La faillite du Festival forestier de Shipshaw n'est toujours pas entérinée. Le président Yvon Barrette croit que le déficit, qu'il estime à de 60 000 $, pourrait devenir un surplus de 8000 $ au bout de la course.

Le temps de réfléchir

Le Festival forestier de Shipshaw ne présentera pas d'édition 2014. Les administrateurs souhaitent faire le point sur les péripéties administratives et judiciaires de l'organisation. Fan de la "pitoune" ou pas, convenons qu'il s'agit d'une sage décision. Les questions s'accumulent dans ce dossier qui implique aussi, rappelons-le, l'administration municipale de Saguenay. Yvon Barrette, actuel président du Festival forestier de Shipshaw, est au coeur de cette controverse depuis le début. Il l'est encore. Il n'est pas question de juger de la véracité de son mea culpa public ni de poser un jugement de valeur sur l'énergie déployée pour éviter la faillite de l'organisation. La question est aussi simple que légitime: ceux qui ont été impliqués dans ce dossier ont-ils la neutralité, voire la légitimité, pour faire le point sur l'ensemble des évènements? La prudence la plus élémentaire nous indique que non.
Des conflits
Le dossier n'est pas simple. Il compromet une organisation sans but lucratif recevant d'importantes subventions municipales, un ex-conseiller municipal et un ex-membre du cabinet du maire Jean Tremblay. Les démarches judiciaires de l'organisation compliquent l'accès aux informations. La transparence, la bonne gestion de fonds publics et la confiance sont des valeurs à considérer dans cette histoire. Dans un monde idéal, l'administration municipale de Saguenay aurait dû collaborer avec le Festival et mettre en place un mécanisme neutre et indépendant, un comité par exemple, ayant comme premier rôle d'établir les faits. Une transparence sans faille permettant de présenter les informations, d'en donner l'accès et d'expliquer les décisions. Nous n'assisterons pas à ce type d'exercice démocratique et éthique qui s'oppose fortement à la culture de l'administration Tremblay. Y a-t-il d'autres options pour les administrateurs du Festival forestier?
Monsieur Barrette, ainsi que les autres membres du conseil d'administration qui ont été impliqués plus ou moins directement, doivent d'abord reconnaître qu'ils sont en situation de conflit d'intérêts. On ne parle pas de mettre de l'argent dans ses poches. Il y a, par exemple, l'intérêt lié à la réputation de l'individu, celle d'un proche ou de l'organisation et, évidemment, l'intérêt du public qui souhaite des réponses. Reconnaître ce conflit ne mène pas systématiquement à des démissions même si elles font partie des choix. Toutefois, ce geste les oblige à proposer une procédure neutre permettant une mise au point impartiale. La mise en place d'un comité formé d'experts et de citoyens serait une option envisageable. L'objectif n'est pas de trouver des coupables, mais de faire la lumière. Yvon Barrette a déjà admis le caractère inacceptable des évènements. Son courage ne lui confère pas la neutralité. Il est possible pour lui d'aller plus loin.
Exemple
Le cas du Festival forestier de Shipshaw n'est pas unique. Il sert ici d'exemple pour susciter une réflexion sur le fait que les organisations peuvent aussi, de façon autonome, mettre en place des mécanismes neutres lors de conflits ou problèmes qui sont d'intérêt public. C'est un défi, car elles doivent faire mieux que plusieurs institutions qui abusent des arguments légaux pour justifier des comportements ou décisions inacceptables. Il y a aussi la panoplie des excuses basées sur la bonne foi, la naïveté et les bonnes intentions. Et que dire de l'insupportable condescendance de ceux qui ridiculisent et éliminent tout questionnement. Le Festival forestier de Shipshaw ne peut s'inspirer de Saguenay qui est un contre-modèle. Rien ne les empêche de proposer une démarche neutre basée sur le respect des citoyens, commanditaires, élus et médias. Le manque de transparence ruine la confiance. Il faudra bien inventer de nouvelles façons de faire pour répondre à l'intérêt public. Souhaitons que les petites organisations donnent une bonne leçon à certaines institutions publiques. Le savoir-faire éthique est à la portée de chaque individu et groupe. À Saguenay, on ne trébuche pas dans les bons exemples.