Naturallia est un événement destiné aux alliances commerciales dans le domaine des ressources naturelles.

Prêcher dans le désert

ÉDITORIAL / Comment expliquer que les Québécois démontrent si peu d’empathie lorsqu’il est question de l’industrie forestière qui, depuis des années, tente par tous les moyens de confondre ses détracteurs. Victime de campagnes de dénigrement de la part d’organisations environnementales militantes et assujettie à des droits compensateurs injustifiés à la frontière des États-Unis, ce moteur de l’économie peine à rallier l’opinion publique. L’industrie a également du mal à se faire entendre au-delà des régions où elle opère. Nous sommes à des années-lumière de l’attention médiatique dont bénéficie Bombardier, qui vit pourtant des problèmes tout à fait similaires en matière d’exportation. Hors de Montréal, point de salut ?

Porte-parole de Produits forestiers Résolu, Karl Blackburn ne manque jamais une occasion de rectifier le discours des opposants à l’exploitation forestière, de rappeler que le modèle québécois est l’un des plus rigoureux au monde sur le plan du développement durable. Mardi, alors qu’il participait à une table ronde dans le cadre de l’événement Naturallia 2017, qui se déroule à Roberval, l’ancien député a comparé le traitement médiatique réservé à la forêt à celui dont a bénéficié récemment l’aéronautique sur les grands réseaux d’information. Difficile d’être en désaccord avec sa réflexion. Avant même la transaction impliquant le géant Airbus, Bombardier a joui d’une couverture tous azimuts sur les chaînes en continu de même que dans les grands journaux québécois. Malgré l’implication controversée de Québec dans le sauvetage de la CSeries, malgré le scandale des primes accordées aux dirigeants de la compagnie, c’est avec une indignation manifeste que tous ont dénoncé l’attitude des Américains lorsque ces derniers ont imposé des droits de douane de 219,63 % pour chaque avion vendu aux États-Unis. La réaction populaire a été unanime et surtout, solidaire. 

Pourquoi en est-il autrement pour la forêt, qui procure de l’emploi à quelque 60 000 personnes au Québec ? Pourquoi la population ne démontre-t-elle pas la même sympathie lorsque les Américains imposent des pénalités à PFR ? 

La réponse de Karl Blackburn se décline en deux temps. D’abord, la concentration démographique dans les grands centres urbains. Puis, l’adhésion aveugle d’une partie non négligeable de la population aux pressions des Greenpeace et autres activistes environnementaux, qui ont fait de la protection de la forêt boréale un véritable dogme. Or, depuis la nuit des temps, l’arbre qui est coupé cède naturellement sa place à celui qui repousse. C’est encore plus vrai à une époque où la sylviculture et les pratiques responsables sont des conditions indissociables de l’exploitation forestière. 

Et pendant que Produits forestiers Résolu et les autres entreprises forestières prêchent dans le désert, la CSeries est quant à elle passée entre les mains de la Française Airbus et chaque appareil sera dorénavant assemblé au pays de l’Oncle Sam. Heureusement, nul ne pourra jamais déménager la forêt québécoise. 

Chapeau à Roberval !

Dans un autre ordre d’idées, l’administration municipale de Roberval a réalisé un coup de maître en obtenant l’édition 2017 du forum Naturallia, un événement destiné aux alliances commerciales dans le domaine des ressources naturelles. Au-delà des conférences de qualité, des quelque 530 participants, d’une quarantaine d’entreprises locales et des dizaines d’autres de partout sur la planète ayant répondu à l’invitation, cette édition de Naturallia est une preuve indiscutable qu’il est possible d’organiser des rencontres d’envergure dans le Haut-du-Lac.

C’est le maire sortant Guy Larouche qui doit se féliciter aujourd’hui, en pleine campagne électorale, d’avoir tout mis en œuvre pour accueillir, chez lui, tous ces congressistes, représentants d’entreprises, délégations internationales, journalistes, députés et ministres. 

Il y a fort à parier que d’autres aspirants à la fonction de maire, ailleurs au Saguenay-Lac-Saint-Jean, auraient payé très cher pour profiter d’une telle tribune.