle annuel

C’est ainsi que tourne le hockey junior majeur. Chaque saison ouvre un cycle dans lequel les équipes s’insèrent avec l’espoir de se retrouver dans le peloton de tête. École de la LNH, le junior majeur attire des joueurs dont l’objectif ultime est d’atteindre le statut professionnel et ses millions $. Une infime minorité y accède. La compétition est féroce, car elle est internationale. Les équipes recrutent les meilleurs candidats accessibles, partout en Amérique du Nord évidemment, mais aussi ailleurs, en Russie et chez les pays scandinaves. La région est particulièrement fière de la réussite de nos derniers surdoués, David Desharnais (Rangers), Charles Hudon (Canadien), Nicolas Roy (Hurricanes) et Samuel Girard (Predators).

Les dynasties sont rares au junior majeur, mais elles existent. Les Royals de Cornwall, seule équipe ontarienne à avoir adhéré à la LHJMQ, ont remporté trois fois la Coupe Memorial, soit en 1972, 1980 et 1981. Même s’ils ont échoué à leur participation au championnat canadien, les Saguenéens ont connu leurs saisons de gloire. L’une des plus mémorables se déroula en 1979-80 quand Guy Carbonneau enregistra 182 points et le défenseur Gilbert Delorme, 111 points.

Centre Georges-Vézina

Les partisans rêvent d’un retour à des formations dominantes animées par de futures vedettes de la LNH. La saison qui s’achève fut surtout marquée par un grand questionnement sur les déficiences du vieux Centre Georges-Vézina. Après l’alerte lancée par une firme d’ingénieurs sur l’état inquiétant de la toiture, l’organisation des Marquis de Jonquière a généreusement logé les Saguenéens pendant que l’autorité municipale consacrait le demi-million $ nécessaire à une réparation suffisamment complète pour assurer l’utilisation de la glace olympique durant quelques décennies encore. Comme si son constructeur J.-R. Théberge avait appliqué les secrets de la longévité des grands bâtiments de la Rome antique. 

La mairesse Josée Néron s’est montrée néanmoins favorable à un nouvel amphithéâtre avec une glace aux dimensions du hockey nord-américain. Mais elle n’a pas voulu, comme son collègue de Québec, profiter de la circonstance favorable d’une campagne électorale pour engager l’État. Elle mijote plutôt le projet d’un nouveau domicile pour les Saguenéens avec une autogare de 700 places dans l’ancienne zone ferroviaire, au centre-ville de Chicoutimi. À la condition évidemment d’une participation financière des gouvernements supérieurs au financement estimé à quelque 70 millions $.

C’est la vision d’une ville qui poursuit sa mutation entreprise en 2002, dans un cheminement à nouveau investi par une démocratie authentique. Dans l’immédiat, les Saguenéens poursuivront leur carrière dans le plus édifiant musée du hockey junior nord-américain.

Un défi de tous les jours

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Un défi de tous les jours

TRIBUNE / Moins de fruits et légumes chez les adultes et davantage de malbouffe chez les jeunes : le portrait du Saguenay-Lac-Saint-Jean en matière d’alimentation est inquiétant. La professeure Patricia Blackburn de l’UQAC s'exprime sur le sujet.

Il est bien connu, ce que nous mangeons affecte notre santé. Récemment, le CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean rendait disponible un portrait des habitudes alimentaires de la population régionale. Dans ce rapport, on mentionne que 44 % des adolescents s’alimentent une à deux fois par semaine dans un établissement de restauration rapide tandis que 35 % des jeunes de 15 à 24 ans consomment au moins une boisson sucrée par jour. Ces données sont inquiétantes surtout lorsqu’on connaît l’impact néfaste de la malbouffe et des boissons sucrées sur le risque d’obésité, de diabète de type 2 et de maladies cardiovasculaires. Dans ce rapport, on mentionne également que près de 70 % des élèves du secondaire déclarent ne pas consommer tous les jours le nombre de portions recommandées de légumes et de fruits, ce qui les expose à une augmentation du risque de développer des maladies chroniques à l’adolescence ainsi qu’à l’âge adulte.

L’adoption et le maintien d’une saine alimentation représentent un défi de tous les jours. En effet, les choix alimentaires les plus faciles et les plus accessibles sont souvent des aliments transformés et des boissons sucrées à faible valeur nutritive. Bien que les parents aient un rôle important à jouer dans l’acquisition des habitudes alimentaires de leurs enfants, l’amélioration de la santé des jeunes nécessite des interventions sur plusieurs fronts. À cet effet, un nombre important d’études ont illustré l’impact délétère de l’environnement sur les habitudes alimentaires. Récemment, je lisais qu’à cause de l’environnement « obésogène » dans lequel nous évoluons, même les approches individuelles les plus sophistiquées pour favoriser la prise en charge de l’obésité avaient peu de chances de réussir. C’est dire à quel point notre environnement peut influencer nos choix alimentaires ainsi que nos habitudes de vie ! Il s’avère donc essentiel d’intervenir auprès de l’environnement bâti et de l’aménagement du territoire pour les rendre sains et ainsi faciliter des choix favorables à la santé des jeunes.

Puisque l’école représente le deuxième milieu de vie des jeunes, il s’agit d’un lieu privilégié pour favoriser l’acquisition de saines habitudes alimentaires. 

Parmi les mesures qui peuvent être mises en place figurent des cours de cuisine. Ces cours favorisent l’acquisition de compétences et de connaissances nutritionnelles qui représentent des facteurs importants en prévention de l’obésité. En effet, il est clairement démontré que les jeunes qui ont développé des compétences alimentaires et qui cuisinent régulièrement ont une alimentation plus variée, consomment plus de légumes et de fruits et atteignent davantage les recommandations nutritionnelles. 

L’aménagement de jardins éducatifs scolaires est aussi une solution à envisager puisqu’ils sont efficaces pour aider les jeunes à augmenter leur consommation de légumes et de fruits ainsi que leurs connaissances alimentaires. 

Il est également nécessaire que la malbouffe disparaisse de l’offre alimentaire des écoles. Les études suggèrent d’ailleurs qu’une telle mesure a un effet positif sur la santé des élèves. L’école devrait prévoir une offre alimentaire de qualité qui favorise la consommation de légumes et de fruits ou encore, mettre en place un bar à crudités accessible à faible coût. 

La proximité des restaurants-minute des écoles peut aussi contribuer à accroître la proportion de jeunes qui consomment de la malbouffe. Il serait donc envisageable de modifier les règlements de zonage afin de limiter leur implantation près des écoles.

En conclusion, de nombreux facteurs influencent notre capacité à avoir un régime alimentaire sain et équilibré et il faudra travailler sur plusieurs fronts afin d’améliorer de façon durable la santé de nos jeunes. Malheureusement, la bataille est loin d’être gagnée… Je demeure toutefois convaincue que de veiller à la saine alimentation des jeunes représente une des actions des plus importantes que nous pouvons faire pour leur santé future !

Patricia Blackburn 

Professeure de l’UQAC

Éducation et prévention

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Éducation et prévention

TRIBUNE / Moins de fruits et légumes chez les adultes et davantage de malbouffe chez les jeunes : le portrait du Saguenay-Lac-Saint-Jean en matière d’alimentation est inquiétant. La nutritionniste-diététiste Malorie Munger, de l’entreprise NutriSimple, s'exprime sur le sujet.

Pourquoi est-ce plus difficile pour les résidants du Saguenay-Lac-Saint-Jean de bien s’alimenter ? Une grande question à laquelle je tenterai de répondre.

D’abord, il faut bien l’admettre, l’on n’a jamais autant entendu parler de saine alimentation. Toutefois, l’information juste est de plus en plus difficile à dégoter avec la multiplication des pages Facebook traitant de sport et d’alimentation gérées par n’importe qui ! Malgré l’abondance de conseils, le problème réside dans l’application de ceux-ci dans notre vie de tous les jours. Pas besoin de vous dire de consommer davantage de fruits et légumes ou de manger moins de sucre… Vous le savez déjà ! 

La vie va de plus en plus vite, et ce, au détriment de notre santé. S’il n’y a rien de planifié pour le souper, le combo poulet et frites ou l’éternelle pizza restent des choix que plusieurs familles feront. Prendre un moment durant le week-end pour planifier les repas de la semaine ou cuisiner 2 ou 3 fois par semaine tout en multipliant les recettes sont des solutions qui sont certes simples à appliquer, mais qui demande un temps précieux que peu de gens vont réellement prendre ! 

La productivité est une valeur tellement prônée par la société qu’on en oublie parfois nos priorités. Votre santé vaut-elle vraiment moins que quelques heures supplémentaires au bureau ou qu’un énième court de piano pour le plus jeune ? 

On ne sait plus à qui ou à quoi faire porter le chapeau pour ces habitudes alimentaires déficientes. Dans les dernières années, on a jeté la pierre aux boissons sucrées, à l’offre alimentaire des cafétérias, aux restaurants de restauration rapide trop près des écoles, au gras, au sucre, etc. Toutefois, n’oublions pas que tout résulte de l’éducation et de l’information reçues. Si l’on considère le jus de fruits comme une portion de fruits et légumes, c’est en partie dû au Guide alimentaire canadien, l’outil le plus utilisé dans les écoles pour la promotion de la saine alimentation. On sait très bien que les jus n’apportent aucune fibre alimentaire et sont en quelque sorte des calories vides, et ce, même s’ils sont 100 % purs. Il était grand temps que ce guide soit révisé pour offrir de l’information beaucoup plus pertinente que le nombre de portions dont chaque individu a besoin, information qui est si approximative qu’on ne peut réellement s’y fier ! 

