Odeur de déjà-vu

Line Gagnon est une personne de confiance du maire Jean Tremblay. Jusqu'à maintenant, elle le lui a bien rendu, s'acquittant de ses tâches sans trop de bavures, quoique les Fêtes du 175e en ont laissé certains sur leur appétit.
À ses fonctions d'ombudsman à Saguenay, administratrice de Promotion Saguenay, présidente du conseil d'administration de la Pulperie et de la direction générale par intérim en attendant le retour de Jacques Fortin, elle ajoute productrice d'événements. Sans compter qu'elle a été directrice générale des Fêtes du 175e. Ça commence à être beaucoup et, immanquablement, tout le monde pense à Robert Hakim, du temps du Théâtre du Saguenay, où il cumulait les fonctions de producteur, de directeur général du Festival international des rythmes du monde (FIRM) et d'opérateur de la salle L'Opéra.
Robert Hakim a connu beaucoup de succès, mais la multiplication des rôles a fini par poser problème. Cela a soulevé la suspicion sur ses agissements, au point où la police a ouvert une enquête. Les vérifications ont mené à des accusations dont il a été complètement blanchi. Avant Hakim, il n'y avait pas grand-chose qui caracolait pendant la saison estivale à Chicoutimi. Alors, pourquoi ne pas lui faire confiance? Il est l'architecte de la renaissance des spectacles en plein air.
Disgrâce
Le succès du FIRM a incité d'autres promoteurs à animer le centre-ville. S'en sont suivis le Festival jazz et blues, le Festival des vins, le Festival des bières du monde et d'autres initiatives qui ont contribué à défaire le centre-ville de sa réputation de lieu fantomatique et déprimant.
Le lien à faire entre Robert Hakim et Line Gagnon n'est pas innocent dans la mesure où le premier, aujourd'hui, est tombé en disgrâce de certains gestionnaires au point de se retrouver à l'étroit à Chicoutimi. Il lui est devenu difficile de produire des spectacles sur les scènes qui appartiennent à l'ensemble des citoyens.
Tant et si bien qu'il a fallu un acharnement titanesque pour qu'il se trouve une niche pour présenter Panache, un festival de la mode, qui aura lieu en août sur la zone portuaire. L'idée est d'autant plus originale que des Saguenéens et Jeannois brillent dans la mode. Qu'il suffise d'évoquer les noms de Denis Gagnon, Ève Gravel et Mélissa Nepton pour se rendre compte que l'idée en vaut la peine.
Et voilà que désormais, l'Agence Mémo de Mme Gagnon entre en scène, comme l'a titré Le Quotidien de mardi. Dans un contexte de libre concurrence et d'économie de marché, tout va bien jusque-là ou presque. Mme Gagnon n'est pas n'importe qui à la ville et beaucoup de portes lui sont ouvertes. Évidemment, son honnêteté ne peut être mise en doute, mais le cumul de ses responsabilités sera tôt au tard questionné.
Les règles minimales de gouvernance disent que l'apparence de conflits d'intérêts suffit à elle seule à s'interroger. Et à embrasser trop large, on finit par ne plus savoir qui on doit servir. Mme Gagnon ne l'a pas précisé, mais elle devrait certainement se pencher sur les titres qu'elle cumule et avec l'expérience qu'elle possède, elle sait comment ça fonctionne.
Équité
Autre chose: est-ce que les règles de production de spectacles, par exemple, édictées par Diffusion Saguenay, l'organisation mandatée par la ville pour faire régner une harmonie dans le "show-business", seront les mêmes pour tout le monde? Est-ce que les producteurs seront traités équitablement? Sinon, on en arrivera assurément à de sales affaires, comme il s'en fut au Festival forestier de Shipshaw et au Camping Jonquière.
La paranoïa n'est jamais une sage conseillère, mais elle peut prévenir bien des troubles. Et si l'agence de Mme Gagnon finissait par avoir des mandats de la ville pour certaines organisations comme le Festival forestier et le Festival international des rythmes du monde! Ce serait gros et grotesque, alors. Pourquoi ne pas nous prémunir tout de suite contre des problèmes. Un "cas" qui pourrait devenir une "affaire".