Tribune

Quel message véhicule-t-on?

Au Québec, un élève ayant obtenu 58 % ou 59 % à une épreuve ministérielle obtient automatiquement la note de passage de 60 %. Cette politique est-elle justifiée ou s’agit-il d’un nivellement par le bas ? Étudiante de 2e année en journalisme, au programme Art et technologie des médias, Marie-Pier Lebrun s’exprime sur le sujet.

TRIBUNE / Qui a eu cette idée folle d’un jour augmenter les notes ? C’est ce sacré ministère. Vous n’avez pas été informé ? 

Cinquante-huit, le nouveau 60. Maintenant, plus besoin d’obtenir un bon 60 % bien senti ; on peut se contenter d’un 58 ou d’un 59 pour avoir un RE (signe de réussite) sur notre relevé ministériel.

Ce qui est génial, c’est que le ministère de l’Éducation s’est changé en un monde enchanté, où l’on s’est muni de petites baguettes magiques multicolores pour pouvoir jouer dans les zones grises. 

D’un seul coup, sans demander l’avis de personne et surtout pas des enseignants, on ajoute un ou deux points de plus aux résultats qui figurent sur le relevé de notes de certains élèves. Vous n’avez pas obtenu la note de passage ? Pas de souci ! La fée ministérielle s’en charge, n’est-ce pas tout simplement Supercalifragilisticexpialidocious ? Oui, semblable à tous ces films de Disney vus lorsque nous étions enfants, un vrai conte de fées qui devient réalité ! 

Quel message tente-t-on de véhiculer par le biais de cette initiative ? Peut-être est-ce ma vision des choses qui est trop rigide, mais il me semble que cette action tend à nuire davantage aux élèves qu’à les aider. 

Tu as loupé le test ? Ce n’est pas bien grave, nous changerons ce vilain 58 en un fantastique 60 %. Cependant tôt ou tard le chat sortira du sac et le retard pris par l’élève se fera ressentir. 

Si d’année en année on réalise le même tour de magie, n’y a-t-il pas un risque que celui-ci s’essouffle ? 

N’y a-t-il pas un risque que l’élève se retrouve avec un retard trop important et qu’il finisse par se décourager ? Parce qu’il y a toujours une limite à ce petit tour de passe-passe. La fameuse magie des briques jaunes menant jusqu’au succès s’effritera un jour. 

Le point étant que le seuil de réussite est fixé à 60 %, pourquoi ne pas s’en tenir à ce chiffre ? Si un élève obtient une note de 60 %, c’est qu’il aura acquis 60 % de la matière. 

On juge donc acceptable de le faire poursuivre vers le niveau supérieur. Si l’enseignant juge que l’élève n’a pas su développer les compétences nécessaires, pourquoi tout de même le faire passer ? 

Peut-être espérons-nous naïvement à notre tour la visite du génie de la lampe ? 

Que souhaiterions-nous ? Voir se réaliser l’histoire du pauvre petit élève qui au cours de l’été se transforme en un brillant élève ?

Mais quand arrêterons-nous enfin de vivre dans l’illusion ? Quand sortirons-nous de ce monde magique aux décors de carton ? 

On dit que le système scolaire fait office d’une minisociété dans laquelle nous formons les citoyens de demain. Pourquoi ne pas montrer à ces « citoyens de demain » ce qui les attend véritablement ? 

Sautons les films pour enfants, voulez-vous, et allons-y avec les bons vieux classiques. À la Indiana Jones où l’avenir du protagoniste n’est jamais assuré et qu’il doit se débattre pour survivre. 

On l’admire cet Indiana Jones pour sa vivacité d’esprit et son courage, pourtant rien ne lui est donné tout cuit dans le bec. Si celui-ci poursuit ses aventures, c’est bien parce qu’il a su passer à travers des rudes épreuves mises sur son chemin.

Le monde réel, c’est ça : des efforts et de la persévérance, aucun tour de magie. 

Ne serait-il pas plus valorisant pour nos élèves de s’identifier comme un aventurier plutôt que comme la pauvre princesse qui crie à son sauveteur attendant de voir sa note bonifiée de deux pauvres pour cent ? 

Tribune

«G» passé avec 58%

Au Québec, un élève ayant obtenu 58 % ou 59 % à une épreuve ministérielle obtient automatiquement la note de passage de 60 %. Cette politique est-elle justifiée ou s’agit-il d’un nivellement par le bas ? Étudiante de 2e année en journalisme, au programme Art et technologie des médias, Josée-Ann Jomphe s’exprime sur le sujet.

TRIBUNE / Quand les réseaux sociaux ont fait leur apparition, on s’est aperçu que les gens écrivaient vraiment tout croche. Mais on leur a pardonné. On s’est convaincu que c’était des raccourcis, qu’ils étaient tellement emballés de pouvoir contacter leurs proches de façon presque instantanée qu’ils devaient par conséquent écrire plus vite que la lumière. En omettant, bien entendu, de prendre le temps de respecter les règles grammaticales de base.

