Sainte-Rose-du-Nord

Les règles, qu'ossa donne?

CHRONIQUE / Peut-on laisser le peuple s'amuser sans l'accabler de règles de toutes sortes ? Je me suis fait cette réflexion, en fin de semaine, en suivant la parade des « Funérailles des beaux jours » à Sainte-Rose-du-Nord.
Il faut dire que j'ai été impressionné. Pas seulement par la qualité de l'événement - que, soit dit en passant, je ne voyais pas pour la première fois - ni par la beauté de la perle du fjord, puisque j'ai pratiquement grandi à Sainte-Rose. Ma grand-mère Villeneuve est née là en 1897 et d'aussi loin que je remonte dans mes souvenirs d'enfance, j'y faisais les foins avec mes p'tits cousins dans les années 60 quand j'allais passer quelques jours de vacances chez mon grand-oncle Gérard, des souvenirs précieux que ravive chacun de mes passages au village.
Donc, j'étais impressionné samedi soir en raison du comportement de la foule. Et là, vous allez me permettre de faire un peu de coq à l'âne et revenir quelques jours en arrière, le 9 septembre. Ce soir-là, on avait organisé un BBQ chez ma mère à Chicoutimi et, pendant l'apéro, on avait décidé d'aller voir quelque chose chez mon frère qui habite juste derrière.
On s'en allait tout bonnement à pied avec notre canette de bière à la main, lorsqu'un de la gang a fait cette remarque : « Hey, les gars, s'il y avait une police, on se ferait arrêter. On n'a pas le droit de prendre une bière en marchant dans la rue ».
Je vous fais grâce de ce que j'ai répondu, mais le souvenir m'en est revenu samedi soir à Saint-Rose.
Pour vous aider à comprendre, il faut savoir que la parade des funérailles se déroule sur plusieurs tableaux. Elle part du quai en suivant une charrette tandis que des musiciens battent la marche et, tout le long du parcours, il y a des arrêts dans des endroits déterminés où les acrobates et jongleurs de feu présentent un spectacle. Des centaines de personnes se joignent à la parade et assistent aux performances à chaque arrêt. Pour franchir le kilomètre qui sépare le quai du site de festivité, sur la terre des Vikings, ça prend environ deux heures trente.
Pendant ces 150 minutes, où on a pu voir des jeunes dans la vingtaine, des trentenaires avec leur petite famille, et quelques plus vieux dans la quarantaine et la cinquantaine, je n'ai vu personne hausser le ton ou avoir un comportement déplacé, pas de bousculade ou de débordement de quelle que façon. Les gens ont été disciplinés. Ils se rassemblaient autour des artistes qui faisaient leur prestation, regardant religieusement le spectacle, puis se remettaient en marche pour l'arrêt suivant, après avoir chaudement applaudi et parfois mis quelques dollars dans un chapeau.
Et pourtant, tous avaient de quoi boire à la main et je n'ai pas vu que des bouteilles d'eau. Sans compter que certaines cigarettes avaient une drôle d'odeur.
Je n'ai pas vu de police en fin de semaine à Sainte-Rose. Pourtant, tout s'est déroulé dans l'ordre. Pas d'affrontement, pas de provocation. Pas une voiture n'a circulé pendant la parade ; la rue était aux citoyens et ils l'ont respectée. On dirait que les gens, quand on leur permet de faire ce qu'ils aiment, sont capables de s'autodiscipliner.
Rencontré dimanche matin, le maire Laurent Thibeault m'a confirmé qu'il n'y avait eu aucune plainte de bruit ou de quoi que ce soit pendant la nuit, même si la musique a résonné sur la terre des Vikings jusqu'au petit matin.
« Nous leur avons mis des balises qu'ils devaient respecter », a dit le maire, bien conscient que la directive sur la consommation d'alcool dans la rue n'a peut-être pas été suivie à la lettre. C'est vrai que la première fois, le petit village s'était fait prendre par surprise avec l'édition du Folk Sale. Plus de trois mille personnes s'étaient rassemblées et on avait perdu le contrôle. Les fêtards avaient même épuisé les réserves d'eau potable du village. Le maire a dû mettre le poing sur la table et là, on a trouvé l'équilibre.
Sainte-Rose a prouvé qu'on peut s'amuser pendant tout un week-end sans avoir les autorités aux fesses. Des fois, c'est payant de faire confiance à l'intelligence plutôt que de brimer.