Jean Tremblay

Le rideau tombe sur Jean Tremblay

ÉDITORIAL / La tempête anticipée n’a finalement pas eu lieu.

La semaine dernière, lorsque le Cercle de presse du Saguenay a invité Jean Tremblay à venir s’entretenir avec les journalistes, plusieurs membres de l’organisation se sont insurgés. La crainte de voir le maire interférer dans l’actuelle campagne électorale, à une dizaine de jours du scrutin, était certes légitime, mais au bout du compte, Jean Tremblay a prouvé une fois de plus qu’il est capable du meilleur comme du pire. Et mercredi matin, les personnes présentes ont eu droit à une performance digne d’un politicien qui tire sa révérence après vingt années au pouvoir.

Jamais le maire sortant n’a prononcé le nom de l’un ou l’autre des candidats à sa succession ; jamais il n’a commenté les différents programmes électoraux ou les engagements des aspirants ; mais surtout, jamais il n’a tenté de discréditer ceux qui le critiquent depuis des années, ou ceux qui menacent le système qu’il a établi sur deux décennies. Mercredi matin, Jean Tremblay a utilisé l’heure qui lui était accordée pour faire son bilan et s’exprimer librement sur les sujets qui lui étaient proposés par les représentants de la presse. 

La sérénité avec laquelle il s’est prêtée à l’exercice donne l’impression d’un homme qui tourne la page sur son passé pour entreprendre une nouvelle vie. Il paraît ainsi peu probable qu’il joue les belles-mères au lendemain du 5 novembre. Il prévoit d’ailleurs s’éloigner du Saguenay-Lac-Saint-Jean au cours de la prochaine année. 

Jean Tremblay s’est néanmoins permis quelques mises en garde à l’intention de celui ou celle qui occupera ses fonctions. Entre autres conseils, il a insisté sur l’importance d’un conseil municipal fort, qui laisse peu de latitude décisionnelle à la fonction publique. Sur cette question, il n’aurait pu être plus clair : « Le rêve des fonctionnaires, c’est d’augmenter les taxes. » Cette fronde fera certes écho dans les bureaux de la Ville, comme celle où il affirme « qu’un fonctionnaire qui n’a rien à faire en dérange toujours deux autres ». 

Des déceptions

Jean Tremblay part sans regret ni amertume. Il admet cependant avoir vécu des déceptions, la plus importante étant sans doute son incapacité à mener à terme sa croisade pour la prière à l’hôtel de ville. Encore mercredi, c’est avec une émotion tangible qu’il revenait sur cette saga médiatisée partout au pays, et même outre-mer.

Il a aussi été déçu par les ex-conseillers Bernard Noël et Fabien Hovington, qui ont quitté dans la disgrâce après avoir voyagé aux frais des contribuables. Il s’est senti éclaboussé, trahi par ces personnes qu’il appréciait, mais il estime qu’ils ont été la cible d’une pression médiatique disproportionnée. « C’est quand même pas (Gilbert) Rozon ! »

Aurait-il été aussi miséricordieux à l’endroit d’un adversaire politique ? 

Une structure en héritage 

Le rideau tombe sur une époque. 

Il sera difficile de mesurer l’héritage de Jean Tremblay avant des mois, voire des années, car son passage en politique ne peut se résumer par quelques projets d’investissements ou par des envolées verbales destinées au folklore régional. 

Son legs est davantage lié à la structure qu’il a créée, un modèle à son image, empreint de sa personnalité et de sa perception de la gouvernance. 

Reste à savoir si la prochaine administration s’y sentira confortable, si elle sera en mesure de la faire évoluer dans sa forme actuelle ou si, plutôt, elle jugera nécessaire de tout démolir pour mieux reconstruire.

Malheureusement, c’est souvent ce qui arrive lorsqu’une personne prend tellement de place qu’à son départ, tout s’effondre tel un château de cartes.