Tribune

Les invasions imaginaires

TRIBUNE / Doit-on être préoccupé par la montée de la droite au Québec ? La chroniqueuse Marielle Couture, du site Mauvaise Herbe, s’exprime sur le sujet.

OPINION / Craindre. Voilà un mot qui porte une lourde charge. Car la peur est un réflexe millénaire qui suscite une réponse à la fois physiologique et subjective. C’est un sentiment de l’ordre des émotions, qui repose sur un principe d’anticipation. Or, le contexte social et économique ne peut que nourrir l’incertitude en chacun (e) de nous. Le futur est plus incertain que jamais – c’est la science qui le dit –, et l’inconnu engendre la peur.

Les groupes se réclamant d’une idéologie de la droite radicale se multiplient au Québec.

Dans les dernières années, la Fédération des Québécois de souche a fait des petits : Atalante, les Soldats d’Odin et la Meute sont parmi les plus médiatisés. Ces groupes, qui font beaucoup de bruit sur les réseaux sociaux, mobilisent de plus en plus de gens en s’attaquant notamment à l’immigration et en cultivant une opposition entre les différences identitaires. Ils instrumentalisent la peur dans un discours se légitimant de l’identité et des valeurs nationales (sans jamais clairement les définir). Ils entretiennent la confusion en se drapant dans la vertu laïque et la liberté d’expression. Toutes ces incohérences langagières ne sont pas anodines. Elles contribuent à normaliser un discours qui porte préjudice à des personnes. Le racisme est un délit, pas une opinion.

Celles et ceux qui ont peur se faire « envahir » devraient se souvenir avant tout que nous occupons des territoires autochtones non cédés. Comme on regarde sous le lit, pour rassurer (tu vois, il n’y a pas de monstre ici), il est intéressant de constater que les propos islamophobes de groupes comme la Meute ne passent pas l’épreuve des faits : les Musulmans représentent à peine 3,5 % de la population québécoise. Parmi ceux-ci, on estime qu’environ 10 % appartiendraient à des franges plus radicales de l’islam, soit 0,3 % de la population. Envahissement, vous disiez ?

Les partis politiques, plongeant tête première dans la démagogie, saisissent l’opportunité de séduire un électorat désabusé. Car ces groupes attisent l’insatisfaction d’une part grandissante de la population envers l’État, générant par là une forme de compétition rhétorique pour rallier le plus de gens possible. Ainsi prolifère le populisme, si nocif à la vie démocratique et au vivre ensemble, avec son lot de racisme ordinaire.

Les groupes de la droite identitaire stigmatisent une partie de la population, cristallisent les craintes populaires et normalisent gravement des mots et concepts et qui ont fait grand tort à l’humanité au cours de son histoire. Les symboles, images et mots qu’ils utilisent sont librement empruntés à des groupes d’extrême droite qui prônent une haine décomplexée. Devant un tel détournement sémantique de tout et son contraire, on assiste à l’apparition d’absurdités tel que le racisme anti-blanc. Dans le débat public, on ridiculise la « gogauche » et sa volonté d’inclusivité, comme si s’élever contre l’intolérance et la xénophobie était possiblement une insulte. Antifa est l’abréviation d’antifasciste. Antifa ne représente pas un groupe de personnes (bien que certains individus s’approprient le mot avec violence), mais une posture idéologique contre le fascisme. Un petit tour du côté du dictionnaire et un bref devoir de mémoire suffisent à nous rappeler qu’il est sain de craindre une montée de la droite radicale, partout, à toutes les époques.

Il me semble ainsi primordial de faire un effort pour comprendre les peurs et les insécurités des personnes qui adhèrent à de tels discours. Plutôt que de disqualifier et marginaliser les gens, tenter de saisir et surtout de répondre aux peurs sociales. Les mots sont importants et comprendre apaise la peur. Ouvrir le dialogue, cultiver une curiosité pour la diversité et poser des questions aux personnes directement concernées par les enjeux sont autant de manières de faire obstacle au populisme ambiant.

Peut-être est-il temps de définir et affirmer l’identité culturelle québécoise, sans le faire au détriment d’autres humains ?

Marielle Couture

Tribune

Revoir nos politiques

TRIBUNE / Doit-on être préoccupé par la montée de la droite au Québec ? L’éthicien et philosophe Sébastien Lévesque s’exprime sur le sujet.

