L’an dernier, les États-Unis se sont retirés de l’Accord de Paris et le président Trump a assoupli les normes d’émissions des automobiles.

Quel scénario pour 2100?

CHRONIQUE / La rédaction de la sixième série de rapports du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) est déjà bien entamée. Cet automne, un rapport spécial devrait paraître sur les conditions pour limiter l’augmentation de la température globale du globe à 1,5 degré au-dessus de la moyenne préindustrielle.

C’est une commande spéciale qui a été faite au GIEC par les pays signataires de l’Accord de Paris. Cet accord, conclu en décembre 2015 et ratifié par tous les pays l’année suivante, stipulait qu’on devait mettre en oeuvre immédiatement les efforts nécessaires pour limiter l’augmentation des températures bien en dessous de 2 °C. Nous reviendrons sur ce rapport spécial lors de sa parution.

Quelques éléments ont déjà filtré sur ses conclusions. S’il n’est pas absolument impossible d’atteindre cette cible, il est à peu près certain qu’on ne pourra pas y arriver dans l’état actuel des choses. En effet, depuis 2015, les émissions de gaz à effet de serre (GES) qui auraient dû déjà commencer à réduire ont continué d’augmenter, ce qui amplifie d’autant les efforts nécessaires pour y parvenir.

L’an dernier, les États-Unis se sont retirés de l’Accord de Paris. Le président Trump a assoupli les normes d’émissions des automobiles et camions. Ailleurs dans le monde, les décisions politiques ne se prennent pas assez vite, ou sont contradictoires, comme le retrait de l’Ontario du marché du carbone ou l’achat du pipeline Kinder Morgan par le gouvernement canadien.

Alors, quel sera le climat de 2100? Je vous propose de découvrir comment on tente de prédire les «futurs possibles» en construisant des scénarios socio-économiques. La série de nouveaux scénarios est sortie en 2016. On y découvre que la température moyenne planétaire risque d’augmenter de 2,5 à 6 degrés d’ici 2100. Pourquoi une telle incertitude?

Pour construire des scénarios, les scientifiques doivent d’abord tenir compte des forces motrices qui influencent les émissions de GES. On essaie d’abord d’étudier ce qui s’est passé au cours des dernières décennies pour programmer les ordinateurs, puis on introduit des hypothèses pour le futur. Par exemple, on sait que les carburants fossiles sont la principale source de GES. Que se passerait-il si on réussissait à sortir du pétrole en 2040? En 2080? Jamais?

L’évolution de la population humaine est un facteur clé. En effet, le nombre de personnes détermine l’occupation du territoire, les besoins alimentaires et autres besoins de consommation. Qu’arrivera-t-il si on doit nourrir deux milliards de personnes de plus en 2050 ? Trois milliards en 2100 ? Seront-ils végétariens ou carnivores ? Devront-ils couper les forêts tropicales pour trouver de nouvelles terres ? Quel sera leur revenu moyen ? Y aura-t-il plus ou moins de disparité entre les riches et les pauvres ? Seront-ils éduqués ou analphabètes ?

Les choix politiques aussi sont importants. La volonté de Trump de ramener le charbon dans l’économie va-t-elle influencer le niveau d’émissions de l’économie américaine? Le protectionnisme va-t-il réduire les émissions du transport maritime? Un marché du carbone mondial pourra-t-il limiter l’intensité carbonique de l’électricité?

Finalement, les progrès techniques peuvent avoir un effet non négligeable. J’ai déjà parlé de l’impact potentiel de la nouvelle technologie des anodes inertes dans le domaine de l’aluminium. Mais il y a d’autres éléments technologiques, comme l’amélioration de l’efficacité des parcs d’éoliennes en mer, les capteurs solaires, les batteries pour stocker l’électricité, sans compter des technologies encore au banc d’essai, comme le captage et le stockage de CO2. Et j’en oublie.

Cinq scénarios socio-économiques partagés (SSP) ont été élaborés. Dans les prochaines chroniques, nous verrons ce qu’ils nous prédisent pour les prochaines décennies. Au signal, sortez votre boule de cristal!