Chaque année qui passe creuse un peu plus la dette écologique que nous laisserons à nos enfants, écrit l'auteur de cette lettre d'opinion.

Le premier octobre, votons pour nos enfants

«Qu’allons-nous répondre à nos enfants?» pouvait-on lire sur une pancarte lors de la manifestation pour l’environnement de samedi dernier à Montréal. Juste à côté, une fillette d’au plus sept ans, sur les épaules de son père, le poing levé, brandissait un cercle vert, symbole de la lutte environnementale dans cette campagne.

Si on cherchait encore une question de l’urne, voici celle qui devrait nous interpeller à une semaine de l’élection.

Parce que si les 90 décès causés par les canicules de l’été qui vient de se terminer, la destruction laissée derrière elles par les deux tornades de catégorie 3 qui ont frappé Gatineau et les inondations historiques de 2017 nous ont démontré quelque chose, c’est que nous sommes entrés dans une ère de conséquences.

Il n’est plus minuit moins une. Il est minuit et cinq. Plus tard, il sera trop tard. C’est maintenant qu’il faut voter pour un changement de cap qui protégera l’avenir de nos enfants.

Chaque année qui passe creuse un peu plus la dette écologique que nous leur laisserons. Nombreux sont les scientifiques qui affirment maintenant qu’on ne peut plus garantir la survie de notre espèce, ou du moins celle de notre civilisation telle que nous la connaissons aujourd’hui, au-delà de la fin de ce siècle sans un changement radical et immédiat.

Un enfant qui naît aujourd’hui porte déjà sur ses petites épaules le poids d’une fin du monde annoncée. 86 000 enfants sont nés au Québec l’année dernière. Ils auront 83 ans en 2100. C’est leur vie qui est en jeu aujourd’hui. Qui leur expliquera qu’ils n’auront pas les mêmes droits que nous de vivre une vie longue, prospère et heureuse dans un monde viable? Qui osera leur dire que personne n’écoute leur voix, que personne ne parle pour eux?

Nous sommes à un point tournant où nous devons nous élever au-dessus de nos intérêts immédiats pour prendre les bonnes décisions pour nos enfants. Sommes-nous prêts à leur offrir notre vote? Sommes-nous prêts à mettre de côté un peu de notre confort pour leur offrir une vie après nous?

La voilà, la vraie question de l’urne. Voterons-nous pour nous, ou pour eux?

On nous répond qu’il faut être raisonnable, que la transition écologique prendra du temps. Mais du temps nous n’en avons plus. Le Secrétaire général des Nations-Unies, António Guterres nous donne deux ans pour agir. À la prochaine élection, il sera trop tard.

On nous répond également qu’il faut éviter de nuire à notre économie. De quelle économie parle-t-on au juste? Celle qui dilapide les ressources qui devraient assurer l’avenir de nos enfants pour accumuler les richesses dans les paradis fiscaux? 

On nous dit que la population n’est pas prête, que les gens ne veulent pas bousculer leurs habitudes. Mais ce sont souvent les décideurs qui manquent de vision ou de courage. À nous de répondre par la voix de nos bulletins de vote.

Depuis le début de la présente campagne, nous avons vu se lever un mouvement historique en faveur de notre environnement, mouvement qui culminera samedi prochain par des marches partout au Québec.

À ce jour, seulement deux des principales formations politiques ont répondu à l’appel du défi de notre génération. Les autres doivent encore mériter notre confiance sur cet enjeu vital.  

Le premier octobre, au moment de mettre votre bulletin dans l’urne, prenons le temps de penser aux petits yeux plein d’avenir de nos petits Samuel, Émilie, Jacob ou Olivia. Prenons le temps de les regarder rire, courir, crier ou dormir paisiblement.

Offrons-leur le plus beau cadeau, notre voix, et envoyons-leur un signal fort en leur disant : Nous ne vous laisserons pas tomber.

Karel Mayrand, Directeur général pour le Québec, Fondation David Suzuki