OPINION / Depuis plus de 10 ans, au Québec, la question nationale a progressivement laissé place à un débat sur l’identité et les « valeurs québécoises ». Parallèlement, un peu partout en Occident, nous avons assisté à une montée de la droite, dont le point culminant fut certainement l’élection de Donald Trump aux États-Unis. Et au Canada, bien que les années Harper soient maintenant derrière nous, il n’en demeure pas moins que certains thèmes de prédilection de la droite sont devenus pour ainsi dire incontournables, de sorte que même lorsque la droite n’est pas au pouvoir, elle exerce sur nos politiques publiques une influence certaine et plus encore sur nos préoccupations collectives.

Mais qu’est-ce que la droite ? La question vaut la peine qu’on s’y attarde, puisqu’en dépit de son usage communément répandu, le concept de droite est loin d’aller de soi et s’avère plus complexe qu’il n’y paraît. Cela s’explique notamment par le fait que la droite n’est pas un ensemble homogène, mais qu’elle est au contraire composée de diverses idéologies et doctrines qui n’ont parfois que peu en commun, si ce n’est une conception générale de l’être humain. Habituellement, on divise la droite en deux grands types de « familles » idéologiques : d’abord, il y a la droite économique, pour qui le libre marché constitue le meilleur moyen de maximiser la richesse des nations, puis il y a la droite sociale ou morale, pour qui le pouvoir de l’État doit être mis au service du maintien de l’unité ou de la cohésion sociale. Dans ce texte, je m’attarderai surtout à la droite conservatrice puisque c’est elle qui suscite généralement le plus d’appréhensions.

Une mouvance réactionnaire ? D’aucuns accusent d’abord la droite d’être réactionnaire, c’est-à-dire d’être réfractaire au changement (au progrès) et de prôner une sorte de retour vers un état social ou politique antérieur inspiré d’une vision idyllique ou idéalisée du passé. Cette accusation n’est pas sans fondement, puisque le conservatisme constitue effectivement une idéologie dont le principal objectif est de maintenir « l’unité morale » de la société autour de valeurs communes issues de la tradition. Seulement, si les conservateurs sont réfractaires au changement, ce n’est pas simplement sous l’effet de la nostalgie, mais plus fondamentalement parce qu’ils se méfient de ceux qui nous promettent des lendemains qui chantent. Selon eux, le progrès n’est peut-être qu’une illusion dont le prix à payer serait la perte de nos repères, donc une dévaluation (ou décadence) de la société dans son ensemble.

Populiste, la droite ? On accuse aussi la droite d’être populiste, c’est-à-dire d’avoir recours aux « passions » du peuple pour parvenir à ses fins. Au Québec, par exemple, on a accusé le Parti québécois de jouer sur les craintes de la population face à l’immigration pour tenter d’assurer sa réélection. Dans le même ordre d’idée, on note aussi l’existence de groupes comme la Meute ou la Fédération des Québécois de souche qui, en dépit du fait qu’ils soient marginaux, jouissent d’une certaine notoriété et tiennent un discours susceptible de mobiliser la peur ou à tout le moins de susciter la méfiance de la population à l’égard de certains groupes minoritaires. Quoi qu’on puisse en penser, la question de savoir comment nous devons gérer les préoccupations des citoyens demeure cependant entière.

Au final, je ne suis donc pas certain que nous puissions parler d’une véritable montée de la droite au Québec, et encore moins qu’il faille la craindre. Ce qui est clair, en revanche, c’est que nous assistons actuellement à une vaste reconfiguration des forces politiques autour de nouveaux enjeux comme la mondialisation et le multiculturalisme. Dans ce contexte, il va probablement de soi que les questions entourant l’identité et les valeurs communes soient appelées à prendre davantage de place. Et à mon sens, plus que la droite elle-même, ce que nous devons craindre est l’incapacité de nos politiques à prendre en charge intelligemment les préoccupations légitimes de la population face à un monde en profonde mutation.

Sébastien Lévesque

Opinions

Vague rose contre boys club

TRIBUNE / Professeure par intérim de l'Unité d'enseignement en lettres de l'UQAC, Anne Martine Parent, s'exprime sur l'élection de femmes à la mairie de villes telles Saguenay et Montréal.

Dimanche dernier, une vague rose a fait sentir ses effets lors des élections municipales au Québec. Le fait qu’on fasse de l’élection de plusieurs femmes un phénomène qui mérite d’être nommé montre à quel point nous sommes encore loin d’une parité hommes-femmes en politique. Mais cette vague rose est peut-être le début de quelque chose de nouveau ; elle est, en tout cas, une bonne nouvelle et une source d’espoir.

