Infographie Le Soleil
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Merde aux inhalos !

OPINION / De nombreux professionnels de la santé s’activent avec dévouement et courage, présentement, dans nos services de réanimation, autour de sujets lourdement affectés par la COVID-19.

Mais il y a des anges gardiennes trop souvent oubliées, les inhalothérapeutes qui, en cette période de pandémie, travaillent dans l’ombre sur la ligne de feu. Je suis bien placé pour savoir à quel point leur expertise est indispensable et inestimable.

Elles contribuent à sauver la vie de cas très lourds placés sous ventilation artificielle prolongée (VAP). Chez eux, l’attaque pulmonaire peut être assez fulgurante et dévastatrice pour enflammer (incendier, devrais-je dire) les structures alvéolaires, en particulier, conduisant à une insuffisance respiratoire aiguë très sévère. Dans cette situation, seuls les grands moyens sont en mesure de les maintenir en vie, le temps de leur permettre de guérir armé d’un système immunitaire qui, souvent, peine à remplir son rôle pour combattre le virus.

À ce titre, la VAP constitue l’unique traitement de support indiqué ; pouvant durer de quelques jours à quelques semaines, dépendamment de la sévérité de l’attaque par le coronavirus.

À la suite de l’intubation trachéale du patient, celui-ci est connecté à un ventilateur (appelé faussement respirateur), un appareil hautement technologique, dont les paramètres sont minutieusement réglés en fonction de l’atteinte pulmonaire et des données biométriques du patient.

L’attaque peut être à ce point délétère que la fréquence respiratoire et les volumes pulmonaires doivent être administrés par la machine avec une concentration en oxygène égale à 100 % pour sauver le patient. Mais là ne s’arrête pas la contribution de l’inhalothérapeute.

Nos anges gardiennes de première ligne doivent contrer les effets secondaires de ce lourd traitement dont les plus risqués sont une infection pulmonaire surajoutée et l’obstruction bronchique par du mucus que le patient est incapable d’éliminer par lui-même.

Le rôle de l’inhalothérapeute est ici crucial dans le maintien de la perméabilité des voies respiratoires par une hygiène bronchique adéquate avec une observation stricte des règles d’asepsie. Placées sur la ligne de front avec tous les dangers que cela comporte, j’imagine à quel point leur propre sécurité préoccupe cette brigade de soignantes courageuses et dévouées. À titre de gardiennes des fonctions respiratoires des cas sévères de COVID-19, elles sont indispensables pour les accompagner dans cette terrible épreuve à surmonter pour guérir.

Je voulais par ce message leur rendre un hommage particulier. Je veux également dire à nos dirigeants qu’ils doivent les rémunérer à leur juste valeur. C’est loin d’être le cas présentement. À formation collégiale équivalente, les diplômées en soins infirmiers sont mieux payées que les inhalothérapeutes. Ce n’est pas juste! L’équité salariale est également un «must» en ce qui a trait à l’interdisciplinarité des professionnels de la santé.

Marcel Lapointe

Retraité de l’enseignement collégial en Techniques d’inhalothérapie

Jonquière

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LE RUISSELLEMENT DU TEMPS

En cette dernière journée de mars, le temps ruisselle comme la neige qui se répand dans les rigoles pour libérer les monticules accumulés tout au long de la saison qui s’achève. L’écoulement familier du temps est important. C’est si facile de se perdre sans nos repères habituels ; si facile de s’égarer dans le déferlement des jours, des semaines, des mois et des années peut-être…

Aujourd’hui, je me suis levée un peu perdue. Quel jour, quelle date sommes-nous ? Ah oui le dernier jour de mars, à l’aube du poisson d’avril. Aurons-nous droit à une grosse farce ? Celle d’un cauchemar collectif qui nous gardait prisonniers dans nos logis ? La folle du logis qui, en ce temps bizarre, nous isole du monde, nous donnant l’impression d’impuissance ; de n’avoir aucune prise sur ce qui se trame ici au Québec et partout dans le monde. Cette source de désordre qui peut nous isoler tout en nous rapprochant d’une certaine manière du monde qui nous entoure.

Le flou qui accompagne nos réveils en ces temps de réclusion peut nous engager dans des zones d’angoisse apparaissant, disparaissant en catimini. Le même processus, un jour après l’autre, tentant d’y insérer quelques nouveautés pour supporter les turbulences qui nous déstabilisent. Garder le cap, s’accrocher à la vie malgré les contretemps, survivre aux vents violents des drames s’accumulant. Chaque mort causée par l’insouciance, la désinvolture de certains est un drame. Et pourtant, dans plusieurs pays les guerres civiles, les conflits religieux, les persécutions, les bouleversements climatiques, laissent plus de 70 millions de personnes se réfugier dans les pays voisins – déjà en difficulté — dans des espaces réduits, s’entasser les uns sur les autres, mourir de faim ou sous les bombes. Font-ils la première page des journaux, leur accorde-t-on l’antenne pour décrire leur dramatique quotidien depuis des années ?

Survivre au danger quasi permanent de croiser ce sacré virus sans s’en rendre compte, c’est peu si on compare. Se sentir coincé, mais choisir l’autre voie qui donne le courage de vivre chaque journée en suivant un cap familier, une routine personnelle mise au point offrant un certain réconfort à cause des repères. Des périmètres qui donnent de la substance au quotidien. Un quotidien digne d’être vécu dans une sorte d’accomplissement banal, mais salvateur. Un quotidien dont on se souviendra longtemps.

S’armer de patience, de courage ; suivre à la lettre les exhortations jugées essentielles en ayant la sensation de faire partie d’une grande vague humaine, obscure, mais bien réelle. Que dans cette onde humaine on n’oublie pas les enfants, les femmes, les hommes en Syrie, au Yémen, Centrafrique et de tant d’autres régions du monde.

Jocelyne Simard

Jonquière