La réalité socioéconomique de la région est certainement une partie de la réponse à cette grande question ! Les gens qui souffrent d’insécurité alimentaire sont plus vulnérables que les autres en ce qui concerne les saines habitudes de vie. Un exemple tout à fait criant est la différence de prix entre les fruits et légumes et les aliments à faible valeur nutritive comme les croustilles ! Encore ici, c’est partiellement une question de choix, les protéines végétales telles le tofu ou les légumineuses sont tellement plus abordables que la viande, mais encore faut-il ouvrir nos horizons pour essayer de nouvelles choses. Faire l’épicerie à moindre coût c’est possible lorsqu’on sait cuisiner, mais ces compétences sont-elles présentes au sein de notre population ? 

Le manque de variété et d’accessibilité aux produits santé est un autre facteur à considérer. Les grandes villes ont accès à des fruiteries où les articles sont beaucoup moins dispendieux, des cours de cuisines, des supermarchés bio, etc. 

Les statistiques alarmantes qu’on a pu voir dans le précédent article du journal Le Quotidien font état d’un malheureux problème ! Couper toujours plus dans les services de santé afin de voir disparaître la portion prévention et investir uniquement dans la 2e et la 3e ligne, c’est oublier qu’il vaut toujours mieux prévenir que guérir ! M. le ministre connaît-il cette expression ou l’a-t-il volontairement oubliée ? Il semblerait que non puisqu’il injecte maintenant la somme de 80 millions $ en prévention. Mieux vaut tard que jamais.

Malorie Munger

Nutritionniste chez NutriSimple

Naître sans garantie

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Naître sans garantie

On associe souvent le mal de vivre à la période de l’adolescence. À tort ou à raison ? L’enseignante au niveau secondaire Chantal Potvin, s'exprime sur le sujet.

J’écris cette chronique en songeant à mon « p’tit frère » Éric. Avec le bout de l’orteil trempé dans ses 18 ans, arme en main, il a choisi la mort, laissant derrière lui des mamans, des papas, des sœurs, des frères et des amis en larmes. Quelque 20 ans plus tard, j’ai l’intime conviction qu’il opterait pour la vie s’il pouvait revenir en arrière.

Nous naissons sans garantie. Si nous étions des voitures ou des électroménagers, sans aucun doute retournerions-nous à l’usine pour modifier, ajouter ou supprimer quelques défaillances. Nous en aurions sûrement long à chialer auprès des « vendeurs ». Certains vont croire que je veux causer des problèmes de santé ou des ingratitudes de l’apparence physique. Or, je souhaite simplement m’exprimer sur la reconnaissance de l’importance de la vie.

Un concept fondamental

Les mots semblent compliqués ? RECONNAISSANCE + IMPORTANCE… Pas tant ! Je m’explique… 

En fait, le plus beau moment de mon existence s’est passé le 29 janvier 2002, alors que je savais que je vivais peut-être mes dernières heures. 

Devenue aveugle, une tumeur grosse comme une balle de golf devait être urgemment extraite de mon cerveau. 

Pourquoi le dépeins-je comme un si beau moment ? Oh ! Sur le coup, enragée comme dix, en rédigeant les principales lignes de mon testament, j’étais persuadée que la vie avait été bien ingrate et que mon destin aurait pu tourner autrement. Or, aujourd’hui, j’ai la chance d’avancer avec ce que les humains devraient tous posséder et je le répète, c’est la reconnaissance de l’importance de la vie qui est le précieux trésor qui nous est offert. Toutefois, une grande majorité des jeunes (et des moins jeunes aussi) ne le comprennent malheureusement pas !

L’épée de Damoclès 

Selon moi, il est plus dangereux d’évoluer sur la Terre en étant jeune que de vivre plus âgé, et peut-être plus malade, avec la sagesse acquise suite au passage obligé des ans et des mésaventures. Les jeunes peuvent se « taper » toutes les plus téméraires actions pour devenir des héros. Souvent, rien ne les arrête ! Ils sniffent des peanuts qui sont fabriquées avec de la mort-aux-rats et de la vitre en poudre, avalent des substances et des alcools plus toxiques que du Drano, signent des pactes de suicide, plongent d’un quai ou dans une rivière alors que des dizaines de pancartes avertissent pourtant des dangers, se tirent une balle ou se pendent, car unetelle ou untel les a quittés, roulent avec des machines comme s’il s’agissait de fusées décollant pour Mars… Une vieille religieuse m’a déjà lancé : « Si l’âge de votre enfant contient le son ZE, c’est l’enfer dans sa tête et dans votre vie en l’occurrence. »

Le sens du mot aveugle

Avant que l’excellent neurochirurgien, Hans McLelland, ne me rende la vie et la vue, je n’étais pas seulement aveugle dans le sens littéral du mot. J’étais aveugle dans mes intérêts, dans mes amours, dans mes gestes. Je ne m’arrêtais pas pour observer les nuages, pour bercer un enfant en lui fredonnant de jolis mots, pour humer un jasmin ou siroter un délicieux verre de vin. Je ne goûtais pas à mes plus suaves émotions. 

Il est là l’héroïsme pur : il est dans la capacité, la sagesse et la sérénité de saisir le moment présent et de le croquer comme une pomme pendant que la saison est belle. Et ce que Molière a écrit, comme nous naissons sans garantie, nous devrions tous l’insérer dans notre code génétique dès notre naissance : « On ne meurt qu’une seule fois et c’est pour si longtemps. »

Chantal Potvin,

enseignante au niveau secondaire

Voir les jeunes d'un oeil positif

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Voir les jeunes d'un oeil positif

On associe souvent le mal de vivre à la période de l’adolescence. À tort ou à raison ? La cotitulaire de la chaire VISAJ et professeure au département des sciences humaines et sociales de l’UQAC, Marie-Christine Brault, s'exprime sur le sujet.

Associer adolescence et mal de vivre est plutôt commun. Depuis que l’idée de l’adolescence a émergé dans les familles bourgeoises au 18e siècle, puis reprise par la psychologie au début du 20e siècle, une charge négative y est associée. Bien que l’adolescence et la jeunesse constituent l’espoir du maintien, voire du renouvellement, de la société, elles sont en même temps identifiées comme une menace à l’ordre social. Irresponsabilité, apathie, délinquance sont souvent utilisées pour décrire cette période de vie au contour flou située entre l’enfance et l’âge adulte. Plus récemment, les problèmes de santé mentale des adolescents sont de plus en plus mis de l’avant et tendent à proposer une vision de l’adolescence déprimée, anxieuse, où le mal-être l’emporte. Ces idées sont sans aucun doute renforcées par la place prépondérante que prend la santé dans notre société actuelle, par l’intervention de la médecine sur plusieurs aspects de nos vies et l’utilisation répandue des médicaments psychotropes, par les taux élevés de suicide (2e cause de décès chez les moins de 17 ans (INSPQ, 2017)) et l’augmentation de certains problèmes de santé mentale, dont l’anxiété. N’oublions pas que les jeunes ne vivent pas en vase clos : leur environnement social, comme la famille et les amis, a une importance capitale sur leur vie et leur bien-être.

Le mal de vivre n’est pas le propre de l’adolescence. Le mal de vivre s’est développé dans les sociétés contemporaines, individualistes, où, comme l’a écrit Alain Ehrenberg dans la Fatigue d’être soi, la responsabilité, l’initiative et l’autonomie sont des valeurs suprêmes qui pèsent lourd sur les individus. Alors ne parler que de l’adolescence et du mal de vivre ne serait pas rendre justice à ce stade de vie. Oui, les jeunes vivent des bouleversements hormonaux, corporels, psychologiques, sociaux et relationnels durant cette période. Ils sont en pleine appropriation identitaire, ils testent les limites, développent leur autonomie, ils sont en transition vers la vie adulte, qui soit dit en passant ne cesse de s’éloigner, on parle désormais de postadolescence… Insistons toutefois sur le fait que la grande majorité des adolescents vont bien et sont heureux. Selon des données de Statistique Canada, en 2012, près du 3/4 des jeunes de 15 à 24 ans jugent leur santé mentale comme très bonne ou excellente et 97 % sont satisfaits ou très satisfaits de leur vie. Alors, pourquoi ne pas aborder plutôt la question de l’épanouissement à l’adolescence ?

Sans nier les problèmes ni leur gravité, gardons en tête que l’adolescence est une période positive. De plus en plus d’études tentent justement de mieux comprendre le bien-être des jeunes et de mettre de l’avant leurs caractéristiques positives. Je regarde autour de moi, je vous invite à faire de même. Les adolescents que je vois sont drôles, touchants, débrouillards, résilients, créatifs, réactifs, enthousiastes, capables, empathiques, certes aussi parfois gênés, peu (ou trop) sûrs d’eux, parfois insolents, fougueux et arrogants, mais ils vont bien et valent la peine qu’on en parle positivement. Envisager l’adolescence du point de vue de ses forces nous permettra d’apprécier davantage les jeunes, d’entrer en contact avec eux sans en avoir peur et éventuellement d’améliorer leur bien-être. Les intégrer davantage, arrêter de les confiner dans des espaces bien délimités, comme les sous-sols des bungalows, et à des rôles de second plan, nous permettrait de pouvoir profiter de leurs ressources, de leur énergie, de leurs idées nouvelles. Les intégrer davantage nous permettrait également de mieux comprendre leurs préoccupations et faire en sorte qu’ils se sentent davantage écoutés. 

À mon sens, au lieu de mettre l’accent sur le mal de vivre des adolescents, on devrait plutôt se préoccuper des inégalités sociales qui les touchent. À l’heure actuelle, les adolescents québécois ne possèdent pas tous les mêmes chances face à l’éducation, la santé et au bien-être… mais ça c’est l’histoire d’une autre chronique !

Marie-Christine Brault,

cotitulaire de la chaire VISAJ et professeure au département des sciences humaines et sociales de l’UQAC

Claude Villeneuve
Inventer la ville  du futur

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Inventer la ville du futur

À l’occasion du neuvième Forum urbain mondial qui s’est terminé le 13 février à Kuala Lumpur en Malaisie, le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) a lancé un rapport qui donne les grandes lignes de la ville du futur. Le sujet est déterminant pour offrir un avenir viable pour l’humanité. En effet, en termes de consommation de ressources et de pollution de l’environnement, le poids des villes doit cesser d’augmenter si on veut s’assurer de la qualité de vie de leurs habitants.