Quand on s’est rendu compte que finalement les raccourcis demeuraient bien ancrés dans leurs écrits, on a continué de leur pardonner. On s’est dit que c’était simplement par habitude. Non pas par paresse et par manque d’éducation.

Et finalement, quand on a eu connaissance que des élèves qui échouaient à un examen se faisaient tout de même offrir la note de passage, une petite remise en question de tout l’enseignement qu’on a reçu durant notre enfance nous a semblé évidente.

Si je n’avais pas bûché pour avoir des bonnes notes et que je m’étais contentée du strict minimum, est-ce que je serais passée au travers de mon primaire et de mon secondaire ? La réponse est oui. 

Si mes parents ne m’avaient pas forcée à apprendre les règles du français, à compter autrement que sur mes doigts, à mémoriser la capitale de chaque pays et à être capable de nommer tous les éléments du tableau périodique, est-ce que je serais quand même passée au travers de mon primaire et de mon secondaire ? La réponse est encore oui.

Si j’avais pu écrire « fiord », « ognon », « paraitre » et « cout » en trouvant ça normal, est-ce que je serais passée au travers de mes années scolaires ? La réponse demeure la même.

Certaines personnes ont une facilité d’apprentissage, d’autres non. Certaines personnes font preuve d’une aisance insurmontable durant les exposés oraux, d’autres voudraient tout simplement s’évanouir. Certaines personnes préfèrent le bleu, d’autres le rouge. Nous sommes tout un chacun différents, avec nos forces et nos faiblesses. 

« C’est en forgeant qu’on devient forgeron. »

Parallèlement, ce n’est pas en abandonnant qu’on devient bon. 

En nivelant les notes vers le haut, on nivelle automatiquement nos attentes vers le bas. 

Nos exigences face aux enfants ont diminué. En agissant ainsi, on leur montre la paresse, la facilité et on leur apprend à se contenter de peu. Où est passé le dépassement de soi ? Le succès ? La saine compétition et la fierté ? En étant enfant, être à l’école et réussir à avoir de bonnes notes, c’est une fierté. Ce n’est pas le but ultime de l’enfance, réussir ses classes ?

En agissant ainsi, on leur apprend qu’être « pas mauvais » est suffisant. Qu’être dernier de classe, ça passe. Que 2 %, ce n’est rien. Que même si tu n’atteins pas la note de passage, tu peux réussir.

Les notes bonifiées, c’est un jeune de 17 ans qui achète de l’alcool. 17 ans, c’est presque 18 ans, non ?

Les notes bonifiées, c’est de permettre à tout le monde de rentrer travailler à 8 h 05. Cinq minutes, ce n’est presque rien, non ?

Les notes bonifiées, c’est un policier qui pardonne une infraction. Un médecin qui ne te soigne pas complètement, un système d’éducation qui est mou. 

Faire passer un élève de 2 ou 3 %, ce n’est pas lui rendre service. Au contraire, c’est lui donner une petite échelle quand le serpent n’est pas très loin. C’est le faire tomber de deux fois plus haut. 

Parce que si l’élève que vous prétendez aider a de la difficulté à atteindre le seuil minimal de réussite, cet échec le rattrapera sans contredit dans quelques années. Le retard se fera toujours ressentir, peu importe les pourcentages gratuits que vous lui refilerez.

C’est un travail commun qui doit être fait. Enfants, parents, enseignants, éducateurs spécialisés et gouvernement, unissez-vous !

Chroniques

La région ouvre ses bras

Chronique / Vous vous souvenez de cet autobus qui roulait sur la scène, au dernier tableau des Aventures d’un Flo ? Une image déprimante qui symbolisait, voilà une décennie, le départ de jeunes Bleuets pour la métropole où ils espéraient trouver un emploi. Cette production de Michel Marc Bouchard et de Serge Denoncourt remplaça La Fabuleuse histoire d’un royaume durant quatre ans. Contrairement à l’intention de ses auteurs, elle s’avéra une opération masochiste dont les effets paralysent encore notre développement.

Les 350 participants au Colloque Action économique, une initiative du député démissionnaire Alexandre Cloutier, auraient bien voulu instruire nos exilés d’hier que la mondialisation a modifié notre économie. Un pan complet de l’industrie forestière s’est effondré à l’arrivée du numérique et Rio Tinto Aluminium a ajusté sa production à la concurrence de nouvelles puissances économiques, dont la Chine évidemment. 

La relève

Certes, la grande industrie n’éprouvera jamais d’ennuis de recrutement. Quand elle fait appel à une main-d’œuvre aux qualités appropriées pour un nouveau développement, les candidats se pressent par milliers. Ce sont ces emplois bien rémunérés et stables que les jeunes ne trouvaient plus ici au début du deuxième millénaire.

Ils ont oublié les PME vigoureuses qui ont pris la relève et exportent leurs produits partout sur la planète. Les possibilités d’un meilleur avenir se multiplient, mais les aspirants ont disparu. « Faites confiance à l’entrepreneurship régional. Revenez.... » auraient insisté les bâtisseurs regroupés à Alma jeudi dernier à ces jeunes si précieux qui allaient enrichir la métropole de leur compétence et de leur puissance de travail dans Les aventures d’un Flo. 