Il est significatif d’ailleurs que Josée Néron à Saguenay, comme Valérie Plante à Montréal, a fondé sa campagne sur l’idée du changement, changement qui ne porte pas uniquement sur le contenu, c’est-à-dire les projets (Saguenay ville durable, la parité au bureau de l’ombudsman), mais aussi sur le contenant, la forme, la manière même de faire de la politique. Josée Néron propose une nouvelle manière de gouverner dont les mots-clés sont la transparence, l’intégrité, le respect, l’écoute (voir l’article de N. Boivin dans Le Quotidien du 5 novembre 2017). On me répondra qu’un homme peut proposer la même chose. Bien entendu. La transparence, l’intégrité, le respect et l’écoute ne sont pas des valeurs réservées aux femmes (de la même manière qu’une femme au pouvoir n’est pas la garantie d’une nouvelle forme de gouvernance). Mais ce n’est pas un hasard si aujourd’hui ce sont des femmes qui proposent ces changements. Tant que la politique, municipale ou à un autre niveau, sera menée par un boys club, les femmes continueront d’en faire les frais. Les femmes sont les premières victimes des boys club (et je ne parle pas ici, en tout cas pas uniquement, de l’intimidation dont a été victime Josée Néron lorsqu’elle était chef de l’opposition), il n’est donc pas étonnant qu’elles remettent en question une certaine manière de faire de la politique et qu’elles veuillent faire les choses autrement.

La mouvance qu’on a observée au Québec dimanche dernier, cette accession des femmes au pouvoir, arrive dans le sillage du mouvement #MeToo (#moiaussi) où de nombreuses femmes ont révélé avoir été agressées et/ou harcelées sexuellement et ont dénoncé la culture du viol qui avait excusé et minimisé la violence dont elles étaient victimes. Des hommes de pouvoir qui agissaient depuis des années en toute impunité ont soudainement dû faire face aux conséquences de leurs actes. Je veux croire que ce n’est pas une coïncidence si l’éclatement du plafond de verre auquel nous avons assisté dimanche dernier, l’élection de femmes comme Josée Néron et Valérie Plante, se produit à la suite de #MeToo et de la chute de certains hommes qui avaient beaucoup de pouvoir et en abusaient. Les boys club s’effondrent ; les femmes prennent la parole et le pouvoir, les femmes prennent la place qui leur revient. (Rappelons au passage qu’avant #MeToo, il y avait eu #AgressionNonDenoncee [#BeenRapedNeverReported] en 2014, mouvement qui avait été initié par la journaliste Sue Montgomery, elle aussi élue dimanche comme conseillère municipale à Montréal [arrondissement Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce].

Quelques mois avant l’élection de Josée Néron à la mairie du Saguenay, Nicole Bouchard est devenue la rectrice de l’UQAC. C’est la première fois qu’une femme accède à ce poste à l’UQAC. Mme Bouchard a aussi fait campagne en s’engageant à diriger autrement ; la transparence et l’intégrité ont aussi été au cœur de ses promesses pour une gouvernance différente. Et à l’UQAC, comme à la ville de Saguenay, les gens ont voté pour le changement. Ce qui nous donne, à Saguenay, une configuration intéressante : une femme à la mairie, une rectrice à l’université, et nous avions déjà une femme à direction du CIUSS, Mme Martine Couture. Trois grandes institutions publiques du Saguenay ont à leur tête une femme. Espérons qu’elles pourront montrer aux membres des boys club qu’il est possible de faire les choses autrement.

Reste maintenant le secteur privé : à quand une femme à la tête de Rio Tinto ?

Anne Martine Parent,

directrice par intérim de l'Unité d'enseignement en lettres de l'UQAC

Opinions

Le boys club n'est pas mort

TRIBUNE / Notre chroniqueuse Isabel Brochu s'exprime sur l'élection de femmes à la mairie de villes telles Saguenay et Montréal.

Plusieurs personnes, dont des féministes, se réjouissent de la venue d’une femme à la tête de Saguenay. Avec raison. La présence d’une femme à la mairie de Saguenay est d’abord et avant tout une avancée démocratique. Un plafond de verre est brisé, une femme est enfin élue à ce poste occupé depuis toujours par des hommes. Toutefois, le problème de parité demeure entier et gangrène ce palier décisionnel. Rappelons qu’il n’y a que deux femmes élues comme conseillères, une représentation de 13 % de femmes au conseil (18 % avec la mairesse). Une diminution par rapport à l’ancien conseil (26 % de femmes). Il s’agit donc d’un recul important en terme de parité. De plus, quatre des conseillers réélus (Carl Dufour, Simon-Olivier Côté, Jonathan Tremblay et Marc Pettersen) étaient sous l’ancienne administration et n’ont jamais levé le petit doigt, ni ouvert la bouche, pour défendre Josée Néron, Christine Boivin et Julie Dufour alors qu’elles étaient victimes de propos et attitudes sexistes inacceptables. Non, le boys club ne meurt pas avec l’arrivée de Josée Néron.

