Selon un sondage réalisé par la firme Recherche Mainstreet, la Coalition Avenir Québec serait le favori pour remporter les élections en octobre prochain.

Le premier ministre en danger

Que faut-il comprendre du plus récent sondage réalisé par la firme Recherche Mainstreet pour le compte de L’Actualité ? Comment expliquer que, bien qu’elle n’ait encore aucun candidat dans Roberval, la Coalition Avenir Québec (CAQ) soit en voie de s’approprier la circonscription du premier ministre Philippe Couillard ? Est-ce vraiment une surprise, ou plutôt le préambule d’une vague qui déferlera sur toute la province et qui emportera avec elle une grande partie des troupes péquistes et libérales, en octobre ?

Une chose est certaine : le signal que lance ce coup de sonde est très puissant, pour une circonscription qui, pourtant, a grandement bénéficié de la présence du chef libéral. Dans Roberval, nul ne peut reprocher à Philippe Couillard d’avoir négligé son rôle de député. Au contraire, il s’est fait reprocher à maintes reprises d’avoir favorisé son fief, notamment lorsqu’il a annoncé une subvention de 26 millions $ au Zoo sauvage de Saint-Félicien.

Mais en politique, les gens ne votent pas en fonction du passé. Et en ce moment, lorsqu’ils regardent à l’horizon, le ciel tire davantage vers le bleu caquiste que vers le rouge libéral.

Qui plus est, depuis quelques années, les électeurs de Roberval ont appris à apprécier le pouvoir. C’est pourquoi ils ont appuyé massivement, au fédéral, le conservateur Denis Lebel, lorsque Stephen Harper était aux commandes, puis le libéral Richard Hébert, sous le gouvernement de Justin Trudeau. Les deux candidats étaient des personnalités connues et crédibles, certes, mais nier qu’ils ont été propulsés par le statut de leur parti serait s’enfouir la tête dans le sable.

Au provincial, Philippe Couillard a lui aussi profité d’une embellie dans les sondages nationaux pour être élu dans sa circonscription d’adoption, en 2014. Ainsi va le vent, à Roberval.

Aussi est-il très probable que, si François Legault, le chef de la CAQ, maintient la cadence jusqu’au jour du scrutin, l’écart se creuse davantage au profit de la CAQ dans Roberval, quelle que soit l’identité de son candidat local.

Oui, le siège du premier ministre Couillard est réellement en danger.

Même chose ailleurs
En est-il de même dans les circonscriptions dites forteresses, où l’allégeance à un parti a toujours été plus forte que l’attrait du pouvoir ? Respectivement péquistes depuis 1973 et 1976, Chicoutimi et Lac-Saint-Jean sont deux d’entre elles. Dans un cas comme dans l’autre, la « machine » souverainiste s’est toujours imposée avec tant de vigueur qu’un changement de couleur semble impensable.

Or, cette fois-ci, une variable aléatoire s’est inscrite dans l’équation : la soif de changement. Lors des dernières élections municipales, un nombre impressionnant de maires sortants n’ont pas été reconduits, sans autre raison manifeste que ce désir de vent nouveau. Le phénomène se transposera-t-il dans cette campagne provinciale ? Il n’y a pas lieu d’en douter.

Dans ce contexte, la menace ne réside pas tant dans le programme de François Legault, mais dans sa capacité d’incarner le changement. Au cours des derniers mois, la CAQ a réussi à séduire de nouveaux partisans, tant chez les anciens souverainistes du Parti québécois que chez les militants libéraux désabusés. Cette capacité d’accaparer des sympathisants de l’un ou de l’autre des deux partis traditionnels n’est pas étrangère au succès de la formation de Legault, du moins dans les sondages. La CAQ n’est plus perçue telle une solution marginale, mais bien comme l’une des pièces maîtresses de l’échiquier politique québécois.

La perspective de voir la CAQ réussir là où le Parti libéral a échoué tant de fois est loin d’être illusoire. Et ça, tous en sont aujourd’hui bien conscients, surtout les militants qui composent la « machine » péquiste.