Quelques chiffres illustrent l’ampleur du défi. Aujourd’hui, 66 % de la population planétaire vit dans des villes, alors que c’était la moitié il y a dix ans. D’ici 2050, la population urbaine grandira plus vite que la population mondiale et les cités devront accueillir 2,5 milliards de nouveaux citoyens, la majorité venant des zones rurales. Il faudra les loger, les nourrir, leur fournir de l’eau potable, les chauffer, les éclairer, leur donner accès à la mobilité et traiter leurs déchets. Sans des politiques efficaces, la consommation de ressources des villes passera de 40 milliards de tonnes en 2010 à 90 milliards de tonnes en 2050. Bien sûr, la production de déchets, les émissions de gaz à effet de serre et d’autres polluants atmosphériques pourraient évoluer en parallèle. C’est un scénario cauchemardesque si l’aménagement des villes et leur gestion ne changent pas radicalement.

Heureusement, il y a des solutions dont le PNUE fait la promotion. Il est possible de stabiliser la consommation de ressources et d’énergie des villes à l’horizon 2050 malgré l’augmentation prévue de leur population. Il faut cependant agir sur plusieurs plans, au premier chef la mobilité, l’approvisionnement énergétique et la gestion circulaire des matériaux. Comme l’a déclaré le président exécutif du PNUE: « Nous pouvons dessiner un avenir meilleur pour les villes, où les gens peuvent marcher ou prendre leur vélo au lieu d’utiliser des voitures, où les déchets sont recyclés plutôt que brûlés ou enterrés, et où chacun peut avoir accès à une source d’énergie propre […]. On peut augmenter la productivité du système urbain par un facteur 10 ». Tout un programme !

En priorité, il faut cesser de construire les villes en fonction de l’automobile et favoriser le transport actif et collectif. Parmi les effets collatéraux, on obtient une amélioration de la santé cardio-vasculaire, une réduction de la mortalité et des blessures liées aux accidents de la circulation, une amélioration de la qualité de l’air et une réduction des émissions de gaz à effet de serre. 

On parle aussi d’un « métabolisme urbain circulaire » basé sur le recyclage local des ressources, l’efficacité énergétique, l’agriculture urbaine et le recyclage de l’eau qui permettrait de réduire de manière considérable les déchets enfouis ou brûlés. Naturellement, cela ne peut pas se faire sans la participation des citoyens par une consommation plus sobre et une éducation civique qui favorise les comportements responsables. Bien sûr, l’approvisionnement énergétique devrait faire place aux sources d’énergie renouvelable et au stockage d’énergie par divers moyens technologiques, dont les réseaux intelligents.

Rêves que tout cela ? Sans doute. Mais nous avons de nombreux exemples dans l’histoire de villes ou de quartiers pensés pour le futur. Par exemple, à Saguenay, le quartier Arvida imaginé au début du vingtième siècle présente encore aujourd’hui un intérêt certain puisqu’on veut l’inscrire au patrimoine mondial de l’UNESCO. Planifier les villes de demain en fonction du développement durable permettra d’éviter des problèmes. Mais il faut aussi faire évoluer les villes existantes, car il est rare qu’on puisse créer une ville à partir de rien. Souhaitons que le message du PNUE soit entendu.

Une odeur de populisme

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Une odeur de populisme

Le dossier des matières résiduelles a engendré un débat à Saguenay. L’éthicien Sébastien Lévesque se penche sur la question.

TRIBUNE / Contre toute attente, la consultation publique sur les modes de collecte des matières organiques a suscité de vives réactions, au point où (ou à cause de ?) l’équipe de KYK—Radio X a décidé de lancer une pétition pour s’opposer au scénario qui prévoit le ramassage des poubelles (le bac vert) une seule fois par mois. À priori, il est tout à fait compréhensible que cette option fasse sursauter de nombreux citoyens. Après tout, nous sommes habitués de voir les camions de vidange passer régulièrement et cela nous semble, à juste titre, un enjeu d’hygiène et de salubrité publique. Or, si l’on tient compte des statistiques sur les matières résiduelles produites, rien n’est plus faux que prétendre qu’à ce rythme, les citoyens rencontreraient des problèmes d’accumulation et d’odeurs. Dans les faits, plus de 53 % de ce que nous jetons est déjà constitué de matières organiques compostables qui pourraient aller directement dans le bac brun, contre seulement 20 % de déchets qui iraient toujours dans le bac vert (le 27 % restant étant quant à lui le recyclage que nous envoyons dans le bac bleu). Ces chiffres à l’appui, on comprend alors déjà mieux pourquoi ramasser les poubelles (le bac vert) une seule fois par mois pourrait s’avérer largement suffisant.

Pour en revenir à la pétition elle-même, on peut d’une certaine façon la saluer comme une forme d’initiative populaire ou d’appel à la vigilance citoyenne. Difficile d’être contre la vertu, comme on dit. Or, s’il faut évidemment valoriser et encourager la participation citoyenne, encore faut-il le faire avec les précautions qui s’imposent, à commencer par le souci de transmettre les bonnes informations qui permettront aux citoyens de se forger une opinion éclairée. Et à ce propos, je regrette que les initiateurs de cette pétition n’aient de toute évidence pas pris la peine de réfléchir plus longuement aux implications de leur démarche en tenant compte de l’intérêt public et des éclaircissements apportés par les intervenants lors de la première soirée de consultation. C’est d’autant plus déplorable qu’on parle ici d’une station de radio qui, à en croire ses cotes d’écoute, exerce une influence non négligeable sur l’opinion publique régionale. Cela dit, je ne remets aucunement en question le fait qu’à titre de radiodiffuseur privé, KYK—Radio X a tout à fait le droit d’adopter la ligne éditoriale de son choix. Seulement, on peut aussi considérer qu’il s’agit là d’un « privilège » qui vient avec certaines responsabilités.

Quant à la collecte des matières organiques, il convient de rappeler que sa finalité première est de rencontrer les objectifs du programme gouvernemental de réduction des déchets. Et dans ce domaine, il est un fait que Saguenay accuse déjà un certain retard par rapport à ce qui se fait ailleurs au Québec et dans de nombreuses villes européennes (parlez-en aux citoyens d’Hébertville !). Bref, plus que jamais, l’heure est à l’action et les citoyens devront malheureusement accepter de changer certaines de leurs habitudes. Dans ce contexte, plutôt qu’un débat public « animé », je suis d’avis que nous avons surtout besoin d’un leadership fort et positif axé sur l’éducation populaire et les solutions qui favoriseront le plus haut taux de participation possible. Autrement dit, si nous souhaitons véritablement atteindre nos objectifs de saine gestion des matières résiduelles, nous avons tout intérêt à travailler ensemble et faire en sorte de démystifier (et valoriser) le compostage.

Finalement, sans rien enlever aux vertus des consultations publiques et de la participation citoyenne, je crois qu’il faut cependant se méfier de la tentation du populisme. Pour être réellement constructifs, nos échanges se doivent avant tout d’être éclairés par les faits, non basés sur les émotions et les préjugés. 

Qui plus est, gardons à l’esprit que les meilleures solutions ne sont pas nécessairement les plus populaires, même en démocratie. Sébatien Lévesque

Consultation citoyenne

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Consultation citoyenne

Le dossier des matières résiduelles a engendré un débat à Saguenay. L’animateur Martin-Thomas Côté, de la station KYK — Radio X, se penche sur la question.

TRIBUNE / On s’est fait prendre au jeu. J’ai toujours critiqué cette obsession de la nouvelle administration de la « consultatite aiguë », comme je me plais à l’appeler, et voilà que par bonne volonté, la station de radio pour laquelle je travaille décide de s’impliquer elle aussi dans ce fameux processus de consultation citoyenne. Nul besoin de vous dire que nos détracteurs ont été non seulement surpris de la démarche, mais certains ont essayé de la discréditer. Pourtant, n’est-ce pas un outil démocratique simple, efficace et à la portée de tous, qu’une pétition dument signée par les citoyens de Saguenay ? 

La question était simple : souhaitez-vous vraiment voir votre poubelle verte ramassée une seule fois par mois ? 

Non, ce n’était pas contre le compostage, mais bien pour assurer un service à ceux qui, chaque année, paient des taxes. Or, je comprends les arguments du conseiller responsable de l’environnement à Saguenay, qui est un apôtre du compostage, Simon Olivier Côté. C’est ce même conseiller qui, cette semaine, nous expliquait qu’il pourrait se contenter d’une collecte des poubelles aux deux mois. Grand bien lui en fasse. Je comprends aussi que si l’on effectue notre compostage avec zèle et diligence, un ramassage des bacs verts au mois peut être suffisant. Cependant, je n’apprendrai à personne que la population n’est pas homogène. Le changement peut parfois faire peur. Je vous garantis que pour certains, la collecte une fois par mois sera l’enfer. Nous avons décidé d’user de notre pouvoir de citoyen et d’appuyer la solution des sacs et du bras mécanisé qui nous permettrait de conserver notre collecte aux deux semaines. Les poubelles au mois, c’est non !

Quelle ne fut pas ma surprise de constater qu’au lieu de défendre la collecte au mois ou encore de vanter les mérites du bac brun, plusieurs se sont offusqués de notre démarche, sans rien proposer en retour. 

« Ce n’est pas une véritable consultation citoyenne ! » « La question n’est pas assez claire ! » « Les gens signent sans avoir l’information ! » Toutes les raisons étaient bonnes pour jeter à la poubelle (sans jeux de mots) notre pétition en ligne. Quelle mauvaise foi ! 

