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Lettre d’un pédiatre aux covidosceptiques

Pierre-C. Poulin
Pierre-C. Poulin
pédiatre, St-Georges
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POINT DE VUE / Chers covidosceptiques. Vous avez fait en fin de semaine une manifestation près de chez moi contre les mesures sanitaires. Au-delà des pancartes «Arruda dehors», «dictature sanitaire», «À bas les masques», je dois vous dire que ceux qui ont déjà pris, prennent ou prendront soin de votre santé commencent à en avoir ras le bol. Le moral des troupes sur le front pour vous soigner commence à dangereusement en prendre un coup face à tant d’inepties.

Pendant que vous remettez en question l’idée même d’une pandémie, il y a dans ma région (Chaudière-Appalaches) 14 personnes aux soins intensifs, dont dix intubés, luttant pour leur survie avec l’aide d’un personnel dévoué, mais fatigué, qui se demande comment pendant ce temps on peut manifester contre les mesures sanitaires. Et il y en a 27 autres répartis dans deux hôpitaux, hospitalisés et espérant ne pas aller grossir le nombre de ceux qui sont au bout de leur souffle aux soins intensifs. Ou pire, chacun ne veut pas devenir le 10 834e décès.

Vous prétendez toutes sortes de choses sur vos réseaux sociaux ou pendant les manifestations: «Ce n’est qu’une grosse grippe». Eh bien non, il y a bon an mal an moins de 500 décès par l’influenza chaque année au Québec, sauf en 2018, année plus difficile où il y en eut 1042.

«Il y a plus de gens qui se suicident que de gens qui meurent de la COVID». Pas plus, depuis 2002, le nombre de décès par suicide au Québec n’a pas dépassé 980.

«Rien ne prouve l’utilité du masque». Au contraire, les études populationnelles et celles sur la transmission des aérosols montrent son pouvoir de stopper la transmission des infections respiratoires.

Probablement que vous remettez aussi en question l’utilité du vaccin: «Il a été développé en un an alors que ça prend normalement cinq à dix ans de recherche». Ce qui est long dans l’homologation d’un vaccin, ce sont les démarches administratives, qui ont été accélérées dans le cas de la COVID étant donné la situation mondiale. L’homologation a été faite comme pour tout autre vaccin ou médicament pour lequel on permet la commercialisation.

Si les vaccins n’existaient pas, nous serions constamment en situation d’épidémies et de pandémies, comme c’est le cas actuellement, de poliomyélite, de diphtérie, de variole, de rougeole, etc. Nos blessures, même les plus banales, s’infecteraient par le tétanos, ce qui n’est, croyez-moi, pas jojo.

Si, grâce à vous, un pourcentage significatif de la population refuse de se faire vacciner, on ne voit pas le jour où on va sortir de cette pandémie.

«Une bonne alimentation et de l’exercice protègent contre les formes graves». Voilà une pensée magique. Il est vrai que veiller à sa santé a un effet positif. Mais le virus se fout de votre alimentation ou du fait que vous fassiez de l’exercice. Il n’a pas d’âme. 844 personnes de moins de 70 ans sont décédées jusqu’à maintenant dont 87 sans aucune maladie pré-existante.

«Il faut renforcer notre système immunitaire». D’aucuns vous vendront des potions pour prétendument renforcer votre immunité, ce qui reste à prouver. C’est plutôt irrationnel, car les COVID sévères sont justement accompagnées d’une tempête immunitaire qui, en voulant détruire le virus, s’attaque à d’autres organes vitaux.

Bref, chers covidosceptiques, si vous alliez chercher votre information à d’autres endroits que Facebook où tout le monde ayant les mêmes opinions se regroupent et se «crinquent» entre eux, vous pourriez avoir des choix et arguments plus éclairés.

Et les médecins, infirmières, inhalothérapeutes, préposés qui vous soignent auraient peut-être moins le moral dans les talons.