L’école privée: au-delà de l’argent

POINT DE VUE / Réunis en congrès il y a quelques jours, les jeunes péquistes ont réclamé la fin du financement public de l’école privée. S’il faut souligner leur courage à aborder un sujet des plus tabous en politique, il serait toutefois plus judicieux de mener la réflexion sous l’angle de la mixité. On se concentrerait alors sur les finalités, et non sur les moyens.

Ce texte d’opinion est rédigé par Stéphane Allaire, professeur au Département des sciences de l’éducation à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC)

Pour comprendre que le véritable enjeu associé à l’école privée se situe au niveau de la mixité, il importe d’abord de s’approprier deux faits et de se remémorer un changement historique dans l’éducation au Québec.

L’importance du milieu familial

Un enfant originaire d’une famille socialement, culturellement et économiquement favorisée aura davantage de chances de réussir à l’école et de développer une qualité de vie supérieure qu’un enfant qui ne provient pas d’une telle famille. La qualité de vie ne réfère pas qu’aux aspects financier et salarial. Elle en inclut d’autres comme la santé.

L’influence positive de l’école

Un enfant qui fréquentera l’école plus longtemps aura davantage de chances de développer une qualité de vie supérieure.

Une parenthèse historique

Il fut une époque où l’école était réservée aux personnes talentueuses ou fortunées. La création du système public d’éducation, en 1964, a marqué un changement de vision important.

Avec sa gratuité et la fréquentation obligatoire jusqu’à 16 ans, il a permis un accès à tous. D’une école élitiste, on ambitionnait qu’elle devienne un « ascenseur social », c’est-à-dire un lieu permettant à tous d’accroître son développement, en dépit de conditions familiales parfois défavorables.

Cette transformation importante a permis au Québec de faire des progrès sociétaux considérables. Le projet demeure toutefois inachevé.

Une mixité bénéfique

Une autre répercussion positive du système public d’éducation réside dans une mise en contact accrue d’enfants aux caractéristiques différentes et qui proviennent de familles variées. Ce qu’on appelle la mixité ou, de façon exagérément imagée, la réduction des ghettos. On sait que la mixité a des retombées favorables sur les élèves, incluant ceux favorisés. Elle contribue aussi au vivre-ensemble dans une société inclusive.

Évidemment, les coûts associés à la fréquentation de l’école privée font qu’elle n’est pas accessible à tous. On y retrouve donc une surreprésentation d’élèves provenant de familles aisées ou de la classe moyenne. Cette situation réduit donc la mixité au sein du système éducatif.

Le nouveau privé ?

En abolissant le financement public de l’école privée, on risque simplement de déplacer le véritable enjeu.

En dépit des coûts supplémentaires pour les familles, une partie des élèves resterait certainement au privé.

On peut aussi envisager que d’autres migreraient vers le public. Et il y a fort à parier qu’ils convoiteraient une place au sein de programmes particuliers (PEI, sport-arts-études). Or, la plupart d’entre eux exigent des frais et sont réservés aux élèves les plus performants. On peut donc questionner l’impact d’une telle décision sur la mixité.

Qu’on me comprenne bien. Je ne remets pas en question la pertinence des programmes particuliers. Cependant, dans leur forme actuelle, et à l’instar de l’école privée, ils entravent la mixité. En outre, ils entraînent une forte concentration d’élèves en difficulté dans les groupes dits réguliers, ce qui occasionne des défis colossaux aux enseignants à qui on les confie.

Enfin, il est inéquitable qu’on permette à certains élèves, et pas à d’autres, de bénéficier de conditions d’apprentissage particulièrement stimulantes.

Bien que notre système d’éducation soit de qualité et qu’il fasse bonne figure dans les palmarès internationaux, il perpétue des inégalités sociales. Sa finalité est détournée. Au lieu de tenir un débat sur les moyens, nous devrions plutôt réfléchir au rétablissement de cette finalité qui est des plus noble et progressiste.