Un boys club n’est pas seulement un groupe, réseau ou organisation où il y a plus d’hommes que de femmes. Si c’était une question mathématique, ce serait réglé depuis longtemps. Il y a des causes sous-jacentes qui freinent l’atteinte de la parité dans les lieux décisionnels. Un boys club c’est surtout une façon de penser, de s’entraider entre « chums » et, évidemment, d’obtenir, d’organiser et de se maintenir le pouvoir. Les nombreuses publications de la page Facebook « Décider entre hommes » en fait une démonstration par la photographie. J’ai mentionné récemment, dans une chronique, que des recherches montrent que la ville est faite « par et pour les hommes ». Voilà l’ampleur du travail : changer fondamentalement le caractère masculin de l’organisation municipale. Atteindre la parité est donc un idéal et, sans être une garantie, un des moyens de se débarrasser des boys clubs. Souhaitons que Josée Néron soit soutenue par des collègues, femmes et hommes, pour amorcer un réel changement de paradigme à l’hôtel de ville de Saguenay. En 2016, l’ancien conseil municipal de Saguenay a signé le manifeste pour une gouvernance locale et régionale porté par Récif 02. Espérons que cette volonté soit encore présente et qu’elle s’exprime par des gestes concrets. Pensons par exemple à l’adoption d’une politique de parité dans la composition de tous les comités ou commissions relevant du conseil municipal. Inutile de nous servir le faux argument des compétences, il va de soi pour les féministes. Évidemment, le fait de n’avoir que deux conseillères rend la tâche difficile et montre bien comment se reproduisent les problèmes de parité.  

Les féministes ne sont pas de grandes naïves. Si elles se réjouissent de la venue d’une mairesse à Saguenay, elles connaissent les écueils du chemin qui reste à parcourir avant d’atteindre la parité et encore plus l’égalité. Il y a des inégalités économiques et sociales à Saguenay. Les politiques municipales peuvent améliorer la situation. Toutefois, plusieurs d’entre elles persistent parce qu’elles relèvent d’un système économique qui, lui aussi, est rempli de boys clubs qui reproduisent les inégalités. Josée Néron ne peut à elle seule porter le poids du changement parce qu’elle est une femme et la première mairesse. Souhaitons que les conseillers se prononcent enfin sur cette question. Ce serait trop facile de lui faire porter l’odieux d’un système conservateur qui maintiendra une résistance sans faille.

Ne boudons pas cette victoire : une première femme a été élue à la mairie de Saguenay. Pendant la campagne, elle a défendu son programme sans attaque personnelle ou insulte envers les autres. Elle a donné un nouveau ton. Que s’élèvent maintenant d’autres voix dans ce conseil municipal pour l’appuyer dans l’application d’une parité et de politiques visant à atténuer les inégalités entre les hommes et les femmes à Saguenay. 

Isabel Brochu

Tribune

L'école à la maison: ce qu'en dit la recherche

LA TRIBUNE / L’école à la maison, qu’en pensez-vous ? Stéphane Allaire est professeur au département des sciences de l’éducation de l’UQAC. Il se prononce sur la question.

L

’école à la maison est une réalité méconnue et qui questionne. Pourquoi priver des enfants du système d’éducation formel dont la société québécoise s’est dotée et qui, en dépit de certaines lacunes, demeure de grande qualité ? La question interpelle d’autant que cette option marginale, qui est enchâssée dans la Loi sur l’instruction publique, est en pleine croissance au Québec. De 388 enfants recensés en 2002 par le ministère de l’Éducation, ce nombre est passé à 1032 en 2010. Aujourd’hui, on estime qu’il se situe entre 2000 et 8000. L’imprécision de l’estimation vient du fait que 40 % des parents ne déclareraient pas la situation auprès des autorités scolaires, malgré qu’ils soient tenus de le faire.

