Gilles Godin, 74 ans, est accueilli par son fils au parc national de la Pointe-Taillon, après sa traversée du lac Saint-Jean. Il est désormais le doyen du Double défi des deux Mario.

Résilience 101

CHRONIQUE / À travers le Double défi des deux Mario, les participants ont l’opportunité de vivre des difficultés et d’apprendre à les surmonter. C’est une façon unique d’apprendre à composer avec des embûches de la vie et à faire face à l’adversité… tout comme les jeunes atteints du cancer qui participent aux expéditions de la fondation Sur la pointe des pieds.

À notre dernière soirée sur le lac, Mario Bilodeau, un des fondateurs du Double défi des deux Mario, est venu nous rejoindre au campement pour une soirée de partage. Pour la première fois en 11 ans, il n’a pas pu accompagner le groupe sur les glaces, car il s’est cassé la clavicule dans un banal accident de ski, une semaine auparavant.

Qu’à cela ne tienne, il en fallait plus pour l’empêcher de venir passer du temps avec les participants du défi. Le bras gauche attelé, il a passé la nuit sous la tente, avec le sourire aux lèvres, sans jamais se plaindre. Et au petit matin, il a chaussé les skis et attelé son traîneau comme si de rien n’était. Et pas question de le délester de la charge.

Mario Bilodeau est un exemple marquant de résilience. Et il sait mieux que quiconque à quel point une aventure difficile peut aider à croître en tant qu’être humain. « Je suis chanceux d’avoir eu le cancer », a-t-il témoigné à la quarantaine de participants, cordés dans une grande tente sur le lac.

C’est son cancer qu’il l’a aidé à mieux apprécier chaque petit moment de la vie et à continuer à s’émerveiller. Atteint d’un cancer rare à l’âge de 20 ans, il a vécu une récidive intense à 30 ans, forçant une opération majeure pour lui enlever une tumeur de la taille d’un pamplemousse. À travers cette expérience douloureuse, il a néanmoins gardé le moral et continué à croire en la vie. Et c’est cette passion qu’il veut transmettre aux jeunes participants des expéditions thérapeutiques de la fondation Sur la pointe des pieds.

Lors de chaque expédition, de petits miracles surviennent, a-t-il expliqué, lorsque des jeunes, pris dans leur cocon, s’émancipent pour prendre leur envol, comme de jolis papillons.

Cette métaphore peut sembler exagérée, mais c’est exactement ce que j’ai pu constater en accompagnant un groupe de la fondation lors d’un voyage de rafting sur la rivière Magpie à l’été 2016. Des jeunes renfrognés, pris d’amertume envers la maladie, ont pu s’épanouir en devenant des aventuriers et en accomplissant quelque chose de grandiose. Quelque chose qu’ils croyaient impensable quelques semaines auparavant.

Pour démontrer la puissance que l’aventure peut avoir sur la vie des gens, Mario Bilodeau et Mario Cantin ont donc lancé le Double défi des deux Mario, il y a 11 ans, permettant à des centaines de personnes de vivre une expérience humaine unique, en trouvant des ressources intérieures pour passer à travers des moments d’adversité.

Mario Bilodeau n’a pas hésité à skier huit kilomètres en tirant son traîneau, même s’il s’est cassé la clavicule il y a moins de 10 jours.

Sur le lot, il y a Anick Harvey, une mère de trois enfants de La Baie qui travaille chez Desjardins, qui a décidé de se lancer un défi personnel, pour lâcher prise et vivre davantage le moment présent.

Il y a aussi Gilles Godin, de Jonquière, qui, à 74 ans, est le doyen de toutes les traversées réalisées depuis 11 ans. « Je fais ça pour les jeunes », a lancé l’homme qui a charmé tout le monde lors de l’expédition.

Pour Amélie Ricard, une architecte-aventurière de 32 ans de Mont-Saint-Hilaire, cette expédition était en quelque sorte un retour aux sources, car un diagnostic de cancer survenu il y a un peu plus de deux ans a grandement affecté son rythme de vie, grandement axé sur les voyages et l’aventure.

« Plus la douleur est grande, plus le sens qu’on lui donne doit être important », a pour sa part soutenu Mario Cantin, qui a dû trouver un sens à sa vie après le décès subit de sa fille, dans un accident de voiture.

Bien sûr, ce sont les médecins qui permettent aux personnes atteintes de guérir, note Mario Bilodeau. « Mais nous, on travaille sur l’âme et le cœur. »

Et l’aventure dans la nature a le pouvoir de transformer les gens, ajoute ce dernier. « Quand on revient d’une expédition, tout le monde est pareil, rien n’a vraiment changé, sauf chacun d’entre nous. »

« C’est maintenant à votre tour de faire des changements durables dans votre vie et de contaminer les gens autour de vous », a conclut Mario Cantin, à l’arrivée au parc de la Pointe-Taillon.

Comme quoi une balade d’une trentaine de kilomètres peut vraiment changer des vies…