Stress et attention : un défi en temps de pandémie

OPINION / Depuis quelques semaines, des difficultés d’attention et des oublis apparaissent dans le fonctionnement quotidien de plusieurs personnes : oubli de l’endroit où ils ont laissé des objets courants, incapacité à se concentrer sur ce qu’ils lisent, difficulté à retrouver ce qui se cache sous nos yeux, oubli de rendez-vous, etc. Ces difficultés attentionnelles qui apparaissent tranquillement sont-elles normales ou faut-il s’en inquiéter ? Quoi faire pour améliorer la situation ? Afin de répondre à ces questions, établissons le lien entre l’attention, le cerveau et le stress vécu ou perçu depuis la situation engendrée par la COVID-19.

L’attention est une fonction du cerveau qui est influencée par plusieurs facteurs. Si certaines personnes ont une facilité à maintenir leur attention sur une tâche, c’est plus fragile pour d’autres. On peut aussi penser à la façon dont la douleur, la fatigue ou une grosse grippe peuvent jouer avec notre attention.

Les facteurs environnementaux sont également très variés. Les conditions dans lesquelles on se retrouve peuvent être autant aidantes que nuisibles pour l’attention. Par exemple, si on tente de se concentrer sur une recette alors qu’un enfant nous pose une question ou qu’il y a de gros bruits, alors qu’on tente de mémoriser un numéro de téléphone, il peut être difficile d’être attentif et d’amener cette information à notre mémoire.

Le stress est un autre facteur non négligeable. Il peut moduler l’attention de façon positive ou négative. Le stress peut nous être très utile pour porter attention à un bruit de sirène pour faire de la place au policier qui veut passer sur la route, mais il peut aussi être un distracteur important quand on veut se concentrer pour réaliser une tâche et qu’on n’arrête pas de tourner un scénario catastrophe dans notre tête !

Un lien important doit être fait entre le stress et le fonctionnement du cerveau. Il faut tout d’abord se rappeler le rôle premier du cerveau, qui est de détecter les menaces pour nous protéger des dangers et survivre. Devant un danger réel, potentiel ou imaginé, le corps génère des hormones, une réaction biologique de « réponse au stress ». Le stress a donc plusieurs effets sur le corps par l’entremise des hormones. Cette réponse biologique au stress a un rôle très bénéfique pour notre survie, en nous aidant à mobiliser les ressources de l’organisme. Ces hormones se rendent aussi au cerveau et agissent sur deux zones principales : l’amygdale – pas celles de la gorge, mais la partie responsable de l’initiation de la réponse émotionnelle – et le lobe frontal – responsable, entre autres, de la régulation émotionnelle et de la gestion des fonctions exécutives, comme la planification, la capacité de passer d’une tâche mentale à une autre, l’inhibition comportementale permettant d’arrêter un geste et l’organisation.

Depuis le 13 mars, date de l’annonce du confinement, plein d’éléments nous rappellent que le virus peut mettre en danger notre vie, celle de nos proches ou de notre société. La COVID-19 était une menace perçue, qui a généré du stress, lequel a permis à notre organisme de se protéger du danger et de s’adapter aux nouvelles conditions imposées par le virus.

Les hormones de stress, par leur effet sur le cerveau, ont permis de diriger notre attention pour se protéger du danger et de mobiliser nos fonctions exécutives pour organiser notre nouvelle vie, planifier les déplacements vers l’épicerie, inhiber nos mouvements pour faire un câlin ou donner la main à nos proches, ainsi que pour changer nos façons de faire pour appliquer les consignes changeantes. On confine tout, on déconfine les enfants, mais pas les adultes ; on ne porte pas le masque, on change d’idée, on le porte.

Par la suite, plusieurs autres éléments se sont rajoutés : risques de perte d’emploi, nouvelles règles sanitaires (distanciation physique, lavage des mains, port du masque, etc.), déconfinement des régions, retour en classe des enfants et déconfinement des services, entre autres. Tous ces éléments ont également généré du stress à différents niveaux pour chacun d’entre nous et ont nécessité beaucoup d’adaptation.

Trois mois plus tard, qu’en est-il de ce stress, de ses effets sur notre corps et sur notre fonctionnement cognitif ? Ce stress aigu est devenu chronique. Peu importe qu’on croie ou pas au danger du virus, le stress est présent. Dès qu’on est hors de notre maison, les gens, le fonctionnement des services, la radio et la télé sont autant d’éléments pour nous rappeler qu’il peut y avoir un danger ou, du moins, qu’il faut faire attention pour soi et les autres. Notre corps et notre cerveau fonctionnent donc en situation de stress chronique.

Le stress chronique peut avoir des effets plus néfastes sur notre fonctionnement que le stress aigu. Il apporte beaucoup de fatigue, des difficultés de sommeil, de l’irritabilité, diminue nos capacités attentionnelles et notre fonctionnement exécutif. Il faut aussi se rappeler que l’attention est la porte d’entrée de la mémoire : si je ne porte pas attention à ce que mon conjoint me demande, je ne pourrai pas le mémoriser et m’en souvenir plus tard.

Que ce soit le confinement des aînés, la maladie, la perte d’emploi, le changement de revenu, l’isolement social ou les conditions de télétravail, toutes ces contraintes apportent du découragement et de la détresse. Nos ressources adaptatives s’épuisent.

Des symptômes dépressifs, de stress aigu ou post-traumatiques peuvent apparaître, autant pour ceux ayant été atteints par la COVID que les autres. Le fonctionnement social, personnel et professionnel peut être touché. Peu importe la condition, le trouble attentionnel est un symptôme important.

Le meilleur remède : prendre soin de nous ! Des solutions variées sont proposées et il faut se rappeler qu’il n’y a pas une solution universelle. 

Tenter de reprendre le contrôle sur les aspects sur lesquels on peut l’avoir – par exemple, notre alimentation. Trouver des activités qui nous font du bien, que ce soit la cuisine, la peinture, le yoga, parler à un ami ou le tricot. Faire du sport, peu importe l’activité, puisqu’il est démontré que ça peut avoir un effet positif sur le stress.

Votre solution ne sera pas bonne pour l’autre et pourra même varier avec le temps. Il faut aussi être très prudent pour ne pas tomber dans la consommation extrême (alcool, malbouffe, jeux vidéo, etc.).

Pour améliorer l’attention, il faut tenter de diminuer les sources de distraction, autant que possible, mais surtout être bienveillant, exiger moins de soi et des autres, car si perdre des capacités comme la mémoire ou l’attention vous stresse, vous ne faites qu’amplifier le problème.

La professeure Julie Bouchard participe au projet du Centre intersectoriel en santé durable de l’UQAC en présentant la capsule vidéo L’attention et la mémoire en période de stress. Vous pouvez visionner cette capsule au https ://www.facebook.com/CISD.UQAC/.

Vous désirez échanger sur le stress et l’attention en compagnie de Julie Bouchard ?

Rendez-vous le jeudi 18 juin à 18 h au https://uqac.zoom.us/my/quotidien.