Le ministre des Finances, Éric Girard

Québec ne veut rien savoir des retraités qui se font couper leurs rentes

POINT DE VUE / Le ministre Éric Girard refuse de même «examiner» la possibilité d’instaurer une assurance-­retraite pour les régimes à prestations déterminées. Vos placements peuvent être assurés; vous pouvez assurer votre vie, votre santé, votre auto, votre maison, votre thermopompe, vos voyages.

Mais si votre employeur vous fait des promesses pendant 35 ans concernant votre retraite et qu’au moment de passer à la caisse, il ne tient pas parole, c’est votre problème. Pas le sien.

Vous croyez que Retraite-Québec est plus soucieux de vous protéger? Détrompez-vous. Retraite-Québec prend soin de vous tant que votre régime est administré par un comité de retraite au sein duquel l’employeur est majoritaire. Il édicte une série de règles, demande des rapports et exige que les membres des comités «agissent dans le meilleur intérêt de tous les participants» (Participants actifs, retraités et autres). Les membres de ces comités peuvent même être tenus personnellement responsables du non-respect des règles établies et doivent prendre des assurances pour se protéger contre des poursuites éventuelles.

Mais si votre employeur ferme boutique et met fin à votre régime, c’est une autre paire de manches. Même si votre régime est entièrement capitalisé, c’est à dire capable de faire face à ses obligations, votre retraite risque fort d’être lourdement amputée, car les règles du jeu changent. Dans le cas de GCM, par exemple, les régimes étaient capables de faire face aux obligations contractées, pourvu que les actifs des régimes soient administrés selon une politique de placements conservatrice approuvée par Retraite-Québec. Les rentes de tous les participants seront quand même réduites de près de 30 %.

Pourquoi? En vertu de la loi, Retraite-Québec est tenu, lors de la fermeture d’un régime, d’offrir une rente qui prendra le relais de la rente fournie antérieurement par l’employeur. Retraite-Québec récupère alors les actifs provisionnés pour vous et en confie la gestion à un gestionnaire privé. Ce dernier a le mandat d’agir de façon très prudente. Il place les montants reçus dans des obligations long terme qui ne présentent aucun risque, mais qui rapportent peu. De là la coupure. Exit «le meilleur intérêt» de tous les participants.

Le même organisme agit toutefois de façon complètement différente lorsqu’il administre les régimes de retraite des employés de l’État et du secteur parapublic. Il confie alors la gestion des actifs à la Caisse de dépôts et placements, qui réalise des rendements nettement supérieurs à ceux que pouvait obtenir l’employeur auparavant responsable du régime fermé.

En somme, Retraite-Québec est sur la même longueur d’onde que le ministre Girard : s’il y a fermeture d’un régime de retraite à prestations déterminées, les intérêts des participants ne sont pas pris en considération. Le PM Legault a déjà déclaré trouver «épouvantable» la situation des retraités de GCM. Mais pas au point de prendre des mesures pour corriger une situation inéquitable. L’histoire des retraités floués se répète et pourra continuer à se répéter.