Robert Bouchard

C’est en atténuant un mouvement d’impatience où la colère n’était pas absente que Robert Bouchard, le PDG de Béton préfabrique du Lac, a lancé un appel à la main-d’œuvre encore disponible lors de ce rassemblement. « On a investi 25 millions $ dans nos usines situées hors de la région, mais pas un sou ici parce que les travailleurs compétents dont nous avons un urgent besoin sont absents. »

Il a même fait appel aux Haïtiens logés en catastrophe, l’été dernier, au Stade olympique. Ses besoins se limitaient à une trentaine de journaliers. La bureaucratie s’en est mêlée en opposant des problèmes d’intégration et même, insulte suprême, de racisme. 

L’État projette ainsi une très mauvaise perception de l’attitude des Québécois, du moins ceux de notre région, à l’endroit de l’immigration. Reconnaissons-le, l’UQAC n’aurait jamais connu l’épanouissement qui fait notre fierté sans la participation de gens d’ailleurs, dotés d’une formation souvent exceptionnelle. Pensons aux Guy Collin, Adam Nagy, Masoud Farzaneh, Mustapha Fahmi, Laszlo Kiss... En vérité, ils sont légion dans l’histoire de notre université.

Action économique voudrait une implication plus vigoureuse de nos politiciens dans l’exploration de graves problèmes comme la pénurie de la main-d’œuvre. Personnellement, je m’étonne également de leur discrétion durant la présente campagne électorale. À croire que l’élection du premier octobre prochain ne s’adresse qu’aux électeurs de Montréal et de Québec. On assiste à la surenchère habituelle entre nos deux grands centres... Les milliards $ coulent dans la besace des promesses faites aux maires Plante et Labeaume pendant que le gouvernement vient nous annoncer le gel, durant deux ans, des travaux de l’autoroute de l’Aluminium et de la restauration du pont Dubuc. Avez-vous entendu une seule protestation de nos leaders politiques ?

Tribune

Il faut aider les hommes aussi

Les hommes sont des êtres humains qui ressentent les mêmes émotions que les femmes, mais ces émotions sont moins verbalisées. Nous savons que la détresse chez les hommes est en augmentation et en même temps on voit une dévalorisation de la demande d’aide. Chez les hommes, la demande d’aide lors de difficultés importantes arrive trop souvent très tard. On sait que lorsque la détresse n’est pas diagnostiquée et traitée, elle augmente significativement le risque d’apparition d’idées suicidaires.

Andrée Verreault 

Les hommes cumulent plusieurs facteurs de risque. Par exemple, ils sont plus nombreux que les femmes à rapporter qu’ils ont un niveau de soutien social faible. Ils sont deux fois plus nombreux que les femmes à reconnaître n’avoir aucun confident. De plus, les hommes seraient moins nombreux que les femmes à consulter en cas de difficultés. Quand ils consentent à demander de l’aide, ils la veulent tout de suite, sans attendre. Cette demande d’aide est souvent analysée sous la forme d’un agir (impulsivité, colère). On les croit agressifs et non souffrants. 

En 2018, des standards qui sont encore trop souvent présents.

L’homme doit avoir :

La capacité de sacrifier ses besoins et désirs personnels pour nourrir les membres de sa famille ;

La capacité d’endurer la douleur et les épreuves pour protéger ses proches ;

L’expression d’amour en posant des gestes pour les autres. Ex. : prouver l’amour au lieu de le dire ;

L’intégrité, la résolution et la loyauté face à des engagements ;

L’empressement à prendre des risques et à rester calme face au danger ;

La tendance à être centré sur l’action et le faire (l’agir).

Il ne devrait pas :

Lâcher tant qu’il n’a pas réussi à résoudre un problème ;

Pour un homme, la tâche est immense, il n’y a pas beaucoup de place pour l’expression de la souffrance. Chez les hommes, elle doit d’abord être approuvée, validée, autorisée, il faut qu’elle devienne comme socialement acceptable.

Les hommes consultent de la même manière qu’ils vont au garage pour le remplacement d’une pièce mécanique défectueuse.

En conclusion, nous croyons que cinq types de facteurs peuvent faciliter la demande d’aide des hommes : 

1) Une socialisation qui leur permettrait de demander de l’aide sans qu’ils se discréditent.

2) Une plus grande accessibilité des services d’aide. 

3) Un accueil tenant compte de leur réalité. 

4) Un organisme visible et accessible dont la culture interne est sensible aux besoins des hommes.

5) Une proposition de services clairement définie et destinée spécifiquement aux hommes.

Les hommes en difficulté doivent se sentir respectés, mieux compris et accueillis dans leur différence. 

Cet accueil sur mesure peut alors constituer la première étape d’un processus de reconstruction qui nécessite tout d’abord la réconciliation de l’homme avec lui-même. 

Aide et entraide 

Le centre de prévention du suicide 02 est l’un des organismes qui offrent des services spécifiques aux hommes et soutient un programme d’aide fait pour eux. 

