L’innovation vient toujours du chaos

OPINION / Les temps fous que nous vivons inspirent des réflexions dans tous les domaines. Nous avons sollicité celles de personnalités de divers champs d’activités de partout au Québec à partager leur perception de la pandémie et à se prêter à l’exercice d’imaginer ce qui ne sera , peut-être, jamais plus comme avant. L’auteur invité par Le Quotidien est Pierre Lavoie, athlète, conférencier et cofondateur du Grand défi.

La crise nous impose tous un temps d’arrêt dans nos vies réglées au quart de tour. D’un côté, elle bouleverse nos habitudes et crée beaucoup d’insécurité au sein de la population. De l’autre, elle donne lieu à des occasions incroyables de réaliser des changements, dont certains espérés depuis longtemps. L’innovation vient toujours du chaos, nous disent les grands penseurs. J’y crois fermement.

Il n’y a qu’à voir à quelle vitesse certaines initiatives ont vu le jour, quasi instantanément, alors qu’elles étaient impensables pour plusieurs il y a quelques semaines. Confinés à la maison, les gens se sont tournés vers la technologie pour parvenir à travailler à distance. Et ça fonctionne. Personnellement, ma voiture n’a pas bougé depuis un mois alors que j’ai l’habitude de cumuler les kilomètres. J’ai retrouvé un équilibre familial que j’avais pourtant négligé depuis 15 ans. Une fois la crise passée, le télétravail va continuer à faire partie de ma routine, comme pour bien des gens d’ailleurs. En plus de l’impact environnemental, cette réorganisation forcera un changement à notre conception du monde du travail. C’est un moment où on doit tous se poser la question : où allons-nous ? Veut-on reprendre les mêmes modèles organisationnel, économique et social qui ont bouleversé nos vies à cause d’un virus invisible difficilement contrôlable ?

Bon pour l’environnement, bon pour les saines habitudes de vie aussi, diront certains. En effet, le virus a réussi en moins d’un mois à convaincre un grand nombre de Québécois à redécouvrir les plaisirs de la marche et de la course. Ces habitudes devront perdurer bien au-delà de la crise. Quand on sait que les personnes en bonne santé sont en général moins affectées par les maladies, dont le coronavirus, on ne pourra que se réjouir de ce dénouement. La prévention en santé sera, je le souhaite, enfin une priorité pour tous.

Dans le milieu de l’éducation, la crise a démontré que les écoles n’étaient pas prêtes pour faire de l’apprentissage à distance, du moins au primaire et au secondaire. Mais la crise a aussi donné lieu à toutes sortes d’initiatives individuelles pour assurer un suivi auprès des élèves. Je leur dis bravo ! Avec le temps, les mesures mises en place par le gouvernement devront être bonifiées afin d’éviter que nous soyons pris au dépourvu devant une nouvelle crise. Le changement passe par l’éducation de notre société. Une priorité afin d’innover.

Enfin, une autre réalité mise en lumière par la crise est la faiblesse de notre autonomie alimentaire. Dans la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean, notre taux d’autonomie oscille autour de 40 %. Nous pourrions facilement atteindre 60 %, ce qui serait bon pour la création d’emplois, la sécurité alimentaire, l’environnement et l’économie. Bon pour tous. Il faut encourager local, soit, mais soyons réalistes, la mondialisation restera. Un équilibre s’impose donc en gardant à l’esprit que nous avons les ressources énergétiques renouvelables afin de prioriser, enfin, notre propre économie provinciale.

Bref, dans tous les secteurs, malgré l’adversité, il y a des opportunités pour se réinventer. Les leaders nous le diront.

Nos gouvernements vont investir des milliards pour repartir l’économie. Or, voulons-nous que l’après-crise soit bâtie sur le même modèle qu’avant ? Ou voulons-nous en profiter pour instaurer des changements durables ? Je choisis la deuxième option. Nous avons la preuve sous nos yeux qu’il est possible de faire les choses autrement, et ce, rapidement.

Je crois que ce qui va décider de la suite des choses, c’est le leadership. Actuellement, notre gouvernement joue bien son rôle. Mais après la crise, d’autres leaders vont devoir prendre le relais. Je parle de nos élus et des entrepreneurs, bien sûr, mais aussi des parents, des enseignants, des membres d’organismes communautaires ou de toute personne qui exerce une influence dans son milieu. C’est leur leadership qui va faire en sorte que ce qui a émergé positivement durant la crise s’implante à long terme.

Le chaos et l’incertitude ne sont jamais faciles à vivre. J’en sais quelque chose, car j’en ai vécu dans ma vie. Mais j’aimerais dire à tout le monde de garder espoir. Personnellement, c’est l’espoir qui m’a permis de traverser bien des tempêtes et de devenir plus résilient. Bien que nous ne contrôlions pas tout, nous avons tous le contrôle sur notre attitude. Et nous en sortirons tous grandis, ensemble.