On s’est cassé la tête à essayer de faire participer les gens de Saguenay, à les intéresser à leur milieu, aux décisions qui sont prises, à la vie politique de leur région, et, quand enfin ces derniers osent se manifester, participer, signer, ce n’est plus bon. Ils sont plusieurs à avoir dit que les résidents de Saguenay ne comprenaient rien à cet enjeu. Que de temps perdu alors qu’on aurait pu avoir un débat sur les deux options. J’attends toujours de savoir pourquoi le bac brun et la collecte au mois du bac vert sont plus pratiques pour le citoyen. Surtout lorsque le résultat pour le compost est le même. Nous, notre position est claire : on veut la solution qui bouscule le moins le quotidien du monde.

Ceux qui ont suivi le débat depuis le début ont eu l’occasion de lire d’excellents textes dans ce journal, mais ils ont pu aussi avoir accès au fonctionnaire responsable du développement durable à Saguenay en entrevue dans notre émission. Nous avons démocratisé le débat, en invitant les acteurs à venir informer la population. Le Quotidien, dans ses pages, a lui aussi contribué à étendre le débat.

Nous avons donné une voix à des gens qui n’ont pas habitude de se déplacer pour ce genre de consultation. Je cherche toujours le problème.

J’ai été sur la route jeudi après-midi, à la rencontre de centaines de personnes, pour pouvoir leur présenter les deux options sur la table. Croyez-moi, l’intérêt est réel pour le sujet. Et à ceux qui n’ont toujours pas compris l’engouement pour la pétition, c’est peut-être parce qu’avec le temps, vous avez perdu de vue la base.

La démocratie, la transparence, la gouvernance, oui, c’est important. Mais jamais ça ne touche autant les gens que les services pour lesquels ils paient. Les poubelles, ça touche tout le monde. 

Si on veut plus de démocratie à Saguenay, il faudra cesser de cracher sur les moyens qu’utilise la population pour se faire entendre. Lundi, nous déposerons cette pétition, car pendant toute la semaine, des centaines de personnes se sont intéressées aux choix de leurs élus. Martin-Thomas Côté

Sans eux, rien n'est possible

Tribune

Sans eux, rien n'est possible

La Traversée du lac Saint-Jean à vélo suscite de plus en plus d’engouement, en raison de sa démesure, mais aussi de ceux qui l’ont porté depuis toujours. Louis Potvin s’exprime sur cet événement qui se déroulait la semaine dernière.

TRIBUNE / La majorité des événements qui se déroulent dans la région ne se concrétiseraient pas sans l’aide et l’implication de précieux bénévoles. La Traversée du lac Saint-Jean à vélo en est l’exemple parfait.  

Depuis que je m’implique dans cette organisation, je suis subjugué par le dévouement de ces femmes et hommes qui ne ménagent pas les efforts pour permettre à des centaines de cyclistes de traverser le grand désert blanc en toute sécurité.

Cette année, nos bénévoles ont démontré qu’ils n’avaient pas peur de l’ouvrage et qu’ils pouvaient réaliser de petits miracles. Nous l’avons constaté le vendredi alors qu’une trentaine de participants s’apprêtaient à prendre le départ du Village sur glace de Roberval. À 8 h 30, nos motoneigistes bénévoles constatent que la crevasse du km 29 s’est agrandie et qu’il est impossible de passer à vélo. La faille a plus de 30 pieds. 

Que faire ? Panique… Oh non !

Notre directeur de course, le très calme François Potvin, ne s’énerve jamais, comme d’habitude, et nous avise du bogue. Il a déjà une solution. Dans le temps de le dire, il commande du bois et du contre-plaqué à Mistassini et convainc une dizaine de bénévoles de Péribonka de se rendre en plein milieu du lac pour fabriquer un pont. Il est 8 h 45, le départ est prévu pour 9 h 30. Nous décidons de retarder le départ de 30 minutes et avisons nos participants qu’il est possible qu’au 16e kilomètre, ils soient obligés de rebrousser chemin.

S’engage alors une véritable course contre la monte. Le matériel arrive, nos valeureux bénévoles munis de scies mécaniques, haches, marteaux et perceuses, construisent notre « pont Champlain ». Nous arrêtons les participants aux refuges du km16. Ils prennent un bouillon poulet, un café, mangent un peu en regardant l’immense beauté de ce désert blanc. Ils n’ont pas conscience de tout le travail qui se réalise afin qu’ils puissent réaliser leur défi. Du nombre, des Américains qui sont venus du New Hampshire « to cross the frozen lake ». Puis, après une trentaine de minutes d’attente, les aventuriers poursuivent leur périple en direction de Péribonka.

Les travaux s’activent et quelques minutes avant le passage du premier cycliste, le pont est complété. 

Je vous invite à aller voir sur la page Facebook de la Traversée des photos et des vidéos qui témoignent de cette précieuse collaboration.

Il fallait voir les sourires de satisfaction de nos bénévoles quand les cyclistes passaient sur le pont, les remerciaient et témoignaient de leur reconnaissance.

C’est ça la paye des bénévoles : la reconnaissance de leur travail. La prochaine fois que vous en croiserez un, n’hésitez pas à le remercier. Ils sont tellement précieux.

Chaque fois, ça me dépasse tant ces gens sont dévoués. La municipalité de Péribonka est un exemple à suivre. Pour une population de 500 âmes, 50 personnes se sont impliquées pour faire de la Traversée une réussite. Ça représente 10 % de la population. Cette communauté sait recevoir. En plus, elle s’implique financièrement pour que la Traversée se concrétise. Il faut aussi le dire ; sans l’aide financière des municipalités et de plus d’une quarantaine de partenaires, cet événement « vitrine » du Lac-Saint-Jean en hiver ne se réaliserait pas.

À Roberval aussi, les bénévoles sont nombreux. En plus de leur implication dans le Village sur glace, certains ne lésinent pas à donner quelques heures pour la Traversée. Il y a aussi les valeureux motoneigistes du club Passe-partout. Au total, ce sont plus de 100 bénévoles qui ont permis à 300 personnes de traverser le Piekuagami cette année et surtout, à vivre ce défi unique. 

Vous avez sûrement déjà vu la fameuse affiche sur laquelle il est inscrit : « Avant de critiquer un bénévole, assurez-vous d’être en mesure de pouvoir le remplacer ». À tous les bénévoles, peu importe votre implication, je tiens à souligner votre importance dans notre communauté. J’invite les gens qui n’osent pas ou prétextent qu’ils n’ont pas le temps de s’impliquer de le faire. Vous verrez, le plaisir croît avec l’usage.

Louis Potvin

Des projets de fou qui prennent vie

Tribune

Des projets de fou qui prennent vie

La Traversée du lac Saint-Jean à vélo suscite de plus en plus d’engouement, en raison de sa démesure, mais aussi de ceux qui l’ont porté depuis toujours. Éric Larouche s’exprime sur cet événement qui se déroulait la semaine dernière.

TRIBUNE / À maintes reprises, je me suis fait traiter de fou pour des projets ou idées que j’avais. Mon ami David Lecointre en avait toute une. Imaginez, traverser le lac Saint-Jean en fatbike. Ça prenait juste un Bleuet belge pour avoir cette idée. 

Pourquoi lui ? C’est juste que nous, dans la région, parfois on ne voit plus le côté attractif d’un produit qu’on a, et qu’on connaît depuis longtemps. Le lac Saint-Jean, c’est tout un produit, hiver comme été. Il faut juste savoir comment le développer, et ce, de la bonne façon. 

La Traversée du lac, j’en sais quelque chose pour l’avoir fait de quatre manières différentes (rame, raquettes, nage et fatbike) est définitivement une attraction. Le lac a un côté mythique qui attire les gens à relever le défi qu’il représente.

Pour ma première fois en fatbike, car c’est de cela qu’on parle, David m’a demandé d’en être le président d’honneur. Je vous l’avoue, ça ne me tentait pas. Je suis frileux de nature et l’hiver, je ne fais pas de fatbike, mais plutôt du ski de fond.

J’ai poigné la pire tempête qui pouvait arriver. Ça m’a pris moins de 5 heures pour le traverser. J’étais à bout, tu dis, mais quand même fier de l’avoir fait.

J’ai dit sur toutes les tribunes que c’était la dernière fois que je faisais cette traversée. Et j’en suis aujourd’hui à ma 3e expérience. Il n’y a que les fous qui ne changent pas d’idée, faut croire.

La première édition, 5 heures ; la deuxième, 1h58 ; puis la troisième, 1h41. Et vous savez quoi, j’aime ça ! Alors une fois par année, j’enfourche mon fatbike et je fais la Traversée.

Et je comprends très bien que le touriste international ait le goût de vivre cette aventure. Au début, nous étions une centaine de participants, et cette année, plus de 300 cyclistes sont venus relever ce défi. Sérieux, il faut capitaliser là-dessus.

Il faut prolonger le séjour pour ce beau monde, ajouter le ski de fond, faire un duathlon et avoir 1000 personnes ! Voilà ce qu’il faut faire. 

Des touristes qui restent plus longtemps, c’est payant. Et pourquoi pas, tant qu’à y être, une piste permanente de fatbike et une autre de ski de fond, qui relieraient plusieurs municipalités ? Roberval-Péribonka, Métabetchouan-Saint-Gédéon. Nous aurions des visiteurs tout l’hiver juste avec cela.

À la traversée du lac en vélo, je dis bravo et je félicite surtout les bénévoles. Sans eux, pas d’événement.

David, je te dis : tu es fou ! L’an prochain, aller-retour 64 kilomètres, possible. Mais 100 kilomètres, c’est trop.

Reste fou, mais pas con.

Éric Larouche

Un spectacle plus divertissant

Tribune

Un spectacle plus divertissant

Phil Desgagné est chroniqueur au Quotidien et ancien gouverneur des Saguenéens de Chicoutimi. Il abordera le sujet de la dimension des patinoires.

