Le pouvoir d’Alma

ANALYSE / La circonscription de Lac-Saint-Jean aura un nouveau député fédéral le 23 octobre prochain. Les candidats doivent sillonner trois MRC pour rejoindre les quelque 85 000 électeurs. Mais ils tenteront surtout de s’imposer à Alma, ville prépondérante de la circonscription avec trois fois plus de citoyens que dans n’importe quelle autre municipalité.

Berceau du Bloc québécois, Alma a été fidèle aux souverainistes pendant près de 15 ans. Mais les électeurs ont succombé à la vague conservatrice en 2006 et aux charmes de Jack Layton en 2011, lorsqu’Alma et Jonquière faisaient partie d’une même circonscription.

Maintenant que tous les électeurs jeannois sont réunis dans un seul «comté», est-ce qu’ils voteront pour le pouvoir libéral, la continuité conservatrice, la tradition bloquiste ou les troupes du nouveau chef Jagmeet Singh ?

Aux élections générales de 2015, le Nouveau Parti démocratique (NPD) est sorti grand gagnant à Alma. Gisèle Dallaire a décroché plus de 35 % des voix, avec quelques milliers de votes en avance sur ses rivaux. Les trois autres candidats, le libéral Sabin Simard, le bloquiste Sabin Gaudreault et le conservateur Denis Lebel se partageaient presque à parts égales le reste des votes.

Dans les autres villes majeures de la circonscription, Saint-Félicien, Roberval et Dolbeau-Mistassini, le conservateur Denis Lebel l’a cependant emporté haut la main sur tous ses adversaires. C’est d’ailleurs sa grande popularité dans ces municipalités qui lui a permis de conserver son siège.

Voter du bon bord

Les électeurs almatois sont en majorité souverainistes, mais ils ne sont pas immuables au pouvoir. Denis Lebel en a fait son principal argument pour se faire élire. En 2006, le conservateur Jean-Pierre Blackburn a remporté contre toute attente ses élections dans le bastion bloquiste. Pour mousser la campagne de son candidat, son chef, Stephen Harper, avait mentionné que le Jonquiérois était « ministrable ». La communauté d’affaires d’Alma avait également appuyé le conservateur à cette époque.

De passage dans la région pendant la campagne de 2015, le chef néo-démocrate Thomas Mulcair a tenté d’utiliser la même stratégie en affirmant que des candidats de la région allaient accéder au cabinet ministériel. Une stratégie qui a donné des résultats, car la néo-démocrate a talonné jusqu’à la dernière minute l’ancien ministre Denis Lebel.

Alma
Qui sont les électeurs almatois? La tranche d’âge la plus populeuse est 55 à 59 ans, classe qui affiche un des plus hauts taux de participation aux élections passées.

Les Almatois sont aussi ceux qui gagnent le plus haut salaire sur le territoire avec un revenu médian de 36 000 $, soit le même qu’à Saguenay. La présence de Rio Tinto Alcan (RTA) n’est sûrement pas étrangère à cette statistique. La classe ouvrière demeure importante à Alma. Mais la grande entreprise a aussi engendré la création d’une grappe d’entrepreneurs.

La dualité de l’électorat est d’ailleurs bien représentée par les deux candidats les plus connus médiatiquement. Figure marquante du lock-out de 2012 chez RTA, Marc Maltais ne cache pas son penchant pour les travailleurs. «Ce ne sont pas mes ennemis. Mais je ne suis pas pro-conseil du patronat», a-t-il dit, en parlant de ses valeurs et de son travail de conseiller syndical.

Ancien maire de Dolbeau-Mistassini, Richard Hébert est un homme d’affaires qui a oeuvré dans le milieu funéraire. Il a obtenu, rappelons-le, des appuis de gens d’affaires pour son investiture au Parti libéral du Canada.

Rémy Leclerc, intervenant social à la retraite, joue quant à lui les lignes conservatrices en s’opposant à la légalisation de la marijuana et à la réforme fiscale qui fait mal aux PME.

Psychologue industrielle, Gisèle Dallaire compte notamment s’attaquer à la précarité financière qui frappe particulièrement ses électrices. Pas si innocent lorsqu’on sait que c’est dans sa circonscription que l’écart salarial entre les hommes et les femmes est le plus élevé dans la région.