Transition/Trajectoire en est un exemple, c’est un groupe d’entraide pour hommes âgés de 18 ans et plus, qui vivent des périodes difficiles (séparation, perte d’emploi, etc.) et qui cherchent des moyens pour s’en sortir. 

Nous invitons les hommes à miser sur l’entraide en se joignant à un groupe. Pour plus d’information, communiquez au 418 820-1433. « Demander de l’aide… c’est fort ! »


Tribune

C’est d’une vie dont on parle

Je savais bien qu’un de ces matins, j’aurais mon premier pincement au cœur en regardant les nouvelles. Depuis ma retraite en décembre dernier, je continue de m’informer sur notre monde, spécialement à l’échelle régionale. Lorsque j’étais sergent aux communications pour la Sûreté, je regardais les nouvelles, histoire de savoir quels étaient les sujets susceptibles de toucher l’organisation. J’ai donc gardé cette bonne habitude. Que voulez-vous, on ne peut pas sortir 29 ans de métier d’un homme en quelques semaines. Alors voilà que ce matin, on parle d’un homme barricadé qui semble désorganisé.

Jean Tremblay

Déjà, je vois le film dans ma tête : l’intervention du départ, l’appel de mon patron, la fébrilité du début… mais j’y reviendrai.

Les policiers, bien qu’ils fassent partie d’un métier non traditionnel, sont tout de même des travailleurs. Ils ont donc, comme leurs concitoyens, des routines. Il y a de ces matins où le moteur tarde à se réchauffer, si je peux dire. Eux aussi ont des enfants et des horaires à respecter pour les garderies et les activités des plus vieux. 

Pour les gens en communication comme moi, la routine était de vérifier les dossiers de la nuit, m’occuper du « round-up » matinal des journalistes. Toujours intéressant, mais avouons-le, pas toujours très excitant.

Quand je parle de fébrilité du début, je parle surtout de la situation qui nous sort de notre routine et non du désarroi que l’individu peut ressentir.

Revenons donc à l’événement de cette semaine. Que se passe-t-il lorsque ce type d’intervention survient ? 

D’abord, on quitte le bureau avec en tête notre stratégie. Dans mon cas, je préparais mes lignes de communication. Arrivés sur les lieux, nos médias me faisaient leurs demandes en fonction de leurs heures de tombée. Quant à moi, j’étais en constante communication avec le chef de PC (poste de commandement). 

L’autobus est équipé des mêmes ondes et caractéristiques de sécurité de transmission de données requises pour les services de police. Niveau de sécurité oblige. Pour le reste, il y a une salle d’interrogatoire, une salle de rencontre et, bien sûr, quelques téléviseurs.

Arrive la première rencontre avec les enquêteurs et le chef de PC. On espère toujours que ce dernier est promédias, car en cas contraire, c’est un peu plus difficile. Mais généralement, ça va bien.

Maintenant qu’on est sur place, on fait quoi ? Essentiellement, on attend le résultat des rencontres des enquêteurs avec les témoins, les parents, les proches. Nous cherchons à savoir à quel genre d’individu on a affaire. Est-il dangereux pour la population, pour lui-même ? A-t-il des armes ? Risque-t-il de s’en servir ? Il faut établir le profil de l’individu. Par la suite, le chef de PC détermine la bonne stratégie à employer. 

Il faut garder en tête que l’important à dire à nos concitoyens, c’est que la situation est sous contrôle. N’oublions pas non plus que la famille n’est pas loin et que pour elle, c’est une situation très émotive. Souvent, pour ne pas dire tout le temps, les gens en crise ou en détresse ont consommé de l’alcool, des stupéfiants, des médicaments, ou les trois. Le temps joue donc en notre faveur. Le but est de sauver l’individu.

Bien sûr, il a créé sa situation ; bien sûr, les gens disent que ça coûte cher, mais ce n’est pas une raison pour faire du « rentre-dedans » et risquer la vie des gens impliqués. N’oublions pas que c’est d’une vie dont on parle ici et non d’un film d’action. Pour les policiers, une reddition sans intervention musclée, sans tir, est une réussite à 100 %. C’est ça notre travail.

Il y en aura toujours pour dire ou écrire sur les réseaux sociaux des propos très durs, incitant à la violence. Mais réfléchissons de façon intelligente, svp.

D’ailleurs, sachez qu’il y a des fonds spéciaux pour ce genre d’événement au même titre que pour les inondations et autres incidents hors du commun.

De plus, l’individu en crise sera pris en charge par nos services de santé et autres. Sous peu, avec de bons soins et un brin de bonne volonté, il pourra redevenir un actif pour la société. 

Et il pourra surtout continuer sa vie avec ses parents et ses enfants.

Tribune

L’académie de la LNH

Décidément, les Saguenéens aiment les défis. Le hasard leur en avait imposé un considérable en séries éliminatoires, l’année dernière, en les opposant, en demi-finale, aux Sea Dogs de Saint John, la puissance dominante à l’époque. Ils s’étaient finalement inclinés en six parties après avoir donné la frousse à leurs rivaux dans la dernière rencontre jouée devant une salle comble au Centre Georges-Vézina.