TRIBUNE / Aussitôt qu’on a parlé de déménager les Saguenéens au Palais des sports pour les raisons que l’on connaît, tout le monde a immédiatement évoqué les dimensions de patinoire : à Jonquière, 185 X 85, et au Centre Georges-Vézina, 200 X 100. C’est une différence importante, autant pour la longueur que sur le plan de la largeur. 

La zone neutre est beaucoup plus restreinte, mais je crois que l’ajustement le plus important sera dicté par la largeur. Or, ça ne sera pas nécessairement une première pour les Sags, car plusieurs amphithéâtres de la Ligue de hockey junior majeur du Québec ne respectent pas les standards du circuit, c’est-à-dire 200 X 85. 

On pense par exemple à Rouyn-Noranda (195 X 85), au Centre Marcel-Dionne de Drummondville (190 X 85), au Centre Air Creebec de Val-d’Or (195 X 85). Puis il y a évidemment le Centre Georges-Vézina, le seul à avoir une patinoire de dimensions olympiques.

L’entraîneur Yanick Jean dit toujours, en début de saison, qu’il faut une dizaine de parties aux joueurs afin qu’ils s’acclimatent à cette glace. 

La question que tous se posent est celle-ci : est-ce vraiment si différent pour les joueurs, qui devront maintenant jouer au Palais des Sports ? 

Je pense que c’est surtout au niveau des attaquants que des ajustements seront nécessaires. Une quinzaine de pieds d’espaces de moins sur la largeur, c’est toute une différence d’espace pour contourner les défenseurs adverses. 

Il faut également garder en tête que ces mêmes défenseurs auront la chance d’être plus physiques et ainsi, les petits attaquants des Saguenéens seront désavantagés. 

Ces derniers devront être plus productifs et donc, je crois que le jeu des Sags sera différent. Nos joueurs plus rapides, les Klima, Houde et Laplante, vont avoir moins d’espace en zone centrale pour arriver en grande vitesse devant les défenseurs de l’autre équipe. Nous devrons lancer plus souvent la rondelle en zone adverse et effectuer ce qu’on appelle de l’échec avant. 

L’autre aspect où les Sags devront s’ajuster rapidement est l’attaque à cinq. Nos joueurs utilisent beaucoup la largeur du Centre Georges-Vézina pour contrôler la rondelle en périphérie. Sur une patinoire plus petite, ils devront être plus présents devant le filet pour faire de l’obstruction systématique devant le gardien s’ils souhaitent obtenir des résultats. 

Il demeure que ce sont les spectateurs qui vont remarquer la plus importante différence. Ils auront droit à des affrontements beaucoup plus robustes. Ils seront également plus près de la patinoire, ce qui donnera une ambiance plus survoltée, qui sera ressentie par les joueurs sur la glace. 

Je crois surtout que l’effet de nouveauté leur donnera une énergie supplémentaire et, ne serait-ce que pour ça, la foule va apprécier davantage le spectacle. 

J’espère d’ailleurs qu’un jour, dans un Centre Georges-Vézina repensé, nous aurons une patinoire standard de 200 X 85 et la qualité de jeu qu’une telle glace peut offrir à l’assistance.

En attendant, bons matchs !

La fierté d'une région

Tribune

La fierté d'une région

Le Dr Stéphane Fortin a été responsable de l’équipe médicale aux Championnat canadien junior 2017 de patinage de vitesse et est administrateur du Centre Marc-Gagnon. Il se penche sur le sujet des dimensions de patinoires.

TRIBUNE / Le patinage de vitesse est de loin le sport où notre région est la plus performante ! Nos succès sont remarquables : quatre des 10 patineurs canadiens aux Olympiques de Pyeongchang sont originaires du Saguenay-Lac-Saint-Jean : Samuel Girard, Valérie Maltais, Marianne St-Gelais et Kasandra Bradette !

Notre tradition d’excellence en patinage de vitesse courte piste ne date pas d’hier : Frédéric Blackburn, Marc Gagnon, François-Louis Tremblay et Marie-Ève Drolet sont tous d’anciens médaillés olympiques.

Et la relève s’annonce tout aussi prometteuse : pendant que Vincent Girard et Claudia Gagnon s’envoleront bientôt vers Varsovie en Pologne pour les Championnats mondiaux juniors, d’autres excellents jeunes patineurs viseront des titres de champions québécois et canadiens en 2018, après nous avoir éblouis en remportant la bannière de la meilleure région aux Jeux du Québec à Alma il y a un an à peine.

Oui, nous pouvons être fiers de nos accomplissements : notre région est une véritable pépinière qui forme non seulement des champions, mais aussi une si belle jeunesse ! 

Car, au-delà des podiums et des médailles, nous sommes particulièrement fiers de la passion que nous transmettons à cette belle jeunesse ! Des jeunes souriants, enjoués et motivés de découvrir les valeurs du sport tels le dépassement de soi, la persévérance, la résilience face aux difficultés : c’est aussi cela le patinage de vitesse !

Cependant, ces succès incontestables ne sont pas le fruit du hasard. Des entraîneurs passionnés et compétents, des clubs structurés et organisés, un nombre d’heures d’entraînement sur glace adéquat et la présence indispensable d’une glace olympique sont autant d’éléments qui expliquent nos succès. 

Il n’y a que neuf glaces de dimensions olympiques au Québec et nous avons le privilège d’en posséder une ici, à Chicoutimi. Ceci est essentiel pour développer le plein potentiel des patineurs. Ce n’est pas un hasard si la Fédération de patinage de vitesse du Québec oblige tous ses patineurs de 14 ans et plus à compétitionner exclusivement sur des glaces de dimensions olympiques. Il s’agit d’une question de sécurité : la vitesse maximale atteinte en sortie de virage déporte les patineurs vers les matelas protecteurs recouvrant les bandes. Cette sécurité est compromise sur une glace de dimensions nord-américaines trop étroite : pas le temps de se protéger en cas de chute ! Parlez-en au club de La Baie qui a vu un des siens, 13 ans à peine, mais fort talentueux, se fracturer une vertèbre cervicale.

Depuis la fermeture du Centre Georges-Vézina, nous avons perdu notre seule glace olympique au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Et Matane, Rimouski (en construction), Lévis, Québec, Trois-Rivières, Drummondville, Sherbrooke, Montréal et Laval sont plutôt éloignées pour nous venir en aide.

Perdre l’accès à la glace olympique du Centre Georges-Vézina pour trois semaines est certes un problème majeur pour le patinage de vitesse. S’il fallait la perdre à jamais, les conséquences seraient catastrophiques pour tous les athlètes de la région, obligeant plusieurs à s’exiler hors de la région pour poursuivre leur développement, et privant par le fait même les autres et les plus jeunes de leurs leaders et entraîneurs.

Tous nos élus, tant municipaux, que provinciaux et fédéraux, ainsi que la population, doivent comprendre l’importance de cette glace olympique et tout mettre en œuvre pour la maintenir. Sans celle-ci, le patinage de vitesse tel qu’on le connaît serait appelé à disparaître du paysage de notre « Royaume ».

Se propulser au 21e siècle

Chroniques

Se propulser au 21e siècle

Chronique / Le premier ministre, Philippe Couillard, a récemment dévoilé une nouvelle initiative pour soutenir l’essor de l’innovation et des nouvelles technologies ; deux éléments qui influencent la prospérité des sociétés. La stratégie donnera naissance à 18 pôles, définis par chacune des régions. Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, le concept de hub a été retenu pour orienter le développement du pôle. Il s’agit d’un choix judicieux puisqu’il bénéficiera d’une culture de collaboration établie, tout en étant adapté aux impératifs du 21e siècle.

Un hub – concentrateur en français – est un lieu d’interconnexion. En informatique, il permet de relier divers appareils. À sa plus simple expression : un ordinateur à une imprimante, par exemple. Évidemment, afin de transposer ce qui est à l’écran sur papier.

Lorsqu’il est question d’innovation, un hub connecte des individus et des organisations. Afin de stimuler l’émergence et la mise en œuvre de nouvelles idées, de procédés, de pratiques. S’il existe des modèles de créativité et d’innovation individuels, il est reconnu que ces aptitudes complexes – qui sont au cœur d’une société du savoir – gagnent en force dans des contextes collectifs.

Un ancêtre bien connu du hub est la salle à café d’une organisation. On s’y rencontre à la pause, dans un contexte différent des tâches précises qu’on accomplit et, sans réinventer le monde, on s’étonne parfois des bonnes idées avec lesquelles on en repart. En outre, nombre de techniques plus systématiques sont mises en place pour stimuler le changement au sein d’une organisation.

Il existe des hubs sectoriels, plus avancés que la seule concertation, qui réunissent des acteurs différents d’un même secteur d’activité. Ici, on est convaincu que la complémentarité des points de vue et des savoirs permet de développer des solutions plus viables, mieux adaptées au secteur concerné. Notre région possède un vaste historique de ce type de partenariats. Les exemples étant nombreux, je n’en citerai que trois impliquant l’UQAC. Ce fut le cas du Consortium sur la forêt boréale commerciale et du CONSOREM, qui ont réuni les chercheurs en foresterie et ceux préoccupés par l’exploration minérale et l’ensemble des industriels du secteur. Il en est de même pour le Consortium régional de recherche en éducation, qui réunit les chercheurs en éducation ainsi que les commissions scolaires et les cégeps pour développer de nouvelles pratiques d’enseignement favorisant la réussite scolaire.

Un hub tel que celui du Saguenay-Lac-Saint-Jean envisage la collaboration à un autre niveau. Un niveau qui, a priori, peut sembler intangible et nécessiter un acte de foi pour s’y engager. Or, quand on sait que 60 % des jeunes qui entrent à l’école aujourd’hui occuperont un emploi qui n’existe pas, et qu’on constate la transformation en profondeur que les technologies numériques entraînent dans plusieurs secteurs (pensons seulement au commerce en ligne), cela requiert la mise à l’essai de nouveaux modèles.

