L'école à la maison: apprendre différemment

LA TRIBUNE / L’école à la maison, qu’en pensez-vous ? Sébastien Lévesque est enseignant de philosophie au niveau collégial. Il se prononce sur la question.

Alors que la commission de la culture et de l’éducation vient tout juste de terminer l’étude du projet de loi 144, le public est appelé à en connaître davantage sur l’école à la maison, une option éducative qui demeure marginale, mais qui tend néanmoins à gagner en popularité depuis quelques années. En 2015-2016, au Québec, on estimait à environ 2000 le nombre d’enfants scolarisés à la maison. Ce chiffre demeure cependant incertain puisque pour le moment, un flou juridique entoure cette option et dans les faits de nombreux parents ne déclarent pas leurs enfants auprès d’une commission scolaire.

La première question que les gens se posent lorsqu’il est question de l’école à la maison est généralement la suivante : pourquoi faire l’école à la maison ? Pourquoi, en effet, ne pas envoyer ses enfants à l’école comme tout le monde ? Avant tout, une petite précision s’impose sur l’expression « école à la maison », qui est en réalité un peu trompeuse, car s’il y a bien une chose que la plupart des parents-éducateurs cherchent à éviter, c’est de reproduire à la maison ce qui se fait à l’école. Ce qu’ils souhaitent, au contraire, c’est expérimenter une philosophie de l’éducation et des approches d’apprentissage différentes de celles que l’on rencontre normalement à l’école.

Aussi, contrairement à la croyance populaire, ce ne sont pas des motifs religieux qui orientent le plus souvent le choix de ces parents, mais plutôt des motifs de nature pédagogique. Plusieurs d’entre eux considèrent en effet que l’école traditionnelle n’est pas à même d’offrir à leurs enfants un environnement suffisamment stimulant sur le plan intellectuel, ou encore de répondre à leurs besoins particuliers (faute de ressources, notamment). Ce dernier point est important, car il repose sur la nécessité de reconnaître que chaque enfant est unique dans ses aptitudes et dans son rythme d’apprentissage.

Qu’en dit la loi ? L’autre question que se posent le plus souvent les gens au sujet de l’école à la maison est relative à sa légalité. Faire l’école à la maison, est-ce bien légal ? À ce propos, l’article 15.4 de la Loi sur l’instruction publique atteste bel et bien de la légalité de l’école à la maison. Mais comme je l’ai mentionné précédemment, un flou juridique persiste autour de cette option, la loi se contentant ni plus ni moins d’énoncer le principe selon lequel l’enfant exempté de fréquentation scolaire doit recevoir à la maison une expérience éducative « équivalente » à celle dispensée à l’école. Bref, c’est légal, mais la loi demeure très peu explicite sur le sujet.

C’est d’ailleurs ce qui explique pourquoi tant de parents-éducateurs ne se rapportent pas à une commission scolaire. En l’absence de règles claires, ces derniers craignent de rencontrer une opposition abusive ou arbitraire à leur projet éducatif. Dans ce contexte, le projet de loi 144 pourrait donc s’avérer salutaire puisqu’il entend définir et baliser les droits et responsabilités des différentes parties concernées. Ainsi, s’il va de soi que la société a la responsabilité de s’assurer que chaque enfant reçoit une éducation adéquate, il convient par ailleurs de rappeler que c’est avant tout aux parents que revient la responsabilité d’en assurer la mise en œuvre, bien que la majorité d’entre eux choisissent de déléguer ce rôle à l’école.

Et la socialisation dans tout ça ? Finalement, la principale crainte ou critique adressée à l’école à la maison est sans contredit celle liée à la socialisation. Cette préoccupation est légitime, certes, mais ne manque pas d’ironie à une époque où l’on constate que les cas d’agression et d’intimidation sont légion à l’école. Évidemment, l’idée ici n’est pas de faire le procès de l’école et encore moins de chercher à isoler les enfants, mais simplement de montrer que d’autres modèles de socialisation existent. Et à ce propos, il est bon de noter que les recherches effectuées sur le sujet tendent à démontrer que les enfants éduqués à la maison sont aussi bien socialisés que les autres. Seulement, ils le sont différemment. Cela résume d’ailleurs très bien ce qu’est l’école à la maison, c’est-à-dire une façon différente d’envisager l’éducation.