Ce sera encore plus difficile, cette année, car ils ont dû sacrifier, à la dernière période de transactions au tournant des Fêtes, leurs deux grandes vedettes, le défenseur Olivier Galipeau et l’attaquant German Rubtsov, pour assurer un meilleur avenir. On ne constatera qu’à l’automne prochain l’efficacité des changements et la valeur des nouveaux choix de repêchage.

Le cycle annuel

C’est ainsi que tourne le hockey junior majeur. Chaque saison ouvre un cycle dans lequel les équipes s’insèrent avec l’espoir de se retrouver dans le peloton de tête. École de la LNH, le junior majeur attire des joueurs dont l’objectif ultime est d’atteindre le statut professionnel et ses millions $. Une infime minorité y accède. La compétition est féroce, car elle est internationale. Les équipes recrutent les meilleurs candidats accessibles, partout en Amérique du Nord évidemment, mais aussi ailleurs, en Russie et chez les pays scandinaves. La région est particulièrement fière de la réussite de nos derniers surdoués, David Desharnais (Rangers), Charles Hudon (Canadien), Nicolas Roy (Hurricanes) et Samuel Girard (Predators).

Les dynasties sont rares au junior majeur, mais elles existent. Les Royals de Cornwall, seule équipe ontarienne à avoir adhéré à la LHJMQ, ont remporté trois fois la Coupe Memorial, soit en 1972, 1980 et 1981. Même s’ils ont échoué à leur participation au championnat canadien, les Saguenéens ont connu leurs saisons de gloire. L’une des plus mémorables se déroula en 1979-80 quand Guy Carbonneau enregistra 182 points et le défenseur Gilbert Delorme, 111 points.

Centre Georges-Vézina

Les partisans rêvent d’un retour à des formations dominantes animées par de futures vedettes de la LNH. La saison qui s’achève fut surtout marquée par un grand questionnement sur les déficiences du vieux Centre Georges-Vézina. Après l’alerte lancée par une firme d’ingénieurs sur l’état inquiétant de la toiture, l’organisation des Marquis de Jonquière a généreusement logé les Saguenéens pendant que l’autorité municipale consacrait le demi-million $ nécessaire à une réparation suffisamment complète pour assurer l’utilisation de la glace olympique durant quelques décennies encore. Comme si son constructeur J.-R. Théberge avait appliqué les secrets de la longévité des grands bâtiments de la Rome antique. 

La mairesse Josée Néron s’est montrée néanmoins favorable à un nouvel amphithéâtre avec une glace aux dimensions du hockey nord-américain. Mais elle n’a pas voulu, comme son collègue de Québec, profiter de la circonstance favorable d’une campagne électorale pour engager l’État. Elle mijote plutôt le projet d’un nouveau domicile pour les Saguenéens avec une autogare de 700 places dans l’ancienne zone ferroviaire, au centre-ville de Chicoutimi. À la condition évidemment d’une participation financière des gouvernements supérieurs au financement estimé à quelque 70 millions $.

C’est la vision d’une ville qui poursuit sa mutation entreprise en 2002, dans un cheminement à nouveau investi par une démocratie authentique. Dans l’immédiat, les Saguenéens poursuivront leur carrière dans le plus édifiant musée du hockey junior nord-américain.

Tribune

Éducation et prévention

TRIBUNE / Moins de fruits et légumes chez les adultes et davantage de malbouffe chez les jeunes : le portrait du Saguenay-Lac-Saint-Jean en matière d’alimentation est inquiétant. La nutritionniste-diététiste Malorie Munger, de l’entreprise NutriSimple, s'exprime sur le sujet.

Pourquoi est-ce plus difficile pour les résidants du Saguenay-Lac-Saint-Jean de bien s’alimenter ? Une grande question à laquelle je tenterai de répondre.

D’abord, il faut bien l’admettre, l’on n’a jamais autant entendu parler de saine alimentation. Toutefois, l’information juste est de plus en plus difficile à dégoter avec la multiplication des pages Facebook traitant de sport et d’alimentation gérées par n’importe qui ! Malgré l’abondance de conseils, le problème réside dans l’application de ceux-ci dans notre vie de tous les jours. Pas besoin de vous dire de consommer davantage de fruits et légumes ou de manger moins de sucre… Vous le savez déjà ! 

La vie va de plus en plus vite, et ce, au détriment de notre santé. S’il n’y a rien de planifié pour le souper, le combo poulet et frites ou l’éternelle pizza restent des choix que plusieurs familles feront. Prendre un moment durant le week-end pour planifier les repas de la semaine ou cuisiner 2 ou 3 fois par semaine tout en multipliant les recettes sont des solutions qui sont certes simples à appliquer, mais qui demande un temps précieux que peu de gens vont réellement prendre ! 

La productivité est une valeur tellement prônée par la société qu’on en oublie parfois nos priorités. Votre santé vaut-elle vraiment moins que quelques heures supplémentaires au bureau ou qu’un énième court de piano pour le plus jeune ? 

