Asian mother holding hand of little son with backpack outdoors, back to school
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Le rôle des parents, encore plus important à l’ère du coronavirus

Depuis le 13 mars dernier, nous, parents du Québec, sommes amenés à jouer plusieurs rôles. Celui de parent, bien sûr, mais aussi d’enseignant, d’éducateur, de compagnon de jeu, de médiateur de conflits, de psychologue, d’aidant naturel… Sans compter le rôle de travailleur pour ceux qui poursuivent leurs activités professionnelles en télétravail ou dans les services essentiels !

Eve Pouliot, LL.B. Ph.D., est professeure en travail social à l’UQAC et maman de trois enfants à l’ère du coronavirus

En plus de cumuler plusieurs responsabilités quotidiennes et de vivre des conflits de rôles, nous sommes nombreux à vivre des pertes d’emploi, une diminution de nos revenus, des inquiétudes concernant notre santé ou celle de nos proches et, parfois même, le deuil d’un être cher.

Alors que les sources de stress augmentent sans cesse, les ressources disponibles pour nous aider dans notre rôle parental se font plus rares. En tant que parents, nous pouvons plus difficilement compter sur l’aide de l’école et des milieux de garde, le soutien des grands-parents, l’entraide entre voisins, les activités parascolaires ou encore du temps pour nos propres loisirs et activités sociales.

Le stress que nous vivons comme parents est amplifié par les directives que nous recevons, que ce soit en lien avec les heures d’écran recommandées en fonction de l’âge des enfants, leur alimentation, la nécessité de les faire bouger et de stimuler leur créativité, l’importance de préserver une routine tout en restant spontanés, les fameuses trousses pédagogiques non obligatoires, mais fortement recommandées, les règles d’hygiène et de distanciation physique pour le retour en classe… Et j’en passe ! Ces prescriptions, nombreuses et parfois contradictoires, augmentent la pression que nous ressentons comme parents.

La crise exacerbe aussi les inégalités entre les familles, qu’elles soient financières, sociales ou liées à des situations de handicap. Vivre des mesures de confinement ou de distanciation physique en famille, dans une grande maison avec une cour arrière, n’implique pas les mêmes défis que dans un petit logement situé dans un milieu appauvri. Les parents qui ont des enfants ayant des besoins spécifiques, tels qu’un trouble du spectre de l’autisme, des difficultés d’apprentissage ou un problème de santé physique, ne peuvent pas toujours compter sur l’aide des spécialistes qu’ils reçoivent habituellement. Des défis de taille se posent aussi pour les parents qui sont séparés et qui doivent assumer leur rôle seul ou encore composer avec une garde partagée dans un contexte où les divergences d’opinions peuvent être nombreuses en ce qui concerne l’éducation, les soins et la surveillance des enfants.

Bien entendu, ces changements peuvent entraîner du stress et de l’anxiété, de la culpabilité et des remords, des symptômes dépressifs, une augmentation de la charge mentale, voire de l’épuisement parental. Ces problèmes liés à la santé mentale des parents sont particulièrement préoccupants pour les enfants. Les études sur les catastrophes révèlent que les enfants dont les parents souffrent de stress post-traumatique ou de détresse psychologique ont plus de risques d’en souffrir également. En ce moment, les enfants sont plus dépendants du soutien de leurs parents. Or, la capacité de soutien des parents peut être réduite, car ils doivent s’adapter à beaucoup de transitions en même temps. Comme plusieurs experts, je m’inquiète d’ailleurs des impacts de la pandémie sur les enfants qui sont plus vulnérables à vivre de la maltraitance physique ou psychologique dans leur milieu familial, sans que ces difficultés puissent être visibles en raison de l’isolement des familles.

Ce n’est pas facile d’être parent et c’est encore plus vrai en période de crise. Depuis quelques jours, nous sommes nombreux à relever un autre défi : le retour de nos enfants dans les écoles primaires. Pour plusieurs, la période de confinement a mené à l’établissement d’une nouvelle routine et le fait de rompre ce fragile équilibre peut être inquiétant.

En tant que parent, j’ai envie de vous dire : faites-vous confiance ! Évitez de vous comparer aux autres et rappelez-vous que vous êtes l’expert de votre enfant. Personne ne connaît mieux que vous son histoire, ses besoins et ses spécificités. Vous êtes donc à même de prendre les meilleures décisions concernant son bien-être. Soyez indulgents envers vous et envers votre enfant et faites preuve de bienveillance envers les parents qui vous entourent. Par-dessus tout, si vous vous sentez à bout de souffle, n’hésitez pas à vous confier et à demander de l’aide à www.psyquebec.ca, Info-Social 811, ou à la ligne parents au 1 (800) 361-5085.