L’historien Marc Vallières était à la Société historique du Saguenay, mercredi, pour fouiller dans le fonds Price, concernant l’exploitation forestière du parc des Laurentides. L’auteur prépare un livre pour le 125e anniversaire de la réserve faunique en 2020.

Le parc des Laurentides aura 125 ans

CHRONIQUE / L’historien et ancien professeur associé au Département des sciences historiques de l’Université Laval, Marc Vallières, était à la Société historique du Saguenay, mercredi, pour fouiller dans le fonds Price, à la recherche d’informations pour écrire, à la demande du directeur de la Réserve faunique des Laurentides, l’histoire du parc qui célébrera son 125e anniversaire de création en 2020.

« Le parc des Laurentides a été créé avant tout pour protéger les réserves forestières. À sa création, il était interdit de chasser ou de pêcher et de développer la colonisation. Au cours de mes recherches, j’ai fait des découvertes très intéressantes concernant l’occupation du territoire par les compagnies forestières, les clubs de chasse et pêche et la présence des Hurons et des Montagnais », de confier celui qui a notamment publié une volumineuse Histoire de Québec et de sa région en 2008, aux Presses de l’Université Laval. Le parc des Laurentides était comme une zone d’exclusion destinée à prévenir les feux de forêt et à protéger les espèces fauniques.

Une route avant d’être un parc

Je raconte à l’historien que pour les gens du Saguenay-Lac-Saint-Jean, le parc des Laurentides, c’est l’histoire d’une route. C’est l’histoire de notre député de l’époque, Antonio Talbot. C’est une route qu’on utilise régulièrement pour sortir de la région et le parc a toujours été le principal obstacle pour nous rendre à Québec. Les plus âgés d’entre nous se rappellent des fameuses barrières du parc qui contrôlaient les entrées et les sorties des automobiles.

« Le parc des Laurentides a été créé en 1895, mais déjà, le territoire était traversé par un chemin de fer qui reliait Québec à Chambord. La construction de ce chemin de fer a aussitôt provoqué la création de clubs de chasse et pêche où de riches industriels américains se donnaient rendez-vous pour pêcher la truite en profitant de chalets luxueux comme en témoigne aujourd’hui la pourvoirie du Triton et de Tourilli. Les clients débarquaient du train à proximité des installations d’hébergement », relate l’historien qui a parcouru les correspondances du sous-ministre des Terres et Forêt et le surintendant du parc pour la période de 1895 à 1913.

Exploitation forestière

« Le parc des Laurentides, c’est avant tout une histoire d’exploitation forestière », indique l’historien. Cet immense territoire qui s’étend du Lac-Saint-Jean jusqu’à Charlevoix en passant par Québec et la Mauricie est un vaste milieu forestier composé de montagnes, de lacs et de rivières, un milieu très hostile à la colonisation. « C’est en construisant le chemin de fer que les promoteurs ont découvert l’immense potentiel de chasse et de pêche », dit-il.

L’histoire de la Réserve faunique des Laurentides est aussi vaste que son territoire. « Il y a de nombreuses histoires à raconter, mais je vais en laisser pour les historiens à venir », fait savoir Marc Vallières, qui a tout de même déterré quelques anecdotes comme la fameuse partie de pêche de Winston Churchill et Franklin D. Roosevelt au lac à l’Épaule à l’occasion de la Conférence de Québec, en août 1943, durant la Deuxième Guerre mondiale.

Winston Churchill et Franklin D. Roosevelt

« J’ai lu des documents avec le témoignage de gens qui étaient sur place à cette occasion. Churchill est retourné par la suite au lac des Neiges. Il voulait se retirer pour écrire le communiqué qu’il devait lire à la radio, mais il a, semble-t-il, passé plus de temps à pêcher la truite qu’à rédiger le communiqué. Il a confié que ce sont les trois jours de vacances les plus agréables qu’il ait pris depuis le début de la guerre en Europe », raconte l’historien.

« Des gens ont témoigné que le chien de Roosevelt, qui s’appelait Fala, a fait peur à la chatte qui vivait dans le camp de pêche. Elle a pris les bois alors que Churchil l’appelait pour la retrouver », détaille l’historien.

« Il y a de nombreux aspects à traiter, je devrai faire des choix, mais l’exploitation forestière, les barrages pour la drave, l’exploitation d’un camp de prisonniers allemands pour couper du bois, la construction du chemin de fer, la route de la colonisation, le chemin des Portes de l’enfer qui mène au Lac-Saint-Jean, l’occupation du territoire par les autochtones feront entre autres partie des sujets qui seront traités dans le livre », exprime l’auteur. La publication du livre est prévue pour 2020.