On ne sait plus à qui ou à quoi faire porter le chapeau pour ces habitudes alimentaires déficientes. Dans les dernières années, on a jeté la pierre aux boissons sucrées, à l’offre alimentaire des cafétérias, aux restaurants de restauration rapide trop près des écoles, au gras, au sucre, etc. Toutefois, n’oublions pas que tout résulte de l’éducation et de l’information reçues. Si l’on considère le jus de fruits comme une portion de fruits et légumes, c’est en partie dû au Guide alimentaire canadien, l’outil le plus utilisé dans les écoles pour la promotion de la saine alimentation. On sait très bien que les jus n’apportent aucune fibre alimentaire et sont en quelque sorte des calories vides, et ce, même s’ils sont 100 % purs. Il était grand temps que ce guide soit révisé pour offrir de l’information beaucoup plus pertinente que le nombre de portions dont chaque individu a besoin, information qui est si approximative qu’on ne peut réellement s’y fier ! 

La réalité socioéconomique de la région est certainement une partie de la réponse à cette grande question ! Les gens qui souffrent d’insécurité alimentaire sont plus vulnérables que les autres en ce qui concerne les saines habitudes de vie. Un exemple tout à fait criant est la différence de prix entre les fruits et légumes et les aliments à faible valeur nutritive comme les croustilles ! Encore ici, c’est partiellement une question de choix, les protéines végétales telles le tofu ou les légumineuses sont tellement plus abordables que la viande, mais encore faut-il ouvrir nos horizons pour essayer de nouvelles choses. Faire l’épicerie à moindre coût c’est possible lorsqu’on sait cuisiner, mais ces compétences sont-elles présentes au sein de notre population ? 

Le manque de variété et d’accessibilité aux produits santé est un autre facteur à considérer. Les grandes villes ont accès à des fruiteries où les articles sont beaucoup moins dispendieux, des cours de cuisines, des supermarchés bio, etc. 

Les statistiques alarmantes qu’on a pu voir dans le précédent article du journal Le Quotidien font état d’un malheureux problème ! Couper toujours plus dans les services de santé afin de voir disparaître la portion prévention et investir uniquement dans la 2e et la 3e ligne, c’est oublier qu’il vaut toujours mieux prévenir que guérir ! M. le ministre connaît-il cette expression ou l’a-t-il volontairement oubliée ? Il semblerait que non puisqu’il injecte maintenant la somme de 80 millions $ en prévention. Mieux vaut tard que jamais.

Malorie Munger

Nutritionniste chez NutriSimple

Tribune

Un défi de tous les jours

TRIBUNE / Moins de fruits et légumes chez les adultes et davantage de malbouffe chez les jeunes : le portrait du Saguenay-Lac-Saint-Jean en matière d’alimentation est inquiétant. La professeure Patricia Blackburn de l’UQAC s'exprime sur le sujet.

Il est bien connu, ce que nous mangeons affecte notre santé. Récemment, le CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean rendait disponible un portrait des habitudes alimentaires de la population régionale. Dans ce rapport, on mentionne que 44 % des adolescents s’alimentent une à deux fois par semaine dans un établissement de restauration rapide tandis que 35 % des jeunes de 15 à 24 ans consomment au moins une boisson sucrée par jour. Ces données sont inquiétantes surtout lorsqu’on connaît l’impact néfaste de la malbouffe et des boissons sucrées sur le risque d’obésité, de diabète de type 2 et de maladies cardiovasculaires. Dans ce rapport, on mentionne également que près de 70 % des élèves du secondaire déclarent ne pas consommer tous les jours le nombre de portions recommandées de légumes et de fruits, ce qui les expose à une augmentation du risque de développer des maladies chroniques à l’adolescence ainsi qu’à l’âge adulte.

L’adoption et le maintien d’une saine alimentation représentent un défi de tous les jours. En effet, les choix alimentaires les plus faciles et les plus accessibles sont souvent des aliments transformés et des boissons sucrées à faible valeur nutritive. Bien que les parents aient un rôle important à jouer dans l’acquisition des habitudes alimentaires de leurs enfants, l’amélioration de la santé des jeunes nécessite des interventions sur plusieurs fronts. À cet effet, un nombre important d’études ont illustré l’impact délétère de l’environnement sur les habitudes alimentaires. Récemment, je lisais qu’à cause de l’environnement « obésogène » dans lequel nous évoluons, même les approches individuelles les plus sophistiquées pour favoriser la prise en charge de l’obésité avaient peu de chances de réussir. C’est dire à quel point notre environnement peut influencer nos choix alimentaires ainsi que nos habitudes de vie ! Il s’avère donc essentiel d’intervenir auprès de l’environnement bâti et de l’aménagement du territoire pour les rendre sains et ainsi faciliter des choix favorables à la santé des jeunes.

Puisque l’école représente le deuxième milieu de vie des jeunes, il s’agit d’un lieu privilégié pour favoriser l’acquisition de saines habitudes alimentaires. 