Qu’est-ce qui amène des parents à choisir l’école à la maison ? La poignée de recherches québécoises – dont la pionnière est la professeure Christine Brabant de l’Université de Montréal – a permis d’identifier cinq principaux motifs : un désir de se doter d’un projet familial de longue haleine ; une objection au mode d’organisation sociale et pédagogique de l’école ; un potentiel d’enrichissement pour les enfants ; une préoccupation marquée à l’égard du développement social et affectif de l’enfant ; un désir de transmettre des valeurs différentes de celles de l’école. En bref, dans plusieurs cas, on relate que le choix découle d’une expérience négative vécue par les parents alors qu’ils étaient sur les bancs d’école. Les travaux de recherche menés au Canada anglais et aux États-Unis mettent en lumière des motifs semblables.

Des résultats supérieurs à ceux de l’école

Qu’en est-il de la réussite éducative des jeunes qui apprennent à la maison ? Les travaux de recherche sont plutôt consensuels à l’effet que les résultats sont supérieurs à ceux de l’école publique pour les aspects suivants : habiletés sociales ; maturité sociale ; confiance en soi ; habiletés de communication ; interaction en groupe ; leadership ; résultats scolaires, en particulier en mathématiques et en lecture. 

Il importe toutefois de mettre ces résultats en perspective à partir de trois éléments. D’abord, au plan méthodologique, il se pourrait que les résultats soient surestimés par le fait que les familles qui réussissent le mieux participent davantage aux recherches que celles qui ont moins de succès. 

Ensuite, la grande individualisation de l’apprentissage à la maison procure un avantage indéniable à ce contexte d’éducation, en comparaison à la complexité de la gestion d’une classe de 30 élèves. 

Enfin, 75 % des parents qui font l’école à la maison sont détenteurs d’une formation de niveau postsecondaire. Qui plus est, dans près d’une famille sur deux, on retrouve un parent qui possède une formation ou une expérience de travail en éducation. Nombre de parents qui se lancent dans cet ambitieux projet familial ne le font donc pas de façon intuitive.

Bien que l’école à la maison demeure une option marginale, son essor au cours des 15 dernières années au Québec illustre un véritable besoin. 

Ce dernier rejoint d’ailleurs des orientations qui sont en croissance eu égard à l’apprentissage en contexte scolaire, c’est-à-dire le décloisonnement des parcours de formation et la personnalisation de l’apprentissage. Ces éléments occupent d’ailleurs une place importante dans le rapport sur la prise en compte de la diversité des élèves que le Conseil supérieur de l’éducation a fait paraître cette semaine.

Pour plus d’information sur l’école à la maison :

Brabant, C (2013). L’école à la maison au Québec : un projet familial, social et démocratique. Québec : Presses de l’Université du Québec. 280 pages.

La Tribune

L'école à la maison: apprendre différemment

LA TRIBUNE / L’école à la maison, qu’en pensez-vous ? Sébastien Lévesque est enseignant de philosophie au niveau collégial. Il se prononce sur la question.

Alors que la commission de la culture et de l’éducation vient tout juste de terminer l’étude du projet de loi 144, le public est appelé à en connaître davantage sur l’école à la maison, une option éducative qui demeure marginale, mais qui tend néanmoins à gagner en popularité depuis quelques années. En 2015-2016, au Québec, on estimait à environ 2000 le nombre d’enfants scolarisés à la maison. Ce chiffre demeure cependant incertain puisque pour le moment, un flou juridique entoure cette option et dans les faits de nombreux parents ne déclarent pas leurs enfants auprès d’une commission scolaire.

La première question que les gens se posent lorsqu’il est question de l’école à la maison est généralement la suivante : pourquoi faire l’école à la maison ? Pourquoi, en effet, ne pas envoyer ses enfants à l’école comme tout le monde ? Avant tout, une petite précision s’impose sur l’expression « école à la maison », qui est en réalité un peu trompeuse, car s’il y a bien une chose que la plupart des parents-éducateurs cherchent à éviter, c’est de reproduire à la maison ce qui se fait à l’école. Ce qu’ils souhaitent, au contraire, c’est expérimenter une philosophie de l’éducation et des approches d’apprentissage différentes de celles que l’on rencontre normalement à l’école.

Aussi, contrairement à la croyance populaire, ce ne sont pas des motifs religieux qui orientent le plus souvent le choix de ces parents, mais plutôt des motifs de nature pédagogique. Plusieurs d’entre eux considèrent en effet que l’école traditionnelle n’est pas à même d’offrir à leurs enfants un environnement suffisamment stimulant sur le plan intellectuel, ou encore de répondre à leurs besoins particuliers (faute de ressources, notamment). Ce dernier point est important, car il repose sur la nécessité de reconnaître que chaque enfant est unique dans ses aptitudes et dans son rythme d’apprentissage.

