Le premier ministre Philippe Couillard et le ministre de l'Éducation Sébastien Proulx entourés d'enfants lors du dépôt de la politique québécoise de la réussite éducative, en juin 2017.

Réussite éducative : ce gouvernement ne passe pas le test

En mars 2017, je proposais une grille pour permettre d’évaluer la politique québécoise (alors à venir) de la réussite éducative.

Lors de son dépôt, en juin 2017, j’ai accordé, en utilisant cet instrument, une note de 8/10 au projet proposé par le ministre. Nous étions d’ailleurs nombreux à manifester, à la lecture de ce document, un optimisme bien réel, quoique prudent. Une année plus tard, le moment est venu de refaire l’exercice à la lumière des décisions qui ont réellement été prises et des actions qui ont effectivement été posées. 

Les directives de corrections sont demeurées les mêmes que celles utilisées en 2017 : j’ai accordé une note variant de 0 à 1 à chacune des 10 mesures suivantes, selon qu’elle ait fait ou non l’objet d’une décision ou d’une action gouvernementale. 

1. Le gouvernement a décidé qu’il fallait cesser d’improviser en éducation: il a procédé à la création d’un Institut national d’excellence en éducation, un organisme indépendant qui devient la référence en ce qui a trait aux pratiques exemplaires qui reposent sur des données probantes.   

Note obtenue : 0

2. Le gouvernement a reconnu que la majorité des enfants vulnérables ne vivent pas en milieu défavorisé : il a pris la décision offrir, d’ici 2022 la maternelle 4 ans à tous les jeunes Québécois. 

Note obtenue : 0.25

3. Le ministre de l’Éducation a identifié la littératie comme un élément fondamental de la réussite scolaire : il a décidé d’assurer, entre autres, un suivi systématique aux lecteurs débutants et d’offrir rapidement une intervention professionnelle à ceux qui éprouvent des difficultés. 

Note obtenue : 1

4. Le gouvernement a affirmé clairement que la qualité de la langue et du dossier académique des candidats à la profession d’enseignant n’était plus négociable : il a décidé d’en faire une exigence d’admission au baccalauréat en enseignement. 

Note obtenue : 0

5. Le ministre de l’Éducation reconnait officiellement que l’enseignement est une profession. Il a décidé que sa pratique devienne encadrée par deux ordres professionnels : celui des enseignants et celui des orthopédagogues. 

Note obtenue : 0.25 

6. Le gouvernement a reconnu la sous-scolarisation des jeunes adultes québécois, particulièrement celle des hommes francophones. Le ministre a donc pris des mesures pour accorder une attention particulière aux difficultés scolaires des garçons et valoriser la présence de modèles masculins de réussite, particulièrement en littératie.

Note obtenue : 0.25

7. Le ministre constate des taux nettement trop faibles de diplomation chez les élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage. Il a révisé la politique en adaptation scolaire et a déposé un plan d’action pour 1) déterminer un plancher garanti de services professionnels, 2) assurer les mesures de prévention et l’intervention précoce en adaptation scolaire, 3) augmenter obligatoirement la formation des enseignants et 4) remplacer l’approche catégorielle (l’exigence d’un diagnostic) pour octroyer le financement et offrir les services adaptés. 

Note obtenue : 0.25

8. Conscient de la confusion qui existe entre les termes diplomation et qualification, le ministre a décidé que dorénavant l’indicateur reconnu au Québec pour évaluer l’évolution de la diplomation au secondaire sera la proportion d’une cohorte d’élèves qui obtiennent, avant l’âge de 20 ans, un diplôme d’études professionnelles (DEP) ou un diplôme d’études secondaires (DES).

Note obtenue : 1

9. Le gouvernement a reconnu que la société québécoise doit communiquer aux jeunes et à leur famille des attentes élevées quant à la réussite éducative. L’âge de fréquentation scolaire obligatoire a donc été haussé à 18 ans ou l’obtention d’un des diplômes du secondaire. 

Note obtenue : 0

10. Le ministre a pris la décision que toutes les écoles doivent dorénavant contribuer à la réussite éducative de tous les élèves. Il a donc fait obligation aux écoles privées et aux écoles publiques à projets pédagogiques particuliers d’adopter une politique inclusive d’admission, respectueuse de la proportion des élèves québécois (20%) handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage. 

Note obtenue : 0

Résultat total : 3.0 /10

Interprétation du résultat et commentaires.

Les décisions qui ont été prises et les actions qui ont été posées par ce gouvernement sont insuffisantes pour lui permettre d’atteindre la note de passage. La présente administration est retombée dans les mêmes ornières que les précédentes : faire toujours encore plus de la même chose, évitant d’agir sur un nombre suffisant des leviers reconnus parmi les plus importants par les meilleurs systèmes éducatifs. Le Québec ne devra pas se surprendre d’obtenir de nouveau les mêmes résultats et de continuer à accuser le même « déficit éducatif ». 

Si la tendance des décisions ministérielles se maintient d’ici la rentrée de septembre, et cela me semble probable, les hésitations, l’indécision et la grande sensibilité de ce gouvernement aux pressions des groupes d’intérêt contribueront ainsi, une fois de plus, à l’échec scolaire et à la sous-scolarisation, pourtant évitables, de plusieurs milliers de jeunes québécois. Faire fi des pratiques exemplaires en éducation a en effet un coût humain : pour plusieurs enfants, adolescents et jeunes adultes, il continuera à être malheureusement bien réel.

Égide Royer, Ph. D. psychologue

Faculté des sciences de l’éducation, Université Laval