Parmi les mesures qui peuvent être mises en place figurent des cours de cuisine. Ces cours favorisent l’acquisition de compétences et de connaissances nutritionnelles qui représentent des facteurs importants en prévention de l’obésité. En effet, il est clairement démontré que les jeunes qui ont développé des compétences alimentaires et qui cuisinent régulièrement ont une alimentation plus variée, consomment plus de légumes et de fruits et atteignent davantage les recommandations nutritionnelles. 

L’aménagement de jardins éducatifs scolaires est aussi une solution à envisager puisqu’ils sont efficaces pour aider les jeunes à augmenter leur consommation de légumes et de fruits ainsi que leurs connaissances alimentaires. 

Il est également nécessaire que la malbouffe disparaisse de l’offre alimentaire des écoles. Les études suggèrent d’ailleurs qu’une telle mesure a un effet positif sur la santé des élèves. L’école devrait prévoir une offre alimentaire de qualité qui favorise la consommation de légumes et de fruits ou encore, mettre en place un bar à crudités accessible à faible coût. 

La proximité des restaurants-minute des écoles peut aussi contribuer à accroître la proportion de jeunes qui consomment de la malbouffe. Il serait donc envisageable de modifier les règlements de zonage afin de limiter leur implantation près des écoles.

En conclusion, de nombreux facteurs influencent notre capacité à avoir un régime alimentaire sain et équilibré et il faudra travailler sur plusieurs fronts afin d’améliorer de façon durable la santé de nos jeunes. Malheureusement, la bataille est loin d’être gagnée… Je demeure toutefois convaincue que de veiller à la saine alimentation des jeunes représente une des actions des plus importantes que nous pouvons faire pour leur santé future !

Patricia Blackburn 

Professeure de l’UQAC

Tribune

Voir les jeunes d'un oeil positif

On associe souvent le mal de vivre à la période de l’adolescence. À tort ou à raison ? La cotitulaire de la chaire VISAJ et professeure au département des sciences humaines et sociales de l’UQAC, Marie-Christine Brault, s'exprime sur le sujet.

Associer adolescence et mal de vivre est plutôt commun. Depuis que l’idée de l’adolescence a émergé dans les familles bourgeoises au 18e siècle, puis reprise par la psychologie au début du 20e siècle, une charge négative y est associée. Bien que l’adolescence et la jeunesse constituent l’espoir du maintien, voire du renouvellement, de la société, elles sont en même temps identifiées comme une menace à l’ordre social. Irresponsabilité, apathie, délinquance sont souvent utilisées pour décrire cette période de vie au contour flou située entre l’enfance et l’âge adulte. Plus récemment, les problèmes de santé mentale des adolescents sont de plus en plus mis de l’avant et tendent à proposer une vision de l’adolescence déprimée, anxieuse, où le mal-être l’emporte. Ces idées sont sans aucun doute renforcées par la place prépondérante que prend la santé dans notre société actuelle, par l’intervention de la médecine sur plusieurs aspects de nos vies et l’utilisation répandue des médicaments psychotropes, par les taux élevés de suicide (2e cause de décès chez les moins de 17 ans (INSPQ, 2017)) et l’augmentation de certains problèmes de santé mentale, dont l’anxiété. N’oublions pas que les jeunes ne vivent pas en vase clos : leur environnement social, comme la famille et les amis, a une importance capitale sur leur vie et leur bien-être.

Le mal de vivre n’est pas le propre de l’adolescence. Le mal de vivre s’est développé dans les sociétés contemporaines, individualistes, où, comme l’a écrit Alain Ehrenberg dans la Fatigue d’être soi, la responsabilité, l’initiative et l’autonomie sont des valeurs suprêmes qui pèsent lourd sur les individus. Alors ne parler que de l’adolescence et du mal de vivre ne serait pas rendre justice à ce stade de vie. Oui, les jeunes vivent des bouleversements hormonaux, corporels, psychologiques, sociaux et relationnels durant cette période. Ils sont en pleine appropriation identitaire, ils testent les limites, développent leur autonomie, ils sont en transition vers la vie adulte, qui soit dit en passant ne cesse de s’éloigner, on parle désormais de postadolescence… Insistons toutefois sur le fait que la grande majorité des adolescents vont bien et sont heureux. Selon des données de Statistique Canada, en 2012, près du 3/4 des jeunes de 15 à 24 ans jugent leur santé mentale comme très bonne ou excellente et 97 % sont satisfaits ou très satisfaits de leur vie. Alors, pourquoi ne pas aborder plutôt la question de l’épanouissement à l’adolescence ?