Qu’en dit la loi ? L’autre question que se posent le plus souvent les gens au sujet de l’école à la maison est relative à sa légalité. Faire l’école à la maison, est-ce bien légal ? À ce propos, l’article 15.4 de la Loi sur l’instruction publique atteste bel et bien de la légalité de l’école à la maison. Mais comme je l’ai mentionné précédemment, un flou juridique persiste autour de cette option, la loi se contentant ni plus ni moins d’énoncer le principe selon lequel l’enfant exempté de fréquentation scolaire doit recevoir à la maison une expérience éducative « équivalente » à celle dispensée à l’école. Bref, c’est légal, mais la loi demeure très peu explicite sur le sujet.

C’est d’ailleurs ce qui explique pourquoi tant de parents-éducateurs ne se rapportent pas à une commission scolaire. En l’absence de règles claires, ces derniers craignent de rencontrer une opposition abusive ou arbitraire à leur projet éducatif. Dans ce contexte, le projet de loi 144 pourrait donc s’avérer salutaire puisqu’il entend définir et baliser les droits et responsabilités des différentes parties concernées. Ainsi, s’il va de soi que la société a la responsabilité de s’assurer que chaque enfant reçoit une éducation adéquate, il convient par ailleurs de rappeler que c’est avant tout aux parents que revient la responsabilité d’en assurer la mise en œuvre, bien que la majorité d’entre eux choisissent de déléguer ce rôle à l’école.

Et la socialisation dans tout ça ? Finalement, la principale crainte ou critique adressée à l’école à la maison est sans contredit celle liée à la socialisation. Cette préoccupation est légitime, certes, mais ne manque pas d’ironie à une époque où l’on constate que les cas d’agression et d’intimidation sont légion à l’école. Évidemment, l’idée ici n’est pas de faire le procès de l’école et encore moins de chercher à isoler les enfants, mais simplement de montrer que d’autres modèles de socialisation existent. Et à ce propos, il est bon de noter que les recherches effectuées sur le sujet tendent à démontrer que les enfants éduqués à la maison sont aussi bien socialisés que les autres. Seulement, ils le sont différemment. Cela résume d’ailleurs très bien ce qu’est l’école à la maison, c’est-à-dire une façon différente d’envisager l’éducation.

Tribune

L’éducation: une priorité

LA TRIBUNE / Avec ses quatre établissements collégiaux et son université, la région dispose d’outils de développement de premier plan. Or, il est peu question d’éducation dans la campagne municipale qui bat son plein. L’enseignant à l’UQAC Stéphane Allaire et le directeur général du Cégep de Jonquière Raynald Thibeault abordent la question.

En prétendant que l’éducation doit être une priorité, je ne suis pas trop loin de la vérité. Du préscolaire au niveau universitaire, nous sommes tous touchés que ce soit à titre d’élèves, d’étudiantes ou étudiants, de citoyennes ou citoyens, de parents, d’employés, d’employeurs, de décideurs et d’élus. L’éducation nous interpelle, je dirais même plus : l’éducation nous concerne au premier chef, ne serait-ce que par sa dimension socio-économique.

À ce titre justement, les élus municipaux ont un rôle majeur à jouer pour qu’une saine dynamique scolaire–municipale soit mise en place et génère une mobilisation constructive au sein de la société. Une dynamique positive entre les milieux d’éducation et le monde municipal ne peut que bien servir la communauté. Évidemment, il nous vient tout de suite à l’esprit le partage des infrastructures respectives qui doivent être optimales, complémentaires et réellement mises au service de toute la population. Il est logique de concevoir le continuum de l’élève qui utilise ces infrastructures le jour et les utilisera en soirée et les fins de semaine une fois devenu adulte.

Toutefois, cette complicité doit aller plus loin et ne pas se limiter aux infrastructures, mais se retrouver d’abord et avant tout sur le plan d’une communication limpide et fluide, je dirais même naturelle entre les élus municipaux et les acteurs concernés dans les établissements d’enseignement. Une communication naturelle suppose des réflexes de partage, de compréhension des rôles respectifs et d’un perpétuel souci d’efficacité par, notamment, des échanges qui doivent se faire davantage, pour ne pas dire toujours, en amont des projets.

