L’urgence de supporter nos médias canadiens: des propositions concrètes

Tout le monde le sait, avant même la COVID-19, les médias canadiens peinaient déjà à survivre et étaient affamés par l’exode des recettes publicitaires vers la terre promise des GAFAM. Les GAFAM nous affament, peut-on dire. Déjà, il y a quelques semaines, on apprenait que 80% des dépenses en publicité numérique du gouvernement canadien allaient aux GAFAM.

Avec l’arrivée de la COVID-19, les investissements publicitaires ont fondus comme neige au soleil. Pour les médias, c’est une véritable traversée du désert.

« Ils n’en mouraient pas tous, mais tous étaient touchés », aurait dit Jean De Lafontaine. Des emplois sont coupés dans plusieurs médias et les salaires sont réduits pour ceux et celles qui tiennent le coup. Quebecor, La Presse, Cogeco, la Coopérative nationale de l’information Indépendante (Le Soleil, Le Nouvelliste, La Tribune, Le Droit, Le Quotidien, La Voix de l'Est), le Journal Métro et ses nombreuses publications régionales : tous doivent sabrer dans leurs dépenses pour tenter de survivre, tout en assurant une couverture professionnelle et complète de l’information.

Plus que jamais en ces temps déjà difficiles pour les médias, et plus particulièrement durant cette crise impensable que nous vivons, les médias ont un besoin vital d’oxygène. Eux aussi sont sous respirateurs.

Alors que l’information n’a jamais été si abondante et aussi accessible, les médias d’information se retrouvent aujourd’hui privés de l’essentiel de leurs sources de revenus traditionnelles : la publicité. 

Les médias indépendants sont « les poumons de la démocratie ». Les médias régionaux ont autant d’importance auprès des communautés que les grands médias nationaux. Ils traitent l’information d’une façon différente qui touche les citoyens dans leur communauté et dans leur quotidien.

Leur survie est cruciale non seulement durant cette pandémie, mais aussi pour l’avenir de la démocratie au pays. On ne peut se fier aux médias sociaux et sites web de tout acabit pour avoir l’heure juste et objective, surtout au niveau local et régional.

D’ailleurs, on n’a qu’à observer la consommation des médias canadiens qui présente une croissance exceptionnelle de leurs lectorats/auditoires en cette période trouble, notamment RDI et LCN qui ont vu leurs auditoires croître de façon significative depuis quelques semaines. Autres exemples, les lectorats de La Presse + et de l’Actualité ont aussi connu un accroissement important depuis deux semaines. Et c’est le cas pour tous les médias d’information canadiens. Ce phénomène n’est pas dû uniquement au fait que les gens aient plus de temps en raison du confinement, c’est dû, bien sûr, au fait que la population a besoin de savoir et d’avoir l’heure juste sur ce qui les touche localement et les médias d’information canadiens font un travail remarquable à ce sujet.

Sur une base hebdomadaire, 75 % des gens écoutent des bulletins de nouvelles ou des émissions d’information à la télévision. (Source : Les médias québécois d’information – État des lieux Août 2019 Centre d’études sur les médias)

Tous ensemble, gouvernements, entreprises et citoyens se doivent collectivement de supporter nos médias et leurs artisans qui nous informent et nous divertissent avec les valeurs qui nous caractérisent et qui font de nous une société distincte. C’est l’affaires de tous !

Alors, que peut-on faire ?

Plusieurs pistes de solutions existent et nous apparaissent intéressantes. Elles devront bien sûr être validées et bonifiées au besoin, mais elles constituent un point de départ et offrent l’avantage d’être assez facilement applicables. Nous croyons que les solutions proposées susciteraient l’engagement de toutes les parties prenantes à supporter cette industrie en crise.

L’abonnement déductible d’impôt

Tout abonnement payé à une publication ou site d’information canadien deviendrait déductible d’impôt comme soutien à cette industrie cruciale. Les abonnements à Tou.tv et Club Illico, par exemple, devraient être inclus à cette déduction pour contrer les Netflix de ce monde. Nous croyons que cette mesure devrait s’appliquer à tous les médias que ce soit La Presse, Le Devoir, L’Actualité, Le Journal de Montréal et tout autre entreprise médiatique canadienne. Les citoyens pourraient donc déduire leurs investissements média de leur rapport d’impôt.

La bonification fiscale sur la publicité

Tout investissement publicitaire fait dans un média canadien bénéficierait d’une bonification fiscale comme dépense sociétale. Ainsi, par exemple, pour chaque dollar qu’un annonceur investirait dans un média canadien, il aurait droit à 1,50$ de déduction fiscale. De toutes façons, les entreprises auront, elles aussi, besoin d’oxygène au sortir de la pandémie pour relancer leurs services, recréer des emplois, assurer leur viabilité financière et contribuer à relancer l’économie.

Le congé de TPS et TVQ pour les médias

  • Tout abonnement acheté auprès d’un média canadien pourrait être exempt de TPS et de TVQ;
  • Tout achat de publicité dans un média canadien pourrait aussi être exempt de TPS et de TVQ pour une période d’un an ou plus si nécessaire;
  • Les médias pourraient aussi être exonérés de TPS et de TVQ sur les biens et services qu’ils achètent pour une période d’un an ou plus si cela s’avère nécessaire.

Les revenus publicitaires

Le nerf de la guerre, ce sont les revenus publicitaires. Une mesure pourrait avoir un impact positif à très court terme. 

Il existe une directive au Québec qui incite les différents ministères du gouvernement à investir au minimum 2% de leur budget dans les hebdos régionaux pour les avis légaux et autres informations publiques.

En transformant cette directive en obligation à l’ensemble des ministères et sociétés d’État d’investir, par exemple 50% de leurs budgets publicitaires dans les médias du Québec pour les 5 prochaines années, ce sont plusieurs dizaines de millions de dollars qu’on injecterait directement ou indirectement dans nos médias d’information. Et ce, tout en permettant au gouvernement et sociétés d’État de rejoindre efficacement leurs clientèles-cible qui sont rappelons-les au Québec !

Le gouvernement canadien pourrait, lui aussi, imposer ce type de directive ou obligation à ses ministères, sociétés d’État et organismes ce qui assurerait des millions de dollars additionnels de revenus à nos médias leur donnant ainsi les moyens de remplir leur mission essentielle, tout en rejoignant efficacement les canadiens.

Une subvention d’urgence aux médias

Dès aujourd’hui, les médias d’information d’ici ont besoin de moyens pour survivre et continuer à nous assurer une couverture complète, professionnelle, claire et objective de la situation. Eux aussi, ce sont des héros, comme le dirait M. Legault. Il ne faut pas oublier non plus le volet divertissement que nous offrent nos médias et qui est encore plus important en ces temps de crise. Possiblement que les programmes proposés par Québec et Ottawa suffiront à couvrir leurs besoins à court terme, mais il faudrait s’en assurer avant de les laisser sombrer.

Voilà quelques suggestions que nous espérons constructives. Si la survie des médias canadiens vous tient à cœur, n’hésitez pas à supporter ces propositions, à les bonifier et à en apporter de nouvelles.

Ensemble nous vaincrons le coronavirus et contribueront à la survie de nos médias.