Sans nier les problèmes ni leur gravité, gardons en tête que l’adolescence est une période positive. De plus en plus d’études tentent justement de mieux comprendre le bien-être des jeunes et de mettre de l’avant leurs caractéristiques positives. Je regarde autour de moi, je vous invite à faire de même. Les adolescents que je vois sont drôles, touchants, débrouillards, résilients, créatifs, réactifs, enthousiastes, capables, empathiques, certes aussi parfois gênés, peu (ou trop) sûrs d’eux, parfois insolents, fougueux et arrogants, mais ils vont bien et valent la peine qu’on en parle positivement. Envisager l’adolescence du point de vue de ses forces nous permettra d’apprécier davantage les jeunes, d’entrer en contact avec eux sans en avoir peur et éventuellement d’améliorer leur bien-être. Les intégrer davantage, arrêter de les confiner dans des espaces bien délimités, comme les sous-sols des bungalows, et à des rôles de second plan, nous permettrait de pouvoir profiter de leurs ressources, de leur énergie, de leurs idées nouvelles. Les intégrer davantage nous permettrait également de mieux comprendre leurs préoccupations et faire en sorte qu’ils se sentent davantage écoutés. 

À mon sens, au lieu de mettre l’accent sur le mal de vivre des adolescents, on devrait plutôt se préoccuper des inégalités sociales qui les touchent. À l’heure actuelle, les adolescents québécois ne possèdent pas tous les mêmes chances face à l’éducation, la santé et au bien-être… mais ça c’est l’histoire d’une autre chronique !

Marie-Christine Brault,

cotitulaire de la chaire VISAJ et professeure au département des sciences humaines et sociales de l’UQAC

Tribune

Naître sans garantie

On associe souvent le mal de vivre à la période de l’adolescence. À tort ou à raison ? L’enseignante au niveau secondaire Chantal Potvin, s'exprime sur le sujet.

J’écris cette chronique en songeant à mon « p’tit frère » Éric. Avec le bout de l’orteil trempé dans ses 18 ans, arme en main, il a choisi la mort, laissant derrière lui des mamans, des papas, des sœurs, des frères et des amis en larmes. Quelque 20 ans plus tard, j’ai l’intime conviction qu’il opterait pour la vie s’il pouvait revenir en arrière.

Nous naissons sans garantie. Si nous étions des voitures ou des électroménagers, sans aucun doute retournerions-nous à l’usine pour modifier, ajouter ou supprimer quelques défaillances. Nous en aurions sûrement long à chialer auprès des « vendeurs ». Certains vont croire que je veux causer des problèmes de santé ou des ingratitudes de l’apparence physique. Or, je souhaite simplement m’exprimer sur la reconnaissance de l’importance de la vie.

Un concept fondamental

Les mots semblent compliqués ? RECONNAISSANCE + IMPORTANCE… Pas tant ! Je m’explique… 

En fait, le plus beau moment de mon existence s’est passé le 29 janvier 2002, alors que je savais que je vivais peut-être mes dernières heures. 

Devenue aveugle, une tumeur grosse comme une balle de golf devait être urgemment extraite de mon cerveau. 

Pourquoi le dépeins-je comme un si beau moment ? Oh ! Sur le coup, enragée comme dix, en rédigeant les principales lignes de mon testament, j’étais persuadée que la vie avait été bien ingrate et que mon destin aurait pu tourner autrement. Or, aujourd’hui, j’ai la chance d’avancer avec ce que les humains devraient tous posséder et je le répète, c’est la reconnaissance de l’importance de la vie qui est le précieux trésor qui nous est offert. Toutefois, une grande majorité des jeunes (et des moins jeunes aussi) ne le comprennent malheureusement pas !

L’épée de Damoclès 

Selon moi, il est plus dangereux d’évoluer sur la Terre en étant jeune que de vivre plus âgé, et peut-être plus malade, avec la sagesse acquise suite au passage obligé des ans et des mésaventures. Les jeunes peuvent se « taper » toutes les plus téméraires actions pour devenir des héros. Souvent, rien ne les arrête ! Ils sniffent des peanuts qui sont fabriquées avec de la mort-aux-rats et de la vitre en poudre, avalent des substances et des alcools plus toxiques que du Drano, signent des pactes de suicide, plongent d’un quai ou dans une rivière alors que des dizaines de pancartes avertissent pourtant des dangers, se tirent une balle ou se pendent, car unetelle ou untel les a quittés, roulent avec des machines comme s’il s’agissait de fusées décollant pour Mars… Une vieille religieuse m’a déjà lancé : « Si l’âge de votre enfant contient le son ZE, c’est l’enfer dans sa tête et dans votre vie en l’occurrence. »

Le sens du mot aveugle

Avant que l’excellent neurochirurgien, Hans McLelland, ne me rende la vie et la vue, je n’étais pas seulement aveugle dans le sens littéral du mot. J’étais aveugle dans mes intérêts, dans mes amours, dans mes gestes. Je ne m’arrêtais pas pour observer les nuages, pour bercer un enfant en lui fredonnant de jolis mots, pour humer un jasmin ou siroter un délicieux verre de vin. Je ne goûtais pas à mes plus suaves émotions. 

Il est là l’héroïsme pur : il est dans la capacité, la sagesse et la sérénité de saisir le moment présent et de le croquer comme une pomme pendant que la saison est belle. Et ce que Molière a écrit, comme nous naissons sans garantie, nous devrions tous l’insérer dans notre code génétique dès notre naissance : « On ne meurt qu’une seule fois et c’est pour si longtemps. »

Chantal Potvin,

enseignante au niveau secondaire