Si les établissements d’enseignement ont comme mission de tout mettre en oeuvre pour que leurs élèves, étudiantes et étudiants deviennent des citoyennes et citoyens qualifiés, bien entendu, mais aussi accomplis, responsables et épanouis, il est tout aussi vrai de penser que les municipalités et leurs élus ont celle de fournir un milieu de vie propice à leur réalisation incluant les activités reliées à la promotion et la valorisation d’étudier, de travailler et de vivre au Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Je suis persuadé que les élus municipaux réalisent qu’ils ont également un rôle d’ambassadeur à jouer, lorsque l’occasion se présente, envers les établissements d’enseignement de toute la région. Avec la responsabilité d’élu vient celle de représentant d’une municipalité avec tout ce qui s’y passe et qui constitue son potentiel attractif. En ce sens, les établissements d’enseignement de la région, au regard de toute la gamme d’expertises et de la diversité des services qu’ils offrent, constituent une vraie belle carte de visite. Cette carte de visite est à la disposition des élus municipaux qui, je l’espère, n’hésiteront pas à l’utiliser.

Je suis conscient que le rôle d’élu municipal est un rôle pivot qui se situe à un carrefour stratégique entre le municipal, le scolaire, l’entreprise, les milieux de la santé et communautaire. Il est important que l’élu municipal prenne bien la mesure de sa responsabilité en établissant les liens entre ces différents acteurs dans le développement de la Ville. Les entreprises, tout comme les organismes de santé et le communautaire, ont besoin de savoir, de savoir-être et de savoir-faire, ce que les établissements d’enseignement s’appliquent à faire le mieux possible. En somme, je dirais donc que les intervenants en éducation ont besoin des élus municipaux pour maintenir des liens entre les différents acteurs d’un même secteur, d’une même région, pour mener à bien l’ensemble des projets de la collectivité.

La région a la chance de compter sur de nombreux et beaux cerveaux qui sont tantôt sur les bancs d’école, tantôt dans les milieux de travail ou bien dans des instances régionales. Il nous appartient tous de leur donner l’occasion d’être mis à profit afin qu’ils contribuent à faire de notre région le meilleur endroit pour y vivre. L’élu municipal devient un stratège important dans cette dynamique incontournable à mettre en place.

Raynald Thibeault, directeur général du Cégep de Jonquière

Tribune

Une région et sa jeunesse

LA TRIBUNE / Avec ses quatre établissements collégiaux et son université, la région dispose d’outils de développement de premier plan. Or, il est peu question d’éducation dans la campagne municipale qui bat son plein. L’enseignant à l’UQAC Stéphane Allaire et le directeur général du Cégep de Jonquière Raynald Thibeault abordent la question.

Nul besoin de posséder une formation pointue pour comprendre que le développement territorial repose sur deux piliers : la disponibilité d’emplois et la présence d’une éducation de qualité. Partant de ce principe, et considérant le rôle des municipalités dans l’essor d’une région, on s’étonne de l’absence de discussions de fond portant sur l’éducation dans le cadre de l’actuelle campagne électorale. À Saguenay, l’Équipe du renouveau démocratique a le mérite d’avoir rédigé quelques orientations précises. Toutefois, à l’instar des autres candidatures, ces idées sont demeurées en filigrane des interventions publiques. Pourtant, on claironne que l’avenir passe par la jeunesse. Pour être conséquent avec cette formulation populaire, il semble approprié de se soucier plus explicitement de cette jeunesse chérie, incluant celle qui ne dispose pas encore du droit de vote. Car l’apprentissage de la participation à la vie sociale et citoyenne ne frappe pas dans la nuit du 18e anniversaire de naissance.

En plus de la mission d’instruction et de qualification qui est politiquement confiée aux établissements scolaires, ces derniers sont tenus de contribuer à la socialisation des jeunes. Il s’agit de cultiver l’apprentissage du vivre ensemble et la préparation de citoyens responsables. Des actions tangibles sont posées dans les écoles, en complément à celles des familles. Cela dit, le vivre ensemble et la citoyenneté responsable ont aussi une résonnance dans un contexte plus vaste. En effet, un individu, peu importe son âge, s’intègre progressivement au fonctionnement et aux activités de sa communauté locale et régionale. Or, comment la communauté contribue-t-elle à cette insertion ? Comment arrime-t-elle sa contribution à celle de l’école pour qu’il y ait cohérence et continuité ? Les enjeux associés à ces questions sont importants pour l’avenir des jeunes et, par conséquent, pour celui de notre collectivité : connaissance appropriée des possibilités du milieu d’appartenance, capacité de projection dans l’avenir, rétention…

C’est bien connu, le numérique donne accès à une mine d’informations. Jeunes et moins jeunes en consomment abondamment quotidiennement. Le numérique, c’est aussi un réseau qui offre des possibilités inédites d’interactions entre les individus ; ingrédient fondamental de la vie sociale et citoyenne. En d’autres mots, le numérique donne accès à des personnes difficilement accessibles autrement. S’il est pertinent de réfléchir aux infrastructures physiques, une municipalité du 21e siècle se soucie également de l’infrastructure numérique, dont celle consolidant des liens sociaux.