En plus du numérique qui est devenu incontournable, on constate que la créativité et l’innovation émergent du maillage d’acteurs provenant de secteurs d’activité différents. Par exemple, le CERN, centre de physique notoire européen, accueille des artistes depuis quelques années. Un tel réseautage permet d’observer, de discuter, d’agir sur les situations de façons différentes. Ce qui peut donner lieu à des développements concrets auxquels on n’aurait pas pensé autrement. Des développements qui se distinguent de ceux d’ailleurs.

Un hub coordonne du partage d’équipements de pointe et l’accès à de l’expertise. Il anime des sessions de travail et offre des espaces de création permettant aux organisations et aux entrepreneurs, peu importe leur secteur d’activité, de sortir de leur silo. La prémisse étant qu’en franchissant sa frontière immédiate pour aller penser et agir avec d’autres, cela contribue positivement à sa propre transformation et au renouvellement de la région et du Québec.

Stéphane Allaire est professeur au Département des sciences de l’éducation de l'UQAC.

http://www.uqac.ca/portfolio/stephaneallaire/

Que faire de l'homophobie?

Tribune

Que faire de l'homophobie?

Un professeur de philosophie a récemment été congédié du Cégep du Vieux Montréal pour avoir tenu des propos homophobes. L’éthicien Sébastien Lévesque s’exprime sur le sujet.

TRIBUNE / Le professeur de philosophie Jean Laberge a récemment été suspendu par la direction du Cégep du Vieux Montréal après avoir tenu des propos homophobes sur sa page Facebook. Monsieur Laberge y a notamment affirmé « avoir du dégoût pour les homosexuels », une réaction qu’il a lui-même qualifiée de « primitive », car bien que l’homosexualité génère chez lui une certaine aversion, il dit respecter les homosexuels et le « mystère » qu’ils représentent. Je comprends aisément que de tels propos puissent choquer et surprendre, mais pour autant je ne suis vraiment pas convaincu que cela méritait une suspension. Pour tout dire, même si je reconnais volontiers la nature homophobe des propos qui lui sont reprochés, je doute fort cependant qu’il s’agisse de paroles incriminantes qui auraient pour effet d’inciter à la discrimination ou à la haine envers les homosexuels. Tout au plus s’agit-il d’une réprobation morale de la pratique de l’homosexualité, mais certainement pas d’une condamnation en règle.

En lisant attentivement les propos de monsieur Laberge, on constate effectivement qu’on a davantage affaire à un homme qui réfléchit tout haut, qui exprime ses propres craintes et ses propres incertitudes, plutôt qu’à un homme qui chercherait à en découdre avec les homosexuels. En effet, tout indique que le professeur de philosophie ne souhaite pas s’en prendre directement aux homosexuels, mais avoue simplement ressentir un profond (et primitif) malaise face à cette orientation sexuelle. Certes, nous pouvons lui reprocher sa maladresse et son manque de délicatesse, mais il n’y a là à mon sens aucun motif valable pour lui interdire d’exprimer publiquement ses réserves et ses questionnements sur l’homosexualité. Cela est d’autant plus vrai qu’ici, l’intention de monsieur Laberge n’était de toute évidence pas de fomenter la haine contre les homosexuels, ni même de porter un jugement sans équivoque sur l’homosexualité, mais avant tout de réfléchir à son sens eschatologique (je reviendrai sur ce point en conclusion de mon texte).

Évidemment, je ne suis pas en train de dire que l’homophobie serait une chose à prendre à la légère, ni même qu’elle constituerait une position respectable. Par ailleurs, je comprends parfaitement qu’une telle réflexion menée publiquement puisse rebuter et susciter la controverse. Seulement, dans la mesure où monsieur Laberge affirme aussi ne pas voir l’homosexualité comme « un problème à résoudre », mais davantage comme « une énigme à admettre », j’estime que nous sommes en présence d’un homme qui a pleinement conscience de ses préjugés et de ses limites, et qui cherche à les surmonter. D’ailleurs, si ses propos nous apparaissent si affligeants, ce n’est pas tant parce qu’ils seraient dangereux, mais surtout parce qu’ils reposent sur des craintes irrationnelles. Mais ces craintes, si nous souhaitons les apaiser, ne devraient-elles pas être approchées sur la base du dialogue et de la compréhension, plutôt que par la condamnation sans appel de celui qui en est le porteur?

Bref, vous l’aurez compris, même si je suis loin d’endosser les propos de monsieur Laberge, je pense qu’ils ont droit de citer dans une société libre et démocratique comme la nôtre, ne serait-ce que pour mieux les réfuter. Je le pense d’autant plus que ces propos ont été vraisemblablement rédigés de bonne foi par un homme qui, comme nous tous, est habité par le doute et des sentiments contradictoires.

D’ailleurs, parlant de foi et de contradictions, je ne peux m’empêcher de conclure ce texte en soulignant qu’en tant que fervent catholique, monsieur Laberge gagnerait à recentrer sa réflexion eschatologique sur le Christ lui-même, qui nous a enseigné la toute-puissance de l’amour. Ainsi, il comprendrait certainement que puisqu’il n’y a que l’amour qui puisse véritablement « guérir » ce monde, il n’y a absolument rien à craindre de gens qui s’aiment et qui ne demandent qu’à être aimés pour ce qu’ils sont.

À l'ère techno, un air éthique...

Tribune

À l'ère techno, un air éthique...

Un professeur de philosophie a récemment été congédié du Cégep du Vieux Montréal pour avoir tenu des propos homophobes. Le professeur titulaire en Éthique professionnelle et organisationnelle de l’UQAC, Marc Jean, s'exprime sur le sujet.

TRIBUNE / La question est posée : jusqu’où un cégep peut-il aller dans le fait de suspendre un professeur pour avoir tenu des propos homophobes sur un réseau social ? Ceci fait partie du questionnement actuel et doit nous faire réfléchir à plus d’un titre. 

Eu égard au fait que les personnes questionnées jusqu’à maintenant semblent davantage s’être référées au droit et à la jurisprudence, j’aurais davantage tendance à inscrire mon propos dans la perspective de l’éthique à plus spécifiquement parler. Où commence et s’arrête la responsabilité des professeurs de tenir des propos de tout ordre sur la place publique même s’ils ne se trouvent pas sur leur lieu de travail ? 

Il est vrai que le devoir de réserve dans un contexte de traitement juridique (ordres professionnels, etc.) se doit d’être respecté sous peine de sanction. Même si un professeur n’est pas absolument tenu aux mêmes obligations professionnelles, même s’il tient des propos homophobes en dehors de son lieu de travail, en quoi sur le plan moral cet état de fait lui donne-t-il la seule possibilité d’inscrire des propos qui vont à l’encontre de la communauté homosexuelle, pour ne donner que cet exemple ? 

Qui plus est, lorsqu’il s’agit des professeurs évoluant dans le domaine de l’éthique et de la philosophie ? Pourquoi ne pas alors se référer à trois critères tout simples : impartialité, réciprocité, exemplarité. Impartialité : jusqu’à quel point une personne très sage aurait-elle tendance à convenir d’une telle posture, ne serait-ce qu’au nom de la dignité de tout être humain ? Réciprocité : jusqu’à quel point ne serais-je pas mal à l’aise alors qu’une même attitude serait empruntée par quelqu’un d’autre alors que je suis personnellement concerné par le préjugé véhiculé ? 

Exemplarité : à quel type de construction de projet de société sommes-nous en droit de nous attendre alors que les principaux leaders dans la matière du développement de l’être humain s’autorisent à clamer des opinions qui, en provenance de quelque lieu que ce soit, peuvent s’avérer blessantes ? et dénigrantes ? 

Et vous, qu’en dites-vous ?

Je propose de joindre ma voix à celle des personnes désireuses de s’engager dans une voie de solidarité à l’endroit des minorités sous quelque forme que ce soit. 

Cela a comme conséquence directe qu’il importe peu ou pas que nous nous trouvions officiellement sur une voie professionnelle ou organisationnelle. L’essentiel ne réside-t-il pas dans l’impératif de nous engager toutes et tous à repousser les limites de « l’accueil de l’autre, oui, mais… » et d’opter pour « l’accueil de l’autre, quel qu’il soit ? 

S’estimer, soi, renvoie, me semble-t-il, à une telle capacité d’accueil de l’autre que j’accepte qu’il contribue à changer ma vie parce qu’il aura accepté d’être lui-même, soi, coûte que coûte. Marc Jean

Amener l'athlète en état de grâce

Tribune

Amener l'athlète en état de grâce

TRIBUNE / Les Jeux olympiques d’hiver s’amorcent dans une semaine. Pour les athlètes, il s’agit de la réalisation d’un rêve caressé depuis toujours. Jude Dufour est entraîneur en vélo de montagne qui a accompagné le cycliste Léandre Bouchard jusqu’à cet objectif.

À titre d’entraîneur ayant déjà vécu l’expérience olympique, je vais essayer de tracer les grandes lignes directrices qui ont permis à Léandre Bouchard, athlète en vélo de montagne, de se rendre à Rio en 2016.

À la base, un athlète de pointe doit posséder d’excellentes aptitudes physiques et techniques pour atteindre le niveau international et doit être nécessairement doué. À ce chapitre, je peux vous confirmer que Léandre Bouchard possède les outils physiologiques et psychologiques pour faire face à la musique sur la scène internationale. À ce niveau, les athlètes ont généralement tous des aptitudes physiques et techniques similaires. Selon moi, c’est la capacité d’« entraînabilité » individuelle qui fera la différence à travers le temps. À ce jour, Léandre a su démontrer une excellente courbe de progression depuis son jeune âge. 