Vers une région qui contribue à l’éducation de ses jeunes en réseau

La recherche a montré depuis longtemps que la famille et l’école, en dépit de toute leur importance, ne sont pas les seuls acteurs à contribuer au devenir des jeunes. C’est dans cette foulée qu’un groupe de chercheurs de l’UQAC travaillent actuellement au développement d’une infrastructure sociale et numérique permettant à d’autres acteurs de la communauté régionale de contribuer à ce devenir (http ://regioneducative.quebec). On peut penser, par exemple, à des muséologues, des artistes, des scientifiques, des auteurs, des entrepreneurs, des journalistes, voire des élus, qui accepteraient de partager leur expérience et leurs connaissances à des jeunes. À quelles fins ? Pour procurer du sens à ce qu’ils apprennent. Pour leur fournir des modèles inspirants. Pour les encourager dans leurs aspirations scolaires et professionnelles. Pour accentuer les liens intergénérationnels, et ainsi contribuer à la préparation d’une relève qui réussit à s’intégrer pleinement à sa communauté régionale.

Il y a d’autres idées prometteuses. L’important est de prendre conscience de l’enjeu que représente l’éducation de la jeunesse pour la politique municipale, d’en discuter et de mettre en place des actions concrètes.

Stéphane Allaire, enseignant à l’UQAC

Tribune

Une région intelligente

TRIBUNE / À l’aube d’élections municipales, il est question de villes intelligentes. Pour bien des gens, ce concept demeure toutefois intangible. Le président du Groupe de travail numérique (Sommet économique régional), Dave Gosselin, aborde le sujet.

OPINION / Stimuler la création de nouveaux piliers économiques en région et attirer des investissements à haute intensité technologique. Voilà ce que nous devons faire. Nous ne devons et ne pouvons avoir une culture de l’attentisme face aux marchés. Nous devons construire au Saguenay-Lac-Saint-Jean une nouvelle économie du savoir basée sur l’entrepreneuriat collaboratif. En faire une région intelligente où s’imbriquent des villes intelligentes ! Et le numérique est l’un des outils pour y arriver. Un mouvement collaboratif pas si simple à faire quand nous avons tous été témoin des historiques guerres de clocher ! Comme me disait récemment et de manière imagée Sébastien Harvey du Centre d’art actuel Bang : « Ces clochers doivent maintenant nous servir de bornes WiFi afin de nous mettre en réseau ! » L’époque et les gens changent.

Oui, il y a la ville intelligente où la performance urbaine ne dépend plus seulement des infrastructures via son capital physique, mais aussi, et de plus en plus, de la disponibilité et la qualité de la transmission du savoir et de l’innovation. Ce que j’appellerais le capital intellectuel et technologique. Cependant, ces municipalités font partie du Saguenay-Lac-Saint-Jean : la région intelligente. Notre région, tout comme chaque municipalité, doit également se définir et se doter d’un développement territorial apte à répondre à l’évolution et à l’émergence des nouveaux besoins des institutions, des entreprises et des citoyens, tant sur le plan économique, social, qu’environnemental.

Tribune

Bientôt à Saguenay?

TRIBUNE / À l’aube d’élections municipales, il est question de villes intelligentes. Pour bien des gens, ce concept demeure toutefois intangible. L’analyste de Devicom Jean-Luc Doumont aborde le sujet.

OPINION / Depuis des semaines, cette question suscite de plus en plus d’intérêt de la part des élus, des entreprises et des médias. Pour bien comprendre ce qu’est le concept de « ville intelligente », il faut en comprendre les prémices et bien interpréter l’ensemble des enjeux qui s’y rattachent.

Le terme « ville intelligente » (« smart city » en anglais) désigne une ville qui utilise les technologies de l’information (TI) pour améliorer l’ensemble des services urbains ou encore afin de réduire les coûts. À travers le monde, les smart cities sont implantées en Espagne, en France, Pays-Bas, Le Caire, Dubaï, Abou Dabi ou l’Inde. Plus près de nous, Québec et Montréal (qui d’ailleurs possède son propre bureau de développement) travaillent actuellement sur 70 projets misant sur l’innovation collaborative.