À l’avenue des Jeux olympiques, Léandre devait se préoccuper de son aspect mental. Le tout était axé sur son dialogue interne positif, sa concentration et sa capacité à s’établir des objectifs de performance et de résultats tout en ayant une grande capacité de se mettre en action. Un athlète motivé est capable de se dire : voici mes projets, voici mes raisons d’agir et voilà ce que je vais accomplir. À la place de penser à gagner, il doit plutôt penser à comment il veut être pendant sa performance

À travers ses différentes charges d’entraînement, il faut qu’il soit en mesure de se dire : « Qu’est-ce que je peux faire maintenant pour essayer d’améliorer ma situation ? » L’athlète doit croire à son projet et rester constamment dans le processus. Ce processus fait référence à la modulation dans le temps des différents axes de la performance, soit l’aspect physique, psychologique et émotionnel. 

Il faut noter d’entrée de jeu que chaque athlète est différent, on appelle ça le principe de l’individualité. Comment un athlète de pointe peut atteindre les jeux olympiques et rentrer dans son état de « flow » au grand jour ? Dans le fond, l’athlète est un peu comme un robot avec plusieurs boutons. Chacun des boutons permet de contrôler les différents axes de performance. Ces trois axes bien alignés permettent à l’athlète d’entrer dans son jour de grâce. Ça semble simple en théorie, mais c’est là que la planification de l’entraîneur prend tout son sens. L’outil utilisé pour faire cette modulation est le plan annuel d’entraînement. Ce cadre de référence reflète un effort rationnel et systématique qui vise à identifier les objectifs de performance atteignables, les dates des événements importants, le découpage de l’année, les priorités et le volume d’entraînement. 

Avant de se présenter à Rio, Léandre devait se soumettre à des courses importantes durant 2 ans sur le circuit de la coupe du monde. Comme il est très difficile pour un athlète d’atteindre deux pointes de performance durant une année, mon rôle consistait à assurer un bon équilibre entre son état de fatigue et son niveau de forme. Il y avait là un défi de taille au quotidien. La relation entre l’entraîneur et son athlète de pointe est centrale. 

De plus, comme un athlète ne se développe pas seul et en vase clos, il faut rapidement mettre en place une équipe d’intervenants et de partenaires. Il est nécessaire d’établir une cohésion de travail entre l’entraîneur responsable de l’athlète et les divers spécialistes dans le domaine de la performance sportive. Le rôle de l’entraîneur est celui d’un chef d’orchestre et non d’un homme-orchestre. 

Pour ma part, je crois que le défi dans le monde du cyclisme de performance est l’humanisation à travers l’ère numérique. Entre autres, l’utilisation des différentes technologies comme les capteurs de puissance qui nous permette de calculer les TSS (Training stress score), mais il faut aussi valider la charge affective des entraînements. Selon moi, le génie du coaching réside dans la capacité de l’entraîneur à fournir du renforcement à l’athlète. 

Ce que je retiens de cette expérience olympique, c’est qu’il s’agit d’un long processus et le mot-clé est patience, patience et patience… 

Des inspirations pour nous tous

Tribune

Des inspirations pour nous tous

TRIBUNE / Les Jeux olympiques d’hiver s’amorcent dans une semaine. Pour les athlètes, il s’agit de la réalisation d’un rêve caressé depuis toujours. Étienne Hébert est professeur en psychologie et nous parle de façon de voir les choses.

L’important, c’est de participer… vraiment ?

Des athlètes du monde entier s’apprêtent à se réunir à PyeongChang afin de participer aux Jeux olympiques. Cela constitue un point d’exclamation dans tout parcours sportif. Toutefois, chaque discipline n’offre qu’une seule médaille d’or. Que pourrons-nous dire des athlètes qui ne la remporteront pas, qui ne monteront pas sur le podium et qui termineront 4es, 5es ou même derniers ? 

L’expression « l’important c’est de participer » nous aide à réfléchir à cette question. Cette expression, tous l’ont entendue à outrance. D’une part, certains croient que son utilisation contribue à inculquer une attitude complaisante aux athlètes, que cela leur permet d’éviter le fardeau de l’inévitable compétition et ne leur permet pas de devenir résilients. De façon caricaturale, certains affirment même que terminer second, c’est être le premier perdant. D’autre part, son utilisation plus positive encourage l’adoption de saines habitudes de vie. 

Ainsi, elle permet de valoriser la participation sportive pour le pur plaisir et de diminuer voire retirer la pression sociale reliée à la victoire. Poussé à l’extrême, ce point de vue élimine toute notion d’échec et peut convier une obligation morale d’être physiquement actif. Ces deux points de vue font naïvement l’économie de la nuance. 

Par ailleurs, la culture populaire n’a retenu qu’une seule partie de la citation, qui se lit plutôt comme suit : « Le plus important aux Jeux olympiques n’est pas de gagner, mais de participer, car l’important dans la vie ce n’est point le triomphe, mais le combat ; l’essentiel, ce n’est pas d’avoir vaincu, mais de s’être bien battu ». En effet, il est faux de dire que l’important c’est uniquement de participer, tout comme il est faux de dire que la victoire doit être définie en fonction d’un adversaire. 

L’important, c’est donc de participer, mais à certaines conditions. Il est aujourd’hui connu que la participation sportive est notamment fonction de ce qu’on y développe et du plaisir associé. Ce plaisir émane de la satisfaction éprouvée à développer et maîtriser de nouvelles habiletés, à continuellement s’améliorer et à avoir l’opportunité de partager. Les athlètes qui participeront aux Jeux olympiques se sont préparés pendant des années. Les gestes techniques et tactiques ont été appris, répétés, analysés, corrigés, repris dans une boucle sans fin. 

Les sacrifices sont tellement importants sur les plans personnel, familial et social qu’ils en sont venus à définir leur style de vie. Toute cette préparation n’aura pas été que physique, elle aura aussi été mentale. Et tout au cours de ce long voyage, l’athlète aura dû encore et toujours y avoir trouvé du plaisir. En bref et pour reprendre un thème à la mode, l’athlète aura dû bien connaître son « pourquoi ». 

De même, le concept de victoire doit être redéfini. En effet, l’éloge de l’unique vainqueur contribue à la perte de plaisir et, conséquemment, au décrochage sportif. 

Est-ce réellement ce que nous souhaitons alors que ce taux de décrochage est alarmant et que les problèmes de santé reliés à l’inactivité physique explosent ? Définir la victoire, le succès, n’est-ce pas plutôt atteindre ses objectifs, repousser ses propres limites, aller là où nous n’étions pas encore allés ? 

Que pouvons-nous donc conclure à propos de ces athlètes qui ne monteront pas sur le podium ou qui termineront derniers ? Que s’ils ont repoussé leurs limites, partagé leur expérience en cours de route et qu’ils ont toujours eu en tête le plaisir que cela leur apportait, ils sont des athlètes victorieux qui peuvent tous nous inspirer à repousser nous-mêmes nos limites et à poursuivre nos rêves.

Être plus intelligent

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Être plus intelligent

Enseignants au niveau universitaire, Stéphane Allaire se penche sur le dossier du cellulaire à l'école et sur le débat engendré par Vincent Dugay.

TRIBUNE / Les téléphones intelligents causent bien des vibrations depuis l’automne dernier. C’est au tour de l’initiative d’un jeune homme de la région d’enflammer les claviers. Rappelons que Vincent Duguay a acheminé une mise en demeure à la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay dans laquelle il argumente que le code de vie de son école est inconstitutionnel. Loin de défendre l’idée que les cellulaires devraient pouvoir être utilisés en tout temps à l’école, le jeune homme prétend que le règlement de restitution d’un appareil à son propriétaire à la suite d’une confiscation viole le droit à la jouissance paisible et à la libre disposition des biens.

Puisque mon avis au sujet de la gestion des téléphones intelligents à l’école a été partagé en décembre dernier dans les pages de ce journal, mon propos d’aujourd’hui se concentre sur les nombreuses réactions à l’« Affaire Duguay ». 

Sans avoir pu compléter une analyse systématique de l’ensemble des propos qui ont été partagés sur les médias sociaux en réaction à la missive de M. Duguay, je partage trois constats qui ont fait sourciller le chercheur et l’enseignant en éducation que je suis.

Qu’on soit en accord ou non avec les propos du jeune homme, on doit reconnaître l’esprit d’initiative, l’engagement et la rigueur dont il a fait preuve pour exposer son avis. 

Cela ne fait-il pas partie des aspirations qu’une société devrait avoir ? Hélas, nombre de personnes ont préféré bafouer les règles de respect et de civisme les plus élémentaires. 

Vulgarité des propos. Violence verbale. Appels à la violence physique dans quelques cas. Autant de comportements qu’aucun adulte ne tolère même auprès d’enfants en bas âge. Autant de comportements qui seraient admissibles à titre de plainte pour harcèlement. Visiblement, il reste beaucoup d’éducation à la « nétiquette » et aux médias sociaux à faire. Et pas uniquement auprès des jeunes.

Un second constat que j’ai dégagé de ma lecture des commentaires sur les médias sociaux concerne la mauvaise compréhension de l’intention du jeune homme. Dans plusieurs cas, on peut se demander si les réactionnaires ont pris la peine de prendre minimalement connaissance du contenu de l’initiative, que ce soit en lisant la mise en demeure elle-même, ou en consultant les articles et reportages des journalistes. Ici, c’est non seulement des compétences de base en littératie qui sont en cause, mais aussi la capacité à contribuer de façon éclairée à des débats d’opinions. L’éducation à des compétences du 21e siècle est interpelée, c’est-à-dire la capacité à faire preuve de réflexion critique sur soi et à communiquer avec autrui de façon responsable dans un contexte donné.

Mon troisième constat concerne la conclusion hâtive que des personnes ont tirée à partir de l’intervention du jeune Duguay. « Cette génération est fainéante », paraphrasaient plusieurs. D’une part, l’initiative de l’élève n’a rien de paresseuse. D’autre part, supposons qu’elle le soit, la généralisation qui a été faite à l’ensemble des adolescents à partir du cas Duguay n’a pas lieu d’être. Elle démontre en fait une lacune au niveau de la logique de la pensée.

Cela dit, il importe aussi de reconnaître que plusieurs commentaires étaient de qualité, peu importe le point de vue de ceux qui les ont partagés.

Je termine sur un commentaire à propos de la réponse de la commission scolaire, qui a acheminé sa réplique par le même canal juridique que l’instigateur du dossier. 

Le jeune Duguay s’est dit déçu que l’établissement ne souhaite pas en discuter. Peut-être l’accueil aurait-il été différent si l’amorce avait été faite à partir d’une posture fondée sur des arguments éducatifs ? À bon chat, bon rat. Ou peut-être est-ce l’arroseur arrosé ?

Source de discorde

Tribune

Source de discorde

Enseignant au niveau collégial, Sébastien Lévesque se penche sur le dossier du cellulaire à l'école et sur le débat engendré par l'étudiant Vincent Duguay.

TRIBUNE / C’est le genre d’histoire qui pouvait difficilement faire autrement que susciter la controverse. La semaine dernière, Vincent Duguay, un élève de 15 ans de l’école secondaire Charles-Gravel, a déposé une mise en demeure contre la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay au sujet des confiscations de cellulaires à son école. Très rapidement, les réseaux sociaux se sont emballés et le jeune homme a multiplié ses appuis, mais est aussi devenu la cible de nombreux commentaires critiques, voire carrément violents. Jusqu’ici, rien de bien surprenant, vous me direz, mais ce qui frappe d’abord en lisant les commentaires à son sujet, c’est que la plupart des gens semblent faire bien peu de cas des arguments avancés par le jeune Duguay, mais s’intéressent plutôt à son âge et à son statut social.

Évidemment, il est assez peu commun de voir un jeune homme de 15 ans se lancer avec une telle assurance et autant d’aplomb dans une lutte juridique contre les autorités scolaires. Par ailleurs, on peut déplorer qu’il en soit immédiatement venu aux « grands moyens » plutôt que miser sur le dialogue. Cela dit, plutôt que de lui tomber dessus à bras raccourcis en lui reprochant son arrogance et son insubordination, n’aurait-il pas été préférable de saluer la qualité de ses interventions et de saisir cette occasion pour réfléchir ensemble à notre rapport aux nouvelles technologies ? Car indépendamment du fait que nous soyons d’accord ou non avec lui, force est de reconnaître que ce jeune homme sait se défendre et qu’il soulève des questions intéressantes. À moins que ce soit précisément cela, le problème…

À vrai dire, dans toute cette histoire, j’ai surtout la désagréable impression que ce qui dérange le plus les gens, c’est le fait qu’un élève de 15 ans ait osé faire ce que bien des adultes n’ont pas le courage ou la capacité de faire, c’est-à-dire remettre en question l’autorité à l’aide d’arguments rationnels. Dans le même ordre d’idée, j’ai la désagréable impression qu’on lui en veut de ne pas s’être assujetti à ladite autorité sans poser de questions. Or, il faudrait se demander quel genre de message ces réactions négatives envoient à nos jeunes. Qu’attendons-nous d’eux, au juste ? Qu’ils obéissent au doigt et à l’œil comme de bons petits soldats ? Qu’ils acceptent tout bêtement de se plier à un règlement sans en questionner la légitimité ? Tout cela ne manque pas d’ironie, alors qu’on ne rate jamais une occasion de déplorer le fait que les jeunes seraient apparemment apathiques, qu’ils manqueraient de culture, qu’ils ne sauraient pas écrire, etc. Un moment donné, il faudrait savoir ce qu’on veut.

Qu’on me comprenne bien, je ne suis pas en train de dire qu’il faudrait abolir toutes les règles et se plier aux moindres demandes adressées par les élèves. Au contraire, je reconnais les vertus et la nécessité d’instaurer des règles claires et précises. Qui plus est, étant moi-même professeur, je suis tout à fait d’accord pour dire que les cellulaires sont devenus un véritable fléau dans nos écoles et que leur gestion représente un fardeau dont on se passerait bien. Cela dit, notons (et ce n’est pas qu’un détail) que nulle part dans sa mise en demeure ou dans ses propos, le jeune Duguay n’a cherché à remettre en question le principe selon lequel il faudrait exercer un certain contrôle sur l’utilisation des cellulaires en classe, ou encore recourir à des mesures disciplinaires en cas d’inconduite ou de manquement au règlement. Ce qu’il nous dit, c’est simplement qu’il juge que la confiscation des cellulaires au-delà des heures de classe est une mesure abusive et mal avisée. 

Bref, qu’on soit d’accord ou non avec lui, je crois que nous devons à tout le moins reconnaître que les principes défendus par le jeune Duguay dans sa mise en demeure sont pertinents et légitimes. Je ne suis pas juriste, je ne m’avancerai donc pas à faire des prévisions sur l’issue de ce « combat » s’il advenait que la cause soit entendue devant un juge. Mais ce que je peux dire, en revanche, c’est que ce jeune homme mérite mieux que le mépris et la condescendance dont il a été l’objet.

Dans les classes, c'est non!

Tribune

Dans les classes, c'est non!

Enseignante au niveau secondaire, Chantale Potvin se penche sur le dossier du cellulaire à l'école et sur le débat engendré par l'étudiant Vincent Duguay.

TRIBUNE / Vincent Duguay s’oppose à un code de vie de son école qui confisque les cellulaires pendant 24 heures. Par une sérieuse mise en demeure, il exige que les téléphones ne soient saisis que pour la durée d’un cours et que des excuses officielles soient adressées aux élèves de la part de la direction de l’école Charles-Gravel.

Au nom de tous les dieux et de tous les saints, je prie pour que le ministre de l’Éducation du Québec utilise cette cause pour ENFIN imposer une solide réglementation nationale liée à cet appareil qui est absolument inutile, voire nécrosant, dans les classes des écoles du Québec.

Enseignante depuis 25 ans dans une école secondaire, j’ai vu arriver ces bêtes électroniques qui favorisent l’intimidation, la tricherie, le plagiat, la vente de drogue, le taxage, les problèmes de dépendance, les disputes, l’anxiété, les maux de cou, l’obésité et les risques de cancers au cerveau. Combien ai-je vu de jeunes se ruer sur leur cellulaire quand le glas qui annonce la fin du cours sonne ? Ils paniquent littéralement après avoir récupéré leur téléphone. Combien j’ai eu de textos ? Qui m’a écrit ? Pour dire quoi ? Tant de messages insipides ! En moyenne, et selon mes observations, ils reçoivent environ 150 textos par jour.

J’exagère ? Pas du tout ! Il faut travailler dans une école pour vraiment réaliser les méfaits du cellulaire. Avant, les jeunes se parlaient entre eux, lisaient davantage, allaient à la bibliothèque, participaient aux spectacles, s’engageaient pour une cause, pratiquaient un sport. Les choses ont beaucoup changé. Pour le 28 mars prochain, j’avais organisé un spectacle au profit de l’album des finissants. Il est annulé. Pourquoi ? Aucun jeune n’accepte d’aller chanter ou danser. Aucun ! « Pourquoi donc ? » ai-je demandé à une élève tellement talentueuse. « Si je fais une gaffe sur la scène, tout le monde va rire de moi sur les réseaux sociaux. »

Depuis que les cellulaires sont dans les écoles, j’ai vu des élèves tomber dans les escaliers. D’autres ont reçu des textos traumatisants comme la mort pendant leur cours comme : « Si tu ne m’écris pas que tu m’aimes, je me tue ». Certains font péter des coches aux enseignants, ils les filment et diffusent la scène sur Facebook. Et d’autres tiennent à le garder près d’eux pour communiquer avec papa ou maman… pendant le cours ! 

C’est devenu trop. Il faut que notre société change et se donne toutes les chances pour faire cesser les accidents de voiture, les échecs scolaires, les coups irréversibles donnés à la vie sociale, à la langue et à la culture. Nous assistons présentement à un spectacle grotesque quant à l’abus du cellulaire. La plupart des jeunes entrent dans leurs classes avec ces appareils qu’ils camouflent dans leur étui, leur veston ou leurs poches. Même s’ils doivent déposer leur appareil dans une boîte en arrivant, plusieurs parviennent à le garder.

Et voilà qu’un jeune homme demande de ne plus saisir ces appareils et menace même d’intenter des poursuites judiciaires si son école ne cesse pas ses réprimandes trop sévères. Vincent n’a pas compris une chose. Je suis d’accord avec lui et ses parents ! Son appareil vaut cher et les enseignants n’ont pas le droit de le lui enlever. Je le comprends tout à fait. Or, si une loi obligeait les étudiants du Québec à laisser leur appareil chez eux ou dans leur casier, le problème ne se poserait pas. Comme la cigarette est bannie dans beaucoup d’endroits, car elle nuit à la santé, il faut que des règlements similaires s’établissent quant au cellulaire dans les établissements scolaires. Déjà qu’ils sont omniprésents dans les chaumières, les restaurants, les voitures et partout… Dans les classes, c’est non ! Et personne ne pourrait me donner un seul bon argument pour me convaincre que c’est utile dans une classe.

À mon humble avis, les profs des écoles secondaires, des cégeps et des universités sont d’accord, car ils en ont plein les bras ! Quand ces professionnels consacrent des heures à préparer des cours et qu’ils s’aperçoivent que des élèves textent pendant qu’ils s’évertuent à expliquer, c’est agaçant, surtout quand c’est un cours « full hot » et important. C’est cela qui est inconstitutionnel, Vincent. C’est que tant de gens se battent pour contrer un phénomène néfaste qui ne fait que grandir encore et encore et qui ne fera qu’empirer et